L'Algérie expulse des milliers de migrants vers le nord du Niger dénonce MSF

L'ONG française Médecins sans frontière dénonce ce 16 mars "l'abandon" de milliers de migrants expulsés par l'Algérie présents à Assamaka, ville de la région d'Agadez dans le nord du Niger.
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Juin 2018 : le gouvernement algérien organise le transfert de migrants depuis le centre de Zeralda situé à 30 km d'Alger à la frontière avec le Niger
Juin 2018 : le gouvernement algérien organise le transfert de migrants depuis le centre de Zeralda situé à 30 km d'Alger à la frontière avec le Niger. L'Algérie a abandonné plus de 13 000 personnes dans le désert du Sahara depuis le début de l'année 2023, y compris des femmes enceintes et des enfants, sans eau ni nourriture.
© AP Photo/Abdenour Manoun
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"Des milliers de migrants expulsés d'Algérie et abandonnés dans le désert (dans le nord) du Niger sont bloqués, sans accès à un abri, à des soins de santé, à la protection et aux produits de première nécessité", affirme l'ONG dans un communiqué. C'est "une situation sans précédent" selon elle.

"Entre le 11 janvier et le 3 mars 2023, 4.677 personnes en situation de migration sont arrivées à pied à Assamaka", précise Médecins Sans Frontières (MSF) qui ajoute que "moins de 15% d'entre elles ont pu bénéficier d'un abri ou d'une protection à leur arrivée".

Le centre d'Assamaka débordé

Le Centre de santé intégré (CSI) d'Assamaka, dans lequel MSF "distribue des articles non alimentaires" et propose des "consultations gratuites" de santé, est "débordé".
"La majorité des personnes récemment arrivées à Assamaka se sont installées dans l'enceinte du CSI, en raison du manque d'espace dans le centre de transit", affirme une coordinatrice de MSF à Agadez, Schemssa Kimana, citée dans le communiqué.

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MSF ajoute que des personnes "cherchent à s'abriter de la chaleur" qui peut "atteindre 48°C" à Assamaka, jusqu'à dormir dans des "tentes de fortune", "devant la maternité, sur le toit ou dans la zone de déchets". Dans les endroits "peu hygiéniques", ces personnes sont exposées "à des risques sanitaires tels que les maladies contagieuses et les infections cutanées", ajoute MSF.

MSF interpelle la CEDEAO

Le chef de la mission de MSF au Niger, Jamal Mrrouch, dénonce une situation "qui exige une réponse humanitaire d'urgence de la part de la Cédéao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), d'où provient la majorité de ces personnes".

En juin 2022, MSF avait estimé que plus de 14.000 personnes avaient subi le même sort depuis le début de l'année à 15 km d'Assamaka, et 27.208 en 2021.

En octobre 2018, un responsable des droits de l'homme à l'ONU avait appelé l'Algérie à "cesser immédiatement les expulsions de migrants" africains vers le Niger, qui avaient connu cette année-là et en 2019 "une forte hausse", selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

MSF rappelle qu'elle intervient dans la région d'Agadez depuis 2017.