Afrique

Le procès du putsch manqué ajourné au Burkina Faso

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Retour sur la première journée du procès. Commentaire : S. ROUSSI|Montage : F. RASSINOUX

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 au Burkina Faso a été suspendu sine die mardi 27 février dans l'après-midi après le retrait de tous les avocats de la défense, qui contestent la légalité du tribunal militaire.

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La première audience de ce procès n'aura duré que 4 heures.

Et pourtant pas moins de 84 accusés dont deux généraux, cerveaux présumés du putsch de septembre 2015 : Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé.

Tout le Burkina Faso attendait ce procès mais à peine le temps de prendre quelques rares images de la salle, de débuter la procédure, d'énumérer la longue liste des parties civiles que les avocats de la défense se lèvent et quittent la salle.

Ils contestent la légalité de la juridiction militaire. Ses membres ont été nommés par un décret le 22 février 2018 mais un délai d'une semaine est nécessaire pour que le décret entre en vigueur.

Maître Michel Traoré, avocat de la défense, justifie cette décision : "On se rend compte qu'au jour d'aujourd'hui, tout a été ficelé sans avoir respecté ce délai."

Par ce tour de passe-passe, le procès est donc reporté. Pour la partie civile, cette manoeuvre est dilatoire, la défense joue la montre.
 
"Nous reviendrons. Tôt ou tard, les personnes poursuivies devront rendre compte devant le peuple burkinabé.
Me Michel Traoré, avocat de la défense

Maître Guy-Hervé Kam, avocat de la partie civile, s'explique : "En général, est utilisée ce qu'on appelle la défense de rupture, c'est-à-dire chercher par tous les moyens à discréditer la juridiction qui va siéger, c'est exactement ce qu'il s'est passé aujourd'hui.

Et de prévenir : "De toute façon, nous reviendrons et tôt ou tard, les personnes poursuivies devrons rendre compte devant le peuple burkinabé. Cela confirme que ceux qui crient à la détention arbitraire montrent par là-même qu'ils ne veulent pas être jugés et qu'ils ne veulent pas répondre des Burkinabès qui sont morts et des Burkinabès qui sont blessés. Ils ne veulent pas dire pourquoi mais ils le diront un jour."

Pour le Mouvement Burkinabé des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP)
qui apporte une assistance judiciaire aux victimes, "ce procès doit témoigner de la crédibilité de la jutsice burkinabè". Et cette suspension sans surprise du procès n'est que partie remise.

Chrysogone Zougmoré, président du MBDHP, se veut rassurant : "Nous ne pensons pas qu'il y ait des motifs d'inquiétude, vous savez entre avocats, ça arrive, nous nous y attendions plus ou moins. Il faut espérer surtout qu'on ne traîne pas avant la reprise de ce procès."

Certains des prévenus risquent de lourdes peines. Ils sont poursuivis pour atteinte à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires ou trahison.

14 personnes avaient trouvé la mort et 251 avaient été blessés lors de ce putsch éphémère de septembre 2015 que les Burkinabés qualifient de "coup d'Etat le plus bête du monde".