Le procès d'un proxénète nigérian en France

Omos Wiseborn prostituait des filles pour payer sa dette. Il est jugé à Créteil, en banlieue parisienne depuis le 19 septembre pour proxénétisme aggravé et traite d'êtres humains avec trois autres Nigérians.

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Prostituée nigériane près de Milan, se réchauffant à un braséro en février 2018.

Prostituée nigériane à Siziano près de Milan, se réchauffant à un braséro en février 2018.

© AP Photo/Antonio Calanni
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Cet homme nigérian a reconnu les faits mais minimisé son rôle lors de son procès en appel à Créteil ce 22 septembre. Il ne connaissait pas toutes les victimes, a-t-il affirmé devant la cour d'assises du Val-de-Marne. L'organisation des transferts du Nigeria vers la France ? Il n'en a été que le "facilitateur", c'est Mama Blessing, une femme au Nigeria décrite comme "extrêmement puissante", qui payait tout.

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"Par ironie, on peut dire 'agent de voyage'", lui rétorque la présidente, Pascale Pérard. "De toutes jeunes filles mineures, qui partent entassées dans des voitures pour le Niger, puis qui traversent la mer où deux vont décéder, ce n'est pas facilitateur".
-"J'ai été guide, oui".
-"Un passeur, en fait", s'agace la présidente.

Si plusieurs victimes ont parlé d'une "Mama Blessing" comme leur recruteuse au Nigeria, elles "ont dit 'c'est Wisdom qui paye' " le trajet, lui a rappelé la magistrate.

Wisdom est  le surnom d'Omos Wiseborn auprès des parties civiles.

"C'est elle qui payait", répète l'accusé.
-"Mais ce n'est pas son nom qu'on donne", insiste la présidente Pérard.
Mama Blessing n'a pas été identifiée pendant l'enquête : ses liens familiaux ou amicaux avec les accusés demeurent flous.

Si Omos Wiseborn battait les victimes car elles ne rapportaient pas assez d'argent de leurs nuits de passes au bois de Vincennes, c'est encore à cause de Mama Blessing, qui lui "mettait la pression" depuis le Nigeria.

Des mineures forcées à se prostituer

Pour lui, les filles savaient et étaient d'accord pour se prostituer, parce qu'elles "avaient peur".

"Il va falloir intégrer pour l'avenir, Monsieur, que quelqu'un qui accepte par peur ne dit pas oui", le sermonne la présidente.

L'accusé, condamné à 19 ans de réclusion lors du procès en première instance à Paris en juillet 2020, affirme qu'il ne savait pas que les filles étaient mineures.

Il avait bien remarqué à leur apparence qu'elles n'avaient pas l'air d'être majeures, et a expliqué s'en être ouvert à Mama Blessing. Elle lui a répondu "ce n'est pas grave", raconte-t-il

Une Mama Blessing toute-puissante

"Je n'avais pas trop mon mot à dire" sur ce choix de jeunes filles mineures, car "c'est elle qui me les envoyait", se justifie-t-il.
"J'aurais dû faire un autre choix", dit-il, indiquant avoir lui aussi "peur" de cette Mama Blessing qui le menaçait à distance, notamment d'envoyer une de ses sœurs "travailler en Europe".

Car il doit de l'argent à cette femme. 25.000 euros, depuis qu'elle l'a aidé à passer de Libye en Italie en 2012. Et pour chaque fille qui rembourse sa dette, fixée à 35.000 euros, il peut réduire la sienne.

Un avortement sauvage

D'ailleurs, il n'a pas gagné d'argent durant toutes ces années, car le liquide ramené chaque matin par les victimes après leur nuit au bois était directement transféré à Mama Blessing, affirme-t-il.

Quant à l'avortement clandestin pratiqué sur Gloria (prénom modifié), il nie avoir contacté et payé l'avorteur, Emmanuel Aiwansosa, assis à côté de lui dans le box et condamné à 10 ans ferme en première instance. Il reconnait simplement avoir été présent dans l'appartement où les faits se sont déroulés.

La veille, Gloria avait raconté son avortement sauvage, allongée sur des sacs poubelle dans un appartement, sans anesthésie et dans des conditions d'hygiène déplorables. Pour soulager ses douleurs, ses tortionnaires n'avaient que... du whisky.

Aphone, c'est son avocate, Maître Catherine Delanoë Daoud, qui a lu son récit. "J'ai cru mourir tellement j'avais mal, je saignais après", a écrit Gloria.

D'après le gynécologue qui l'a examinée pendant la procédure et qui a témoigné hier, l'avortement pratiqué sur Glora "ne correspond pas au protocole que nous utilisons habituellement" à l'hôpital. "Je n'ai jamais vu de whisky faire une anesthésie" a-t-il ajouté, indiquant ne pratiquer des avortements que sous anesthésie générale, la douleur pouvant être trop forte même sous anesthésie locale.

Le verdict est attendu le 27 septembre.