Afrique

Le styliste nigérien Alphadi et son Festival international de la mode en Afrique se délocalisent à Rabat, au Maroc

La 14ème édition du FIMA, le Festival international de la mode en Afrique, se tient du 7 au 10 décembre à Rabat, capitale de la culture africaine jusqu'en mai 2023. Créé par le grand styliste nigérien Alphadi, le FIMA, qui se tient habituellement au Niger, est délocalisé une fois de plus au Maroc, après une première expérience en 2018, à Dakhla, dans le sud marocain, à l’invitation des autorités locales.
 

A priori, il n’y a pas de lien évident entre le FIMA et une initiative telle que Rabat capitale de la culture africaine. Mais à y regarder de près, on s’aperçoit que les objectifs du FIMA rejoignent en partie ceux du CGLU, Cités et Gouvernement locaux Unis d’Afrique.

Le FIMA a en effet pour principaux objectifs : la promotion d’une industrie des arts et de la mode, le développement des savoir-faire artisanaux ou encore « faire de l’Afrique un hub de l’industrie de la mode, des arts et de la culture. »

Or, depuis 2020, la CGLU impulse l’événement « Capitales africaines de la culture », à l’instar de ce qui se fait en Europe. L’idée est de faire de la culture l’un des leviers importants des politiques de développement des villes africaines. Tous les trois ans, le Comité des capitales africaines de la culture désigne donc une ville qui accueille pendant un an, une série de manifestations culturelles financée par des mécènes et des partenaires institutionnels.

Outre la nécessaire réappropriation culturelle, le Comité des capitales africaines de la culture tente ainsi d’aider les populations locales à accéder plus facilement aux offres culturelles, mais aussi que les artistes africains, dans leurs domaines respectifs, puissent faire la preuve de leur capacité à être les moteurs d’une économie locale.

Un festival au service de la paix et du développement

Cette prise en compte de la culture comme quatrième pilier du développement durable sur le continent africain, a émergé en novembre 2018, à l’occasion du sommet Africités, organisé à Marrakech, au Maroc.

Le secrétaire général de la CGLU, le Camerounais Jean-Pierre Elong Mbassi, l'explique en ces termes : « La culture est en effet de plus en plus reconnue comme un puissant levier pour transcender les différences entre communautés et instaurer un véritable dialogue des civilisations, parce qu’elle est l’élément autour duquel toutes les sociétés sont à égalité. De ce fait même, elle est le ferment incontournable pour construire un monde de paix et de concorde. Pour manifester cette prise de conscience, les maires et leaders des collectivités territoriales d’Afrique ont décidé de célébrer la capitale africaine de la culture qui sera le lieu de promotion et de rayonnement de la culture africaine tous les deux ans. » 

Le styliste nigérien Alphadi, au milieu, avec le micro, pour de la remise du prix Canal+, lors de l'une des dernières éditions du FIMA, le Festival international de la mode africaine.  
Le styliste nigérien Alphadi, au milieu, avec le micro, pour de la remise du prix Canal+, lors de l'une des dernières éditions du FIMA, le Festival international de la mode africaine.  
© D.R.

En choisissant Rabat comme toute première capitale africaine de la culture, le Comité confirme sa volonté de promouvoir la culture comme vecteur de paix et de concorde.

Alphadi, le fondateur du FIMA ne dit pas autre chose : « Aujourd’hui, avec cette participation à l’évènement « Rabat, Capitale des Cultures Africaines », nous entendons consolider les nombreux acquis de notre action depuis trois décennies ; en effet, le FIMA qui se place parmi les évènements incontournables dans le monde de la culture, a contribué de manière significative à la prise de conscience des uns et des autres sur le rôle majeur de la culture dans le processus du développement. Pour notre part, la mode étant le volet principal de notre activité, nous entendons apporter une touche particulière à cet évènement avec au programme comme cela s’est toujours présenté : le concours jeunes stylistes, le défilé panafricain, le concours Top-modèle et le concours d’artisanat, maroquinerie et bijouterie. »

La dimension panafricaine du FIMA

C’est en 1998, sur les bords des falaises de Tiguidit, dans le centre du pays (site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO), que s’est déroulée la première édition du FIMA. A l’époque, le nord du Niger sort de plusieurs années de conflit fratricide, et ce festival se donne pour ambition de contribuer à la consolidation de la paix, tout en aidant le secteur touristique de la région à retrouver un nouveau souffle.

Nomades Wodaabe du Niger regardent le défilé organisé par le styliste Alphadi le 14 novembre 1998 à Tiguidit. Le créateur nigérien a fait défiler dans le nord du Niger des modèles internationaux comme Kenzo, Christian Lacroix, et Paco Rabanne créant une "Oasis de mode" dans le désert du Sahara. 
Nomades Wodaabe du Niger regardent le défilé organisé par le styliste Alphadi le 14 novembre 1998 à Tiguidit. Le créateur nigérien a fait défiler dans le nord du Niger des modèles internationaux comme Kenzo, Christian Lacroix, et Paco Rabanne créant une "Oasis de mode" dans le désert du Sahara. 
© AP Photo/David Guttenfelder

Depuis, Alphadi, nommé en 2016 artiste de l’UNESCO pour la paix, s’investit pour l’unité et la dignité du continent à travers la valorisation de la culture. En septembre dernier, lors de la présentation au siège de l’UNESCO, à Paris, de cette 14ème édition du FIMA, Alphadi a déclaré : « Notre ambition est de faire de la culture un élément fondamental à la construction de la paix. » Des mots qui font évidemment écho aux difficultés sécuritaires liées au terrorisme auquel est confronté le Niger, comme l’ensemble des pays du Sahel.

Et la paix est d’autant plus un impératif que, comme l’a rappelé lors de cette cérémonie Aïchatou Boulama Kane, ambassadrice du Niger en France, il y a aujourd’hui dans ce pays, plus de 300 000 micros ou petites entreprises artisanales. « Le développement et la culture sont indissociables, à précisé Aïchatou Boulama Kane. A travers la culture, a-t-elle poursuivi, des milliers d’emplois sont créés. Nous ne pouvons pas nous développer sans rester nous-mêmes, et cela n’est possible qu’en préservant notre culture, en préservant l’identité africaine. »

Défilé de mode organisé lors de la cérémonie de présentation, au siège de l'UNESCO, à Paris, en septembre dernier, de la 14ème édition du FIMA, le Festival international de la mode africaine. 
Défilé de mode organisé lors de la cérémonie de présentation, au siège de l'UNESCO, à Paris, en septembre dernier, de la 14ème édition du FIMA, le Festival international de la mode africaine. 
© UNESCO/Luis Abad-Banda

Cette dimension panafricaine du FIMA est plus marquée depuis 2018 et l’invitation par les autorités marocaines.

En 2019, le FIMA s’est déroulé à Niamey, au Niger, en marge des activités du sommet de l’Union africaine. Pour Alphadi et toute son équipe, cette 14ème édition se présente comme celle de la consolidation des acquis. Il y sera donc question de tourisme bien sûr, mais aussi de formation professionnelle.

Depuis novembre 2020, le styliste nigérien a lancé le chantier, toujours en cours, de construction de l’École supérieure de la mode et des arts de Niamey. Avec cet établissement, Alphadi entend contribuer au développement de la création d’entreprises et à la professionnalisation des filières de la mode et des arts dans le pays, voire dans la sous-région.