Afrique

Les Barea de Madagascar, sensation de la Coupe d’Afrique des nations

L'équipe nationale de football de Madagascar
L'équipe nationale de football de Madagascar
© D.R.

Pour leur toute première participation à la Coupe d’Afrique des nations, la sélection malgache a créé l’exploit en se qualifiant pour les quarts de finale. Les zébus malgaches ont vaincu les léopards de la RDC ce dimanche 7 juillet. Un succès qui fait voler en éclats les stéréotypes sur ce pays, considéré jusque-là comme une toute petite nation de football.

Les journaux locaux sont unanimes, l’équipe nationale de football malgache est héroïque depuis le début de la CAN, la Coupe d’Afrique des nations, le 21 juin dernier en Egypte. « La fièvre sévit dans tout le pays », a titré L’Express de Madagascar. Au lendemain de leur qualification historique pour une phase finale de la CAN, les Barea – mot dialectique synonyme de "zébu" à Madagascar, où cet animal est un emblème – ont été présentés comme le petit poucet du groupe B de la compétition.

Le rejet de toute appartenance à l'Afrique ?

Jusqu’à présent, l’équipe mauricienne de football était la seule sélection de l’océan Indien à avoir participé à une phase finale de la Coupe d’Afrique des nations. C’était en 1974, en Egypte, déjà. En terminant en tête de leur poule, devant le Nigeria, triple vainqueur de la compétition, qu’ils ont sèchement battu le 30 juin dernier deux buts à zéro, les Barea ont frappé un grand coup, se qualifiant par la même occasion pour les huitièmes de finale.

Pour tous les amateurs de football, surtout ceux pétris de préjugés et de stéréotypes, Madagascar n’était pas connu jusque-là comme une nation de football. Des stéréotypes qui font d’ailleurs écho à d'autres, toujours très vivaces sur la Grande Île, où une bonne partie de la population rejette parfois violemment toute appartenance au continent africain.

En 2015, dans un entretien avec nos confrères de Radio France Internationale, l’historien et plasticien malgache Hemerson Andrianetrazafy déclarait : « On se sent plus rattaché par exemple à la France – l’ancienne puissance coloniale – qu’à la Tanzanie ou au Kenya. Cela relève d’un héritage culturel et historique. »

La question de l’appartenance de Madagascar à l’Afrique est en effet récurrente dans le pays. Son peuplement s’est effectué par vagues successives, issues d’Afrique, d’Arabie et d’Asie. Sur l’origine du peuplement de la Grande Île, les spécialistes forment d’ailleurs deux grands courants : ceux qui relient ce peuplement au continent africain par le biais des migrations bantu, et ceux qui insistent sur l’apport indo-mélanésien.

Les Africains, tous perçus comme des descendants d'esclaves ?

Aujourd’hui, le rejet toujours persistant de toute africanité par la plupart des populations de la Grande Île, tient aux stéréotypes et à la perception du continent africain dans l’imaginaire malgache. Il est vrai qu’une partie des Malgaches d’aujourd’hui sont des descendants d’esclaves, dont beaucoup furent importés lors de la fondation des grands royaumes malgaches, puis à l’époque du développement de l’économie de plantation de canne à sucre aux Mascareignes – l’actuelle Île de la Réunion – au début du 18ème siècle.

La libération effective des esclaves n’est intervenue qu’en 1896, lorsque le pays était sous protectorat français. Cependant, malgré leur intégration et leur malgachisation, ceux qu’on appelle désormais les Makoa, sont toujours dévalorisés, tout comme l’ensemble des Africains auxquels on les assimile.

Autre source de représentation négative de l'Afrique dans les imaginaires, c'est la conséquence de la participation des tirailleurs sénégalais à la conquête française de la Grande Île, puis leur participation à ce qu'on appelait par euphémisme la "pacification". En réalité, il s'agissait de tuer dans l'oeuf toute velléité de résistance ou de rébellion à la colonisation -entre 1896 et 1905, et surtout la répression de l'insurrection de 1947. 

Les scènes de liesse qui ont accompagné les exploits des Barea ont sans doute fait oublier, provisoirement, ces différences profondément inscrites dans les esprits. Du reste, nombreux sont ceux qui estiment que l’équipe nationale de football a réussi à fédérer l’ensemble des Malgaches, à la différence de la classe politique locale.    

La renaissance du football malgache

Cette renaissance du football malgache tient pour une part à l’entente parfaite entre deux hommes : le Français Nicolas Dupuis, sélectionneur national depuis 2017, et Faneva Andriatsima, le capitaine des Barea. Le technicien français s’est employé à professionnaliser les pratiques autour de l’équipe nationale. Il ne retient que les meilleurs.

Nicolas Dupuis, le sélectionneur des Barea, au milieu de ses joueurs. 
Nicolas Dupuis, le sélectionneur des Barea, au milieu de ses joueurs. 
© D.R.

De son côté, Faneva Andriatsima s’est employé à convaincre les binationaux nés en France de rejoindre l’équipe malgache. C’est notamment le cas du défenseur Jérémy Morel, qui évolue au sein de l’Olympique lyonnais en Ligue 1, l’élite du football français. Parmi les vingt-trois joueurs qui participent à cette CAN, cinq jouent dans l’océan Indien, dix évoluent en France – en Ligue 1 et en National 2 – et les huit autres se répartissent sur quatre continents – Afrique, Asie, Europe et Amérique du Nord.

Un autre paramètre a sans doute accéléré cette mue de la sélection malgache, c’est l’élection en mars 2017 d’Ahmad Ahmad à la tête de la CAF, la Confédération africaine de football. Ce dernier est aussi à l’origine de la nomination de Nicolas Dupuis comme entraîneur des zébus malgaches. Cette qualification historique pour les 8èmes de finale déchaîne les passions dans le pays.

Le Malgache Ahmad Ahmad, président de la Confédération africaine de football. 
Le Malgache Ahmad Ahmad, président de la Confédération africaine de football. 
© AP Photo/Hassan Ammar

Le président malgache Andry Rajoelina a décidé d’affréter un avion spécial pour tous les supporters qui souhaitent assister à ce match contre la République Démocratique du Congo, qui se tiendra ce dimanche 7 juillet à Alexandrie, dans le nord-est de l’Egypte. Un nouveau succès marquera sans doute pour longtemps les esprits des amateurs de football, faisant disparaître par la même occasion les stéréotypes sur le football malgache.