Afrique

Les réseaux sociaux désormais taxés en Ouganda

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© TV5 Monde

Les Ougandais sont vent debout contre une mesure imposée par le Parlement qui oblige les utilisateurs des principaux réseaux sociaux existants à s'acquitter d'une taxe.

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La police ougandaise a eu recours  à des tirs à balles réelles et à du gaz lacrymogène pour disperser une manifestation organisée,  mercredi 11 juillet, pour protester contre une taxe controversée sur l'utilisation des réseaux sociaux. La manifestation a attiré des dizaines de personnes qui ont marché vers le Parlement.

Depuis le 1er juillet, Facebook, Twitter, WhatsApp et même ... Tinder sont soumis au paiement d'une taxe de 200 shillings par jour. Une somme certes symbolique, (moins de 16 euros par an), mais qui grève encore un peu plus le budget des Ougandais. Un forfait téléphonique d'un gigaoctet de données mobiles représente environ 15% du salaire mensuel moyen.
 

Il s’agit de toute évidence d’une manœuvre visant à museler les critiques, sous couvert d’augmenter les recettes de l’État Joan Nyanyuki, directrice régionale d'Amnesty pour l'Afrique de l'Est
"Lutter contre les fausses rumeurs et les mensonges", c'est l'objectif affiché par le très autoritaire Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 32 ans. en première ligne : la jeunesse et les bloggeurs comme Rosebell Kagumire qui estime que  "les médias sont en grande partie privés et les personnes privées qui possèdent les médias sont liés au gouvernement, donc il y a seulement quelques niches pour s'exprimer librement. Sur les radios, mais aussi et surtout sur internet qui est un média de masse."

Au pouvoir depuis 1986, Museveni, 73 ans, est de plus en plus critiqué par des groupes locaux et internationaux de défense des droits humains qui l'accusent d'utiliser les forces de sécurité pour réprimer l'opposition et d'autres critiques. Amnesty International a appelé  le gouvernement à abolir la taxe et déclaré qu'il s'agissait d'une tentative d'étouffer la dissidence, déguisée en mesure pour générer des revenus.

Mais le gouvernement Ougandais ne s'arrête pas là, car pour s'acquitter de cette taxe, il faut la payer avec son téléphone. Or depuis juillet les transactions via mobile sont elle aussi imposées à hauteur de 1%. Une double peine, dénoncée par l'avocat Eron Kiiza, qui porte cette affaire devant la cour constitutionnelle.  "La liberté d'expression, la liberté économique, le progrès des affaires sont tous étouffés par cette taxe et nous pensons que c'est un bon dossier à contester devant la Cour constitutionnelle parce que la Constitution garantit l'égalité. Elle garantit les droits économiques. Elle garantit l'équité et tous ces principes sont piétinés par cette taxe sur les réseaux sociaux."


Les partis de l'opposition et d'autres critiques estiment que le gouvernement du président Museveni impose des taxes onéreuses pour financer des dépenses inutiles tout en échouant à endiguer la corruption. D'autres dénoncent la taxe sur Twitter en utilisant le hashtag #ThisTaxMustGo (en français #CetteTaxeDoitPartir).
 L'Ouganda est un des pays les mieux connectés du continent. Mais les gouvernements autocratiques, tel que celui de Yoweri Museveni, n'hésitent pas à en restreindre voir a en supprimer l'accès, par peur de la contestation.