Afrique

Libye : attaque contre le siège de la compagnie nationale de pétrole

Chargement du lecteur...
©TV5MONDE / Commentaire : E. Godard - Montage : C. Gardet

Au moins deux personnes ont été tuées lundi 10 septembre 2018 lors d'une attaque attribuée à des jihadistes, contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole (NOC) à Tripoli, la capitale libyenne qui sort à peine de plusieurs jours d'affrontements meurtriers entre groupes armés rivaux.

Les vitres du bâtiment ont volé en éclats sous la force de la déflagration... Selon des témoins, des hommes armés et cagoulés sont entrés au siège de la compagnie nationale de pétrole. Selon des témoins dont des employés de la NOC, il y a eu des échanges de tirs avec les gardes. "J'ai sauté par la fenêtre avec d'autres collègues. Puis nous avons entendu une explosion", a ajouté un employé de la NOC, sous couvert de l'anonymat.

Deux kamikazes se sont fait exploser aux deuxième et troisième étages."Plusieurs explosions ont eu lieu à l'intérieur du bâtiment, ainsi que des tirs nourris", a déclaré la NOC, ajoutant qu'un "certain nombre de membres du personnel" avaient été brièvement pris en otage.

A la suite des explosions, le siège de la NOC, un immeuble de cinq étages situé près du centre de la ville, a pris feu, incendie rapidement maîtrisé par les pompiers. Plusieurs employés se sont réfugiés sur le toit pour échapper à la fumée, avant d'être évacués par la protection civile.

"Une ambulance a été envoyeé au siège de la compagnie dès le déclenchement des affrontements armés. Les ambulanciers ont tout de suite pu s'occuper des blessés, certains suffocaient à cause de la fumée", a expliqué Abd El Malek Marseet, secouriste. "Les victimes ont reçu les premiers soins et ont été dirigés vers les hôpitaux les plus proches. Nous avons également emporté un corps et les restes d'un autre corps."

La Force d'Al-Redaa ("dissuasion" en français), groupe armé qui fait office de police à Tripoli, a affirmé avoir trouvé "les restes de kamikazes" dans le bâtiment, photos à l'appui. Dans un communiqué, la NOC a déploré deux morts et dix blessés parmi son personnel, confirmant ainsi le bilan du ministère de la Santé. 

Pas de revendication 

L'attaque n'a pas été revendiquée pour le moment, mais a été qualifiée de "terroriste" par le gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale. Le GNA a ainsi estimé dans un communiqué que "les terroristes" ont profité des combats pour "s'infiltrer et commettre leur crime, au moment où nous étions appelés à unifier nos rangs...".

Dans une déclaration à la presse, le chef de la Sécurité de Tripoli, Salah al-Semoui, a attribué l'attaque à l'EI, sans donner plus de détails.

Cette attaque a été commise contre un secteur stratégique et vital pour la Libye puisque le pétrole fournit à la Libye plus de 95% de ses revenus. Elle intervient quatre mois après un autre attentat de grande ampleur contre la Haute commission électorale à Tripoli. Il y avait eu 14 morts. L'attaque avait été revendiquée par le groupe Etat Islamique. 

L'ONU condamne une attaque "lâche"

La mission de l'ONU en Libye (Manul) a "condamné fermement l'attaque terroriste et lâche" et a appelé les "Libyens à renoncer aux conflits secondaires inutiles et à s’unir, en partenariat avec la communauté internationale, pour éradiquer le fléau du terrorisme à travers le pays".

La Manul fait référence aux récents combats entre groupes rivaux près de Tripoli, qui ont fait au moins 63 morts et 159 blessés entre le 27 août et le 4 septembre. Les affrontements ont marqué une pause le 4 septembre après la signature d'un accord de cessez-le-feu, sous l'égide de l'ONU. Globalement respecté, cet accord ne résout toutefois pas les dissensions entre les multiples groupes armés, qui ont maintenu leurs positions dans et autour de la capitale.

Pas d'impact sur la production pétrolière

Peu après son évacuation avec ses collègues, le patron de la NOC Mostafa Sanalla a précisé que l'attaque n'avait pas affecté la production et les opérations de la compagnie. 

Cet incident sert toutefois à démontrer la fragilité de la sécurité dans notre pays.Mostafa Sanalla, directeur de la NOC

La semaine dernière, la compagnie a annoncé qu'elle prévoyait une hausse de 80% de ses revenus pétroliers, à 23 milliards de dollars, contre 13 milliards en 2017. Selon la NOC, les revenus ont atteint à fin juillet 13,6 milliards USD, dépassant le total des recettes sur toute l'année 2017.

La NOC a précisé que ces performances avaient été réalisées malgré les pertes engendrées cet été par l'arrêt des exportations durant plusieurs semaines dans l'est du pays, en raison d'un bras de fer entre autorités rivales sur la gestion des recettes de l'or noir. Celles-ci représentent plus de 95% des revenus de la Libye, pays qui a plongé dans le chaos après la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011.