Libye : une conférence "internationale" pour reconstruire Derna

C'est ce que souhaitent les autorités de l'Est de la Libye : organiser le 10 octobre à Derna une conférence "internationale" pour la reconstruction de la ville.

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Des sauveteurs et des victimes de l'inondation sont assis devant un amoncellement de ruines à Derna le 18 septembre 2023.

Des sauveteurs et des victimes de l'inondation sont assis devant un amoncellement de ruines à Derna le 18 septembre 2023.

© AP Photo/Muhammad J. Elalwany
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"Le gouvernement invite la communauté internationale à participer à la conférence qu'il prévoit d'organiser le 10 octobre à Derna pour présenter des projets modernes et rapides pour la reconstruction de la ville", indique l'exécutif de l'Est de la Libye dans un communiqué signé par son chef, Oussama Hamad.

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Ce gouvernement affirme répondre "aux demandes des habitants de la ville sinistrée de Derna et des autres villes (de l'Est) ayant subi des dégâts" après le passage de la tempête Daniel le 10 septembre.

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Le gouvernement rival reconnu par l'ONU et basé dans la capitale Tripoli n'a pas réagi dans l'immédiat à cette annonce.

Rongée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est gouvernée par deux administrations rivales : l'une à Tripoli (Ouest) dirigée par Abdelhamid Dbeibah, l'autre dans l'Est, incarnée par le Parlement et affiliée au camp du puissant maréchal Khalifa Haftar.

Casse-tête diplomatique

La participation à une telle conférence pourrait ainsi constituer un véritable casse-tête diplomatique pour de nombreux pays, le gouvernement de l'Est libyen n'étant pas internationalement reconnu.

Si elle devait se concrétiser, la conférence aurait lieu un mois jour pour jour après le passage dévastateur de la tempête Daniel dans l'est de la Libye.

La tempête a notamment frappé Derna, une ville de 100.000 habitants bordant la Méditerranée, entraînant la rupture de deux barrages en amont et provoquant une crue de l'ampleur d'un tsunami.

Selon un dernier bilan officiel provisoire communiqué le 19 septembre par le ministre de la Santé de l'Est, Othman Abdeljalil, les inondations ont fait 3.351 morts.

Mais les organisations humanitaires et les autorités libyennes craignent un bilan beaucoup plus lourd en raison du nombre de disparus, qui se comptent par milliers.

43.000 déplacés

"Je ne suis pas sûr que nous connaîtrons un jour le nombre définitif de personnes décédées", a déclaré Yann Fridez, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Libye, lors d'une audio-conférence avec des journalistes le 21 septembre. Citant les statistiques d'autres organisations humanitaires internationales, Yann Fridez a également avancé le chiffre de 10.000 disparus.

Par ailleurs, plus de 43.000 personnes ont été déplacées par les inondations, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Les besoins urgents des déplacés portent sur "la nourriture, l'eau potable, la santé mentale et le soutien psycho-social", selon l'organisation.

Alors que les recherches se poursuivent pour retrouver des milliers de disparus présumés morts, le ballet des avions d'aide se poursuit aux aéroports de Benina de Benghazi et celui de Labraq plus à l'est, selon des images de médias libyens.

Manque d'eau potable

En plus de Derna, frappée de plein fouet par les flots, la tempête Daniel a laissé d'importants dégâts dans plusieurs régions de l'Est libyen. "L'eau est un vrai problème", raconte à l'AFP Ahmed Saleh, l'un des habitants de Soussa, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Derna. En attendant que la centrale à l'entrée de la ville reprenne du service, des volontaires "nous apportent de l'eau dans des citernes venues des villes voisines", dit-il.

L'usine de dessalement, qui alimente 320.000 personnes dans la région, est encore à l'arrêt alors que ses employés s'activent à sortir tuyaux, cuves et autres équipements de la boue qui les recouvre, selon des journalistes de l'AFP.

Les autorités de l'Est du pays ont été accusées d'imposer un "black-out" à Derna après que les réseaux téléphoniques et internet ont été coupés dans la soirée du 19 septembre durant 24 heures et des journalistes priés de quitter la ville, au lendemain d'une manifestation d'habitants réclamant des comptes aux responsables de l'Est.