Afrique

Madagascar : la police confirme avoir tué 19 personnes en tirant sur une foule en colère

La commune d'Ikongo, au milieu des montagnes, à environ 350 km de la capitale, Antananarivo, est sous le choc depuis la semaine passée. 
La commune d'Ikongo, au milieu des montagnes, à environ 350 km de la capitale, Antananarivo, est sous le choc depuis la semaine passée. 
TV5MONDE

Les gendarmes de Madagascar ont confirmé, mardi 30 août, avoir tué 19 personnes en tirant sur une foule en colère. Celle-ci a tenté la veille d'entrer dans leur caserne pour faire justice elle-même après la disparition d'un enfant albinos.
 

"Dix-neuf personnes ont perdu la vie et 21 blessés sont toujours soignés" à l'hôpital de la petite ville d’Ikongo (sud-est) où les heurts ont éclaté, selon un communiqué des gendarmes. Ils ajoutent qu'une enquête est en cours.

Le médecin chef de l'hôpital local, le Dr Tango Oscar Toky a confirmé le bilan des décès. Les gendarmes affirment que le calme est désormais revenu. Leur premier bilan, lundi 29 août, faisait état de onze morts.

(Re)voir : Madagascar : la police accusée d'avoir tué une dizaine de civils
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Les albinos, cible récurrente

Mardi matin, l'hôpital local attendait encore l'arrivée de blessés qui devaient être évacués, dont certains atteints de blessures graves selon le Dr Toky.

Depuis la semaine dernière, la commune d'Ikongo, plongée dans les montagnes à environ 350 km de la capitale, Antananarivo, est sous le choc. Un enfant albinos a disparu et les autorités suspectent un enlèvement.

Sur cette île d'Afrique australe, les personnes atteintes d'albinisme sont régulièrement la cible de violences, souvent en lien avec certaines croyances.
Plus d'une douzaine d'enlèvements, d'attaques et de meurtres y ont été signalés au cours des deux dernières années, selon les Nations unies.

"On aurait pu l'éviter"

Après la disparition de l'enfant, quatre suspects ont été arrêtés par les gendarmes et placés en détention dans la caserne d'Ikongo. Mais des habitants en colère ont voulu se faire justice eux-mêmes.

Ils se sont rassemblés devant la caserne de gendarmerie et ont demandé à ce que les suspects leur soient remis, relate Jean Brunelle Razafintsiandraofa, député du district.
D'après une source de la gendarmerie présente sur place, au moins 500 personnes s’y sont massées. Certains étaient munis d'"armes blanches" et de "machettes".
Les gendarmes instaurent alors un périmètre de sécurité pour tenter de faire baisser la tension et "éviter un bain de sang", a expliqué, lundi, le commandant Andry Rakotondrazaka, lors d'une conférence de presse. 

Il a ensuite évoqué "des provocations", des personnes armées de "couteaux à longue lame et de bâtons", ainsi que des jets de pierres. Jusqu’à ce que la foule ne tente de franchir le périmètre de sécurité.

"Légitime défense"

Les gendarmes affirment avoir d'abord fait usage de gaz lacrymogène et tiré des coups de sommation. "Mais, en dernier ressort", ils "n'ont pas eu d'autre choix que de recourir à la légitime défense", toujours selon le commandant. "C'est un évènement très triste et on aurait pu l'éviter mais il s'est passé ce qu'il s'est passé", a-t-il regretté.

Ils "ont tiré sur la foule", s'est de son côté indigné le député Razafintsiandraofa. Ce dernier a indiqué vouloir demander une enquête parlementaire.

Les forces de l'ordre malgaches sont régulièrement épinglées par la société civile pour des violations des droits de l'homme. Elles ne font toutefois que rarement l'objet de poursuites.