Madagascar : le bilan meurtrier du naufrage de migrants en route pour Mayotte revu à la hausse

A l'ouest de l'Océan indien, un nouveau drame de l'immigration clandestine endeuille le nord de Madagascar. Trente quatre personnes sont mortes dans le naufrage d'une embarcation partie des côtes nord-ouest de la Grande Île en direction de Mayotte, selon un nouveau bilan mardi 14 mars. Le Premier ministre malgache s'est rendu sur les lieux, à Ambilobe, où les corps ont été rapatriés.
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ambolibe naufrage
Capture écran sur Facebook. Détail d'une photo de la foule en recueillement à Ambilobe, dans le nord de Madagascar, lors du passage de la délégation du Premier ministre malgache Christian Ntsay en soutien aux familles des victimes du naufrage, 13 mars 2023.
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Le bilan du naufrage dans la nuit de samedi à dimanche au large de Madagascar d'un bateau transportant des migrants vers l'île française de Mayotte, dans l'océan Indien, est monté à 34 morts, ont annoncé mardi 14 mars les autorités maritimes malgaches. Contrairement à ceux qui a été annoncé initialement, l'embarcation qui a sombré dimanche vers 1h30 au large des côtes nord de la Grande île transportait une soixantaine de passagers.

Un premier bilan lundi faisait état de 22 morts sur les 47 passagers. "Quarante-sept personnes ont été déclarées avoir pris le bateau clandestinement, dans l'intention de rejoindre Mayotte, mais il a fait naufrage. Vingt-trois des passagers ont pu être sauvés. Vingt-deux corps sans vie ont été retrouvés", avait précisé l'Autorité portuaire, maritime et fluviale (APMF) dans un communiqué. 

Les corps repêchés par les autorités mardi, dont ceux de trois enfants, sont "en état de décomposition avancée", a précisé à l'AFP Jean Edmond Randrianantenaina, directeur de l'Agence portuaire, maritime et fluviale (APMF). 

Une enquête est en cours. Une survivante, une jeune femme enceinte, sera notamment un témoin clef. Hospitalisée, la jeune femme a commencé à être auditionnée par les enquêteurs. Selon une source à la gendarmerie, l'embarcation a chaviré car elle était trop chargée. 23 autres survivants secourus par des pêcheurs la nuit du naufrage ont eux pris la fuite avant l'arrivée des autorités, par peur d'être arrêtés pour tentative d'immigration clandestine. 

Des avis de recherche ont été lancés dans la soirée contre deux Malgaches, un homme et une femme âgée de 47 ans, accusés d'être les passeurs. Ils sont recherchés pour "embarquement illicite et transport clandestin, homicide involontaire des passagers vers Mayotte".

Le Premier ministre en déplacement sur les lieux du drame

Le Premier ministre malgache Christian Ntsay s'est rendu à Ambilobe, dans le nord de Madagascar, lundi 13 mars, à la tête d'une délégation gouvernementale, pour soutenir les familles de victimes du naufrage et représenter le président Rajeolina, en déplacement dans le sud de la Grande île.

Sur les photos du compte Facebook du journaliste Ben Aly Jaomamy, on voit que les corps des victimes ont été déposés dans un batîment administratif du district d'Ambilobe. Selon cette source, il y a 18 femmes, un homme et 2 enfants. Une foule en recueillement était présente au moment de la venue du Premier ministre et de sa délégation. 

Dans son message de condoléances sur Facebook, le président Rajeolina "exhorte tout un chacun, les simples gens comme les autorités, à toujours respecter la loi pour éviter de tels accidents". Le chef de l'Etat publie d'ailleurs des photos de l'opération de repêchage de corps.

Selon différentes sources, la totalité des rescapés ont fui dans la nature par peur d'être arrêtés pour tentative d'immigration clandestine.

Les recherches se poursuivaient après le naufrage qui a eu lieu au large du district d'Ambanja, à la pointe nord de Madagascar. La côte la plus proche de la Grande île se situe à un peu plus de 350 km du département français. 

La marine, la gendarmerie, les douanes mais aussi de simples pêcheurs ont participé aux opérations de sauvetages, selon l'APMF.

De Madagascar à Mayotte, la traversée de tous les dangers

Les chavirages de kwassa kwassa, petites embarcations de pêche à moteur utilisées par les passeurs, surviennent régulièrement sur la route maritime reliant les Comores, ou Madagascar, à Mayotte. 

De nombreux migrants africains et comoriens tentent chaque année clandestinement de rallier l'archipel dont la moitié de la population est étrangère. L'île comorienne d'Anjouan n'est située qu'à 70 km de Mayotte.

Mais les départs d'embarcation de migrants vers Mayotte se développent depuis Madagascar alors que la distance est de plusieurs centaines de kilomètres. La traversée est d'autant plus périlleuse en saison des cyclones qui s'étend de novembre à avril. Quelques jours avant, le cyclone Freddy, qui a frappé Madagascar à deux reprises était particulièrement violent, faisant au total 11 tués et des milliers de déplacés. 

Le site d'informations malgache 24/24.mg rappelle que "il y a encore un mois de cela, un bateau transportant 33 passagers, tous des ressortissants malgaches, ont été interceptés par la gendarmerie mahoraise. 24 d’entre eux étaient en situation irrégulière et refoulés par la suite".

L'Express de Madagascar rappelle que "jusqu'ici les immigrants clandestins vers Mayotte partent de Mahajanga", la grande ville portuaire du nord-ouest. Le fait que "la plupart des victimes viennent d'Ambilobe", commune située sur la route nationale 6 reliant Mahajanga (Majunga) et Antsiranana (ex-Diégo-Suarez, grande ville portuaire à la pointe nord de Madagascar), porte "à croire que la fièvre de l'immigration vers Mayotte gagne la population du nord", commente ce quotidien malgache. 

La France renforce sa lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte

Depuis 2019, l'Etat français a considérablement augmenté ses moyens de lutte contre cette immigration clandestine avec notamment la présence continue en mer de bateaux intercepteurs et une surveillance aérienne. En visite en décembre à Mayotte, le ministre de l'Intérieur français, Gérald Darmanin, a exprimé sa volonté de renforcer la lutte.

En 2021, 6.355 migrants et 324 passeurs ont été interpellés, et 459 embarcations détruites, selon les autorités françaises. 

Il n'existe pas de statistiques fiables sur les morts de ces traversées clandestines risquées. Selon un rapport d'information du Sénat français publié au début des années 2000, environ un millier de personnes y perdent la vie chaque année.