Afrique

Mali : assassinat d'une fillette albinos à Fana

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©TV5MONDE / Commentaire : I. Taoufiqi - Images : K. Magassa - Montage : A. Roux

Au Mali, Ramata Diarra, une petite fille albinos de cinq ans a été enlevée, éventrée et  décapitée dans la nuit de samedi 12 mai à dimanche 13 mai 2018 à Fana, dans la région de Koulikoro. La ville entière est sous le choc... Les défenseurs des albinos dénoncent un "crime rituel"  à l'approche de l'élection présidentielle du 29 juillet.
 

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Dans la cour familiale des Diarras, personne n'a le coeur à prononcer le moindre mot. 
Ici, comme dans toute la ville de Fana, une localité située à 125 km au nord de Bamako, le temps s'est arrété dans la nuit de samedi à dimanche, la nuit où la petite Ramata , 5 ans, a été enlevée, arrachée au bras de sa mère Hawa à côté de laquelle elle dormait. 

"Ils ont pris mon enfant, aux aurores, j'ai vu l'homme. Il a quitté la cour avec mon enfant, j'ai essayé de le poursuivre, mais je n'ai pas pu l'avoir. J'ai crié, j'ai crié, et les gens  sont sortis, les voisins aussi pour nous aider. Nous n'avons pas pu le rattraper", a confié la mère de la fillette, Hawa Touré, qui est revenue pour protéger sa seconde fille.

Il était vers 02h00 du matin dimanche quand la fillette, dite "Fanta" ou "Nan" a été enlevée. Elle "dormait dans une cour avec sa mère et sa soeur, elle-même albinos", a expliqué à l'AFP une source policière. "Des hommes armés l'ont enlevée et ont escaladé le mur avec elle", a précisé cette source. 

"Nous avons cherché la fillette partout. Nous avons retrouvé son corps à côté d'une mosquée, mais sans la tête", a raconté un enseignant de Fana, Oumar Diakité. En réaction et pour dénoncer le manque de sécurité, des habitants de la localité ont attaqué dimanche et en partie incendié la gendarmerie locale, selon plusieurs témoins.

Oumar Sidy Coulibaly était la quand le corps de l'enfant a été retrouvé à 150 mètres de la maison familiale... Un corps éventré et décapité. "J'ai le coeur meurtri en tant que père de famille quand on voir des situations comme cela, c'est vraiment triste", a-t-il déclaré. 
 
Je souffre, tout le monde dans les parages souffre. Son père et moi, nous sommes meurtris et fatigués. Ce que nous souhaitons, c'est que ce genre de crimes cesse, que tout le monde se lève et qu'on trouve des solutions.Hawa Touré, mère de la fillette assassinée

"Sacrifice rituel" avant les élections ?

Mahi Koita de l'association de défense des albinos a tenu a présenter en personne ses condoléances à la famille Diarra. Etre Albinos sur le continent, il sait personnellement à quoi cela expose... : à des sacrifices humains... Selon certaines croyances peristantes,  les organes d'alibnos apporterait richesses, élévation sociale ou encore succès en politique. "Les kidnappings, les assassinats, c'est surtout dans les périodes électorales", explique Mahi Koita  dit "Albi", secrétaire général de l'association malienne pour la protection des albinos, rappelant que l'élection présidentielle malienne est prévue en juillet prochain.

"Nous réclamons justice. Sa tête a été emportée. C'est un crime rituel", a déclaré de son côté à l'AFP le militant Mamadou Sissoko, secrétaire général de la Fédération des associations des personnes atteintes d'albinisme d'Afrique de l'Ouest (Fapao), qui s'est rendu sur place. 
 
A chaque fois, qu'il y a des élections, nous devenons du gibier pour des gens qui veulent faire des sacrifices rituels. Ce n'est pas la première fois que ça arrive à Fana. L'Etat doit prendre ses responsabilités.Mamadou Sissoko, secrétaire général de la Fapao
Légende de la musique africaine, le Malien Salif Keita, lui-même albinos, plaide depuis des années pour protection des personnes atteintes d'albinisme, qui souffrent de stigmatisations dans de nombreux pays d'Afrique comme le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi et la Tanzanie.  Chaque année, des dizaines d'entre eux sont victimes d'attaques, tués et amputés de leurs membres qui sont ensuite utilisés pour des rituels.

Au Mali, aucun suspect n'a pour l'heure été arrêté par la police, malgré la mobilisation des habitants de Fana qui ont dressé des barrages dans toute la ville pour empêcher le ou les coupables de s'échapper. Quant à la famille de Ramata, elle compte porter plainte dans les prochains jours avec l'aide d'association des droits humains.