Afrique

Mali : Assimi Goïta, le "très opérationnel mais pas bavard" chef de la junte

Le colonel Assimi Goïta, autoproclamé chef du CNSP et fait chef de l'Etat par la junte, ici à Bamako, le 24 août, avant une rencontre avec la délégation ouest-africaine.
Le colonel Assimi Goïta, autoproclamé chef du CNSP et fait chef de l'Etat par la junte, ici à Bamako, le 24 août, avant une rencontre avec la délégation ouest-africaine.
Baba Ahmed (AP)

Le silence pour se faire entendre. C'est, il semblerait, la conduite adoptée par le chef de la junte militaire malienne, Assimi Goïta. Depuis le coup d'Etat du 18 août, sa parole est rare, pour ne pas dire inexistante, en rupture avec la manière de faire habituelle d'un putschiste installé en dirigeant d'un pays. 

Rarement un putschiste installé chef de l'Etat se sera montré aussi peu disert que le colonel Assimi Goïta, nouvel homme fort du Mali décrit comme un opérationnel plus qu'un politique.

"Je suis le président du CNSP", le Conseil national pour le salut du peuple institué par les putschistes pour diriger le pays: avec les quelques phrases de circonstance qui ont suivi, ces mots prononcés le 20 août sont les seuls entendus en public dans la bouche d'Assimi Goïta depuis le coup d'Etat du 18 août.

"C'est un jeune très opérationnel, mais pas un bavard", dit Kissima Gakou, universitaire et ancien conseiller stratégique du ministère de la Défense pendant douze années.

Personne ne saurait dire vraiment comment le colonel Goïta, 37 ans, commandant d'un bataillon de forces spéciales, voit le "Mali nouveau" ambitionné par les putschistes, ni même quelle part il a prise dans la préparation du coup d'Etat du 18 août.

Dans la nuit fatidique, c'est le colonel Ismaël Wagué qui a lu à la télévision nationale le communiqué de la junte, Assimi Goïta se tenant silencieux à sa droite en tenue de camouflage et béret vert.

Investi des fonctions de chef de l'Etat par un acte à la constitutionnalité mise en doute, le colonel Goïta a laissé le colonel Wagué assurer la communication de la junte depuis le 18 août.

Lors des innombrables rencontres avec les diplomates ou les acteurs politiques qui ont suivi au camp de Kati, ville garnison et nouveau siège du pouvoir, il est apparu en chemise militaire avec une barbe de trois jours quand il ne la recouvrait pas de son cache-cou de terrain pour donner le change à ses interlocuteurs porteurs d'un masque anti-Covid.

Pas grand-chose ne distingue l'officier athlétique de ses hommes en tenue de combat dont il est constamment accompagné. Un document remis à la presse au lendemain du coup d'Etat le décrit comme "adepte des défis".
"Paraître, ce n'est pas son problème. C'est un homme de terrain, on l'a vu dans le nord du Mali", dit un colonel sous couvert de l'anonymat.

L'immense nord malien, où l'armée combat depuis 2012, d'abord contre des groupes indépendantistes rebelles puis contre les djihadistes, le colonel Goïta peut se targuer de connaître.

(Re)voir : Mali : qui sont les putschistes ?
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Issu de la "fabrique à putschistes"

Fils d'un ancien directeur de la police militaire, biberonné aux questions sécuritaires, il y a été envoyé en 2002 après des études au Prytanée de Kati, la principale école militaire du Mali, surnommée la "fabrique à putschistes". L'établissement a notamment formé formé Amadou Sanogo, leader du coup d'Etat de 2012, et plusieurs putschistes de 2020.

Assimi Goïta a été basé successivement dans chaque ville majeure du nord, Gao, Kidal, Tombouctou, Ménaka, Tessalit, et est monté en grade.
Comme d'innombrables officiers supérieurs sahéliens, il a vite été repéré par les partenaires occidentaux. Il ira suivre des formations en Allemagne, au Gabon, et aux Etats-Unis. "Une manière de connaître les futurs poids lourds des armées, et parfois de les coopter", dit un diplomate occidental à Bamako. En 2019, il a participé aux exercices américains au Sahel "Flintlock", organisés chaque année dans un pays différent pour former in situ les armées nationales.

Depuis le 18 août, jour où ses hommes sont allés arrêter les principaux dirigeants nationaux, pas grand-monde n'accepte de parler de lui.

"Personne ne sait trop sur quel pied danser en ce moment", dit un haut fonctionnaire. Les militaires ont promis de rendre le pouvoir aux civils après une période transitoire. Mais nul ne sait combien de temps cette transition va durer, ni qui la dirigera.