Afrique

Mali : au lendemain du coup d'État, la junte sous pression de la communauté internationale

Le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air, sur la chaîne malienne ORTM. Bamako, Mali, 19 août 2020
Le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air, sur la chaîne malienne ORTM. Bamako, Mali, 19 août 2020
© ORTM TV via AP

États-Unis, Union européenne (UE), Union africaine (UA)... Tous réclament la libération "immédiate" du président Ibrahim Boubacar Keïta, toujours détenu au lendemain de son arrestation par l'armée. La communauté internationale a accentué mercredi 19 août la pression sur les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali. 

Réactions internationales

 
  • Le Canada

Le chef de la diplomatie canadienne a condamné "fermement" mercredi le coup d'Etat au Mali, qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta et appelé au respect de de "l'ordre constitutionnel du Mali".

"Le Canada condamne fermement le coup d'État au Mali, qui a forcé la démission du président démocratiquement élu Ibrahim Boubacar Keïta", a indiqué mercredi le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne, dans un communiqué.

  • La France
Le président français Emmanuel Macron réclame que le pouvoir soit "rendu aux civils". 

(Re)voir : Coup d'Etat au Mali : engagée militairement, la France s'inquiète
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  • L'Union européenne

A l'issue d'un sommet extraordinaire de l'UE, les 27 ont réclamé un "retour immédiat de l'état de droit" au Mali. "La stabilité de la région et du Mali, la lutte contre le terrorisme doivent demeurer des priorités absolues", a déclaré le président du Conseil de l'UE, Charles Michel, soulignant "l'extrême préoccupation" des Européens.

  • Les États-Unis

Les Etats-Unis "condamnent fermement la mutinerie du 18 août au Mali comme nous condamnerions toute prise du pouvoir par la force", a déclaré le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, sans parler de coup d'Etat.  Il a appelé à "oeuvrer au rétablissement d'un gouvernement constitutionnel".
 

  • L'Union africaine

L'Union africaine (UA) a suspendu le pays au lendemain du coup d'Etat qui y a renversé le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta. L'UA "suspend le Mali jusqu'au retour de l'ordre constitutionnel", a indiqué le Conseil paix et sécurité de l'UA sur Twitter.
Le président en exercice de l'UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a également condamné le "changement inconstitutionnel" de régime à Bamako et "exigé la libération immédiate du président, du Premier ministre et des autres ministres" toujours aux mains des militaires, appelant l'armée à "rentrer dans les casernes".

  • L'Algérie

L'Algérie, qui partage 1.400 km de frontières avec le Mali et a joué un rôle important dans les pourparlers de paix dans ce pays, "réitère son ferme rejet de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement".

  • Le Maroc

Le Maroc, partenaire du Mali, s'est dit "attaché à la stabilité de ce pays".
 

"Ai-je réellement le choix?"

Le président Keïta et le chef du gouvernement, Boubou Cissé, étaient toujours au camp militaire de Kati, le quartier général des auteurs du coup d'Etat près de Bamako, a indiqué à l'AFP une source au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), l'instance créée mardi par les putschistes.

D'autres responsables civils et militaires ont également été arrêtés mardi.

Le calme régnait mercredi dans la capitale, qui portait encore les stigmates des incidents ayant ponctué ce renversement de pouvoir, notamment les bureaux abritant le cabinet d'avocats de l'ex-ministre de la Justice Kassim Tapo, attaqués et incendiés par des gens en colère, selon des journalistes de l'Agence France-Presse.

Dans le centre de Bamako, la population vaquait à ses occupations, mais les administrations et les banques étaient fermées.

Le président Keïta, élu en 2013 puis réélu en 2018 pour cinq ans, a annoncé à la télévision publique sa démission dans la nuit de mardi à mercredi, puis la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale. "Ai-je réellement le choix?", a-t-il déclaré, en disant vouloir éviter que du sang ne soit versé pour qu'il se maintienne au pouvoir. 

Voir aussi : le discours du président malien évincé dans la nuit du 18 au 19 août 2020

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Un officier malien, le colonel Assimi Goita, s'est présenté comme le chef de la junte qui a renversé la veille le président Ibrahim Boubacar Keïta et estimé que le Mali "n'a plus droit à l'erreur".

Le porte-parole des militaires, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air, a ensuite annoncé la création du Comité national pour le salut du peuple, expliquant que les militaires avaient "décidé de prendre (leurs) responsabilités" face au chaos, à l'anarchie, à l'insécurité et à l'insécurité.

Les militaires ont appelé la société civile et les mouvements politiques à "créer les meilleures conditions d'une transition politique civile conduisant à des élections générales crédibles" dans un "délai raisonnable".

Les putschistes ont annoncé la fermeture des frontières et l'instauration d'un couvre-feu, tout en tentant de rassurer la communauté internationale sur ses intentions. 

(Re)voir : Coup d'Etat au Mali : après le putsch, l'incertitude

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© ORTM via AP

"Tous les accords passés" seront respectés, a affirmé le colonel Wagué.

  "Nous, forces patriotiques regroupées au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l'histoire", a déclaré à la télévision publique ORTM le porte-parole des militaires mutinés, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air

"Notre pays le Mali sombre de jour en jour dans le chaos, l'anarchie et l'insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée", a accusé l'officier.

Il a assuré que les militaires voulaient assurer "une transition politique civile" qui devrait conduire à des élections générales dans un "délai raisonnable" qu'il n'a pas précisé.

Voir aussi : Coup d'État au Mali : "Nous avons décidé de prendre nos responsabilités", déclarent les militaires putschistes

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"La (mission de l'ONU) Minusma, la force (anti-djihadiste française) Barkhane, le G5 Sahel (qui regroupe cinq pays de la région), la force Takuba (un groupement de forces spéciales européennes censées accompagner les Maliens au combat) demeurent nos partenaires", a-t-il assuré, en ajoutant que les militaires étaient "attachés au processus d'Alger", l'accord de paix signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés du nord du pays.
 

Réunions internationales

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé les soldats mutinés qui ont renversé le gouvernement au Mali à "regagner sans délai leurs casernes" et à libérer "immédiatement" tous les dirigeants arrêtés. Lors d'une réunion d'urgence à huis clos, les pays membres ont "souligné la nécessité pressante de rétablir l'Etat de droit et d'aller vers un retour de l'ordre constitutionnel", selon un communiqué publié par les Nations unies.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), médiatrice dans la crise qui frappe le Mali depuis juin, a condamné le putsch, et suspendu le pays de ses rangs. Elle doit se réunir jeudi 20 août en visioconférence.

Le coup d'Etat prolonge la crise socio-politique à laquelle est confronté le Mali depuis plusieurs mois et que la médiation de la Cédéao n'a pas pu résoudre.

(Re)voir : Coup d'Etat au Mali, réactions à Bamako

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Une coalition hétéroclite d'opposants politiques, de guides religieux et de membres de la société civile a multiplié les manifestations pour réclamer le départ du président Keïta, accusé de mauvaise gestion.

Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), qui mène la contestation, avait refusé jeudi une rencontre avec le président Keïta, fixant notamment comme préalable la fin de la "répression" contre ses militants.

Mercredi après-midi, ni le M5, ni la figure de proue de la contestation, l'influent imam Mahmoud Dicko, n'avaient encore fait part de leurs intentions après le renversement de leur bête noire.

Le week-end du 10 juillet, une manifestation à l'appel du Mouvement du 5 juin avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers.