Mali : déclarations triomphantes des autorités et de soutiens après la reprise de Kidal

La junte malienne et ses soutiens se sont répandus en déclarations triomphales et patriotiques après la prise de la ville de Kidal. Cette reconquête sur les rebelles touareg donne raison selon les autorités maliennes aux choix stratégiques faits par les colonels au pouvoir.

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La junte malienne et ses soutiens se sont répandus en déclarations triomphales et patriotiques après la prise de Kidal, dont la reconquête sur les rebelles touareg donne raison selon eux aux choix stratégiques faits par les colonels au pouvoir.

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La capture de Kidal, foyer de la revendication indépendantiste dont l'Etat central et l'armée avaient été chassés manu militari par les rebelles en 2014, est le succès militaire le plus incontestable remporté par les colonels qui ont pris par la force en 2020 la tête de ce pays plongé dans une crise sécuritaire et multidimensionnelle grave.

Des Maliens sont descendus dans la rue mardi soir à Bamako, Kati et d'autres villes pour célébrer l'entrée de l'armée dans Kidal, dont les rebelles ont reconnu s'être retirés pour des raisons tactiques après avoir combattu pendant plusieurs jours l'avancée de l'armée, mais apparemment sans livrer bataille dans la ville même, selon des vidéos sur les réseaux sociaux.

Ces images montrent des groupes de Maliens saluer à Kidal l'arrivée de blindés et pick-ups avec des soldats maliens, mais aussi des combattants blancs largement présumés appartenir au groupe de sécurité russe Wagner, dont la junte dément la présence au Mali.

"L'armée se déplace dans la ville avec des militaires blancs. Nous ne savons pas qui ils sont", a dit un vieux Kidalois s'exprimant sous le couvert de l'anonymat pour sa sécurité. "Les gens ont peur d'eux, donc il ne reste plus rien dans la ville, sauf des gens comme moi qui n'ont pas les moyens de partir".

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Un autre Kidalois a assuré que les hommes qui avaient célébré la veille était des travailleurs d'autres régions.

Mission accomplie 

 

Mais Aliou Touré, un épicier de 32 ans, a déclaré que les Kidalois étaient "fiers de (leur) armée". Il a assuré que la danse et l'alcool étaient interdits jusqu'à mardi, lorsque la Coordination des mouvements de l'Azawad, alliance de groupes armés à dominante touareg, faisait régner l'ordre. "Maintenant nous sommes libres", a-t-il dit.

La capture de Kidal "est une étape décisive dans la reconquête de l'intégrité du territoire (...) L'Etat n'avait quasiment pas repris pied à Kidal depuis mai 2014, c'est désormais chose faite", a trompété mercredi le présentateur du journal de la radio d'Etat presque entièrement consacré à cet "évènement historique".

"Malgré les anicroches, les trahisons et les complots (...), les prévisions fantaisistes, nos vaillantes Forces armées et de sécurité ont atteint leurs objectifs et le Mali est et restera un et indivisible", a dit le porte-parole du gouvernement installé par les militaires, le colonel Abdoulaye Maïga.

La presse imprimée a rivalisé de unes glorifiant la victoire et l'armée, objet de consensus au Mali.

Le Mali est plongé dans le trouble depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et salafiste dans le nord en 2012. Il subit la propagation des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique. La violence est aggravée par les groupes d'autodéfense et les bandits.

Les sépararistes touareg qui avaient cessé le feu en 2014 viennent de reprendre les armes. Après la perte de Kidal, ils ont juré que "la lutte continue".

 

"Symbole d'insoumission" 

 

La crise est aussi politique. Le Mali a été le théâtre d'un double coup d'Etat mené par les mêmes colonels en 2020 et 2021.

Ils ont rompu l'alliance militaire avec l'allié historique français et ses partenaires européens, poussés vers la sortie, et se sont tournés politiquement et militairement vers la Russie. Ils viennent de sommer la mission de l'ONU de partir.

Ils ont fait de la sécurisation et de la restauration de la souveraineté nationale sur l'intégralité du territoire leur mantra.

Avant leur avènement, deux tiers du territoire passaient pour échapper au contrôle de l'Etat. Ils proclament régulièrement que la "montée en puissance" de l'armée, avec le soutien de la Russie et de ses instructeurs ainsi que de ses livraisons de matériel selon eux, met en "débandade" les groupes "terroristes", désignation attrape-tout pour jihadistes et séparatistes.

Kidal était "considérée par l'armée malienne comme le symbole de l'insoumission aux autorités nationales", a dit la radio d'État, sous le contrôle de la junte.

Elle a présenté la prise de la ville comme l'aboutissement des choix opérés par les colonels, avec à leur tête Assimi Goïta.