Mali : des "militaires blancs" auraient tué 13 civils dans le centre du Mali

Dimanche 31 octobre 13 civils ont été tués dans le centre du Mali par des soldats et des "militaires blancs" selon des élus locaux et un responsable d'une association communautaire. L’armée malienne dément cette information.
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Carte de Ténenkou, Mali
13 civils ont été tués à Guelledjé, dans la région de Ténenkou, le 31 octobre 2022.
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La France, les États-Unis et leurs alliés occidentaux accusent la junte malienne de s'être adjoint les services de la société de sécurité russe Wagner. Les autorités maliennes démentent et parlent de coopération avec l'armée russe au nom d'une relation ancienne d'État à État.

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"Dimanche à Guelledjé, dans le cercle de Tenenkou (centre), les militaires maliens sont venus en force avec des militaires blancs. Il y a eu des coups de feu et des arrestations. On a compté au moins 13 morts", a déclaré à l'AFP un élu local sous couvert de l'anonymat.

L'information a été confirmée par un autre élu local, également sous couvert de l'anonymat. Parmi les personnes tuées, "il y a une femme, sa fille et sa petite fille", a précisé cette source.

La communauté peule visée

Un habitant de Guelledjé a de son côté indiqué que "le village a été "attaqué" parce que "l'armée et les militaires blancs de Wagner considèrent que c'est une localité de djihadistes".

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Un responsable de l'association Tabital Pulakuu, une association pour la promotion de la culture des Peuls, une des ethnies maliennes, affirme à l'AFP que "plus de 20 civils ont été tués et arrêtés dimanche à Guelledjé", des membres selon lui de cette communauté. "On fait trop d'amalgames. Tous les Peuls ne sont pas des djihadistes. Ceux qui ont été tués sont des civils innocents", a-t-il ajouté.

Une situation sécuritaire détériorée

Ces informations ont été réfutées par une source militaire malienne. "Nous rejetons catégoriquement ces accusations", a indiqué à l'AFP cette source.

Le Mali est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012 dans le nord.

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La sous-secrétaire d'État américaine Victoria Nuland, de retour du Sahel, a déclaré le 26 octobre que la sécurité s'était considérablement détériorée au Mali depuis que la junte a fait appel aux mercenaires de Wagner en 2021. 
 
Nous avons constaté une augmentation du terrorisme et nous sommes fermement d’avis que Wagner travaille pour son intérêt et pas pour celui de la population.
Victoria Nuland, Sous-secrétaire d'État américaine
En introduction à son point-presse, Victoria Nuland rappelé les raisons de son déplacement dans la région s'inquiétant au Mali "de la diminution de la marge de manœuvre de la MINUSMA et des contraintes que les forces Wagner et le gouvernement malien font peser sur ses possibilités d’action et d’accomplir son mandat. Nous avons également constaté une augmentation du terrorisme et nous sommes fermement d’avis que Wagner travaille pour son intérêt et pas pour celui de la population."
 

La sous-secrétaire américaine a précisé que "dans le cas du Mali, le gouvernement intérimaire a fait de très mauvais choix en invitant les forces Wagner à faire partie de leur réponse sécuritaire. Les résultats sont que la violence et le terrorisme ont augmenté et que les forces de l’ONU ont été poussées dehors".

Victoria Nuland a rajouté, toujours au sujet de Wagner, avoir eu "de nombreux rapports d’abus de droits de l’homme dans la région où nous travaillons".

Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en 2020 au Mali se sont détournés depuis un an de l'allié français et de ses partenaires, et tournés vers la Russie. Le gouvernement affirme avoir inversé la tendance sécuritaire et avoir mis en débandade les groupes djihadistes.

L'armée malienne est de longue date accusée d'exactions, y compris par la mission de l'ONU déployée dans le pays. Les autorités assurent au contraire veiller au respect des droits humains et diligenter des enquêtes s'il y a lieu, mais les résultats de celles-ci ne sont presque jamais rendus publics.