Afrique

Mali: face aux militaires, que peut faire la Cédéao ?

Des manifestants affichent leur soutien à la junte le 8 septembre 2020 dans les rues de Bamako. Ils tiennent une photo d'Assimi Goïta, le chef de la junte militaire.
Des manifestants affichent leur soutien à la junte le 8 septembre 2020 dans les rues de Bamako. Ils tiennent une photo d'Assimi Goïta, le chef de la junte militaire.
AP

Les dirigeants des pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se réunissent ce dimanche 30 mai au Ghana pour évoquer la situation malienne. Le colonel Assimi Goïta, nouvellement nommé président du Mali, est convié. La Cédéao a un champ d’action limité et hésite à imposer de nouvelles sanctions au Mali.

La communauté internationale s’est empressée de dénoncer le nouveau coup d’État militaire au Mali mais se montre hésitante quant à l’imposition de sanctions sur le pays. Seuls les États-Unis ont suspendu leur aide militaire au Mali pour l’instant. L’UE, la Cédéao, l’Union africaine, ou encore la France, condamnent le coup d’État mais n’ont pas encore mis en place de mesures coercitives.

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L’échec des sanctions passées de la Cédéao 

Plusieurs organisations internationales et pays, dont la France, ont exprimé leur inquiétude face au coup d’État du 24 mai. Dans un communiqué co-rédigé par la Cédéao, la mission de l’ONU au Mali (Minusma), la France, les États-Unis et d’autres membres de la communauté internationale évoquent une “profonde préoccupation” et un rejet “par avance [de] tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées”. Pourtant, aucune sanction n’a encore été imposée.

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Les mesures prises à l’encontre du Mali suite au premier coup d’État ont été particulièrement sévères. La Cédéao avait suspendu le pays de tous ses organes de décision, fermé les frontières de ses États membres et imposé un embargo économique. En résulte une apparente victoire des institutions internationales : les militaires nomment un gouvernement civil de transition en septembre, dirigé par Bah Ndaw. Les sanctions sont levées en octobre.

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Qu'est-ce que la Cédéao ?

Ces sanctions sont parmi les plus lourdes que la Cédéao puisse prendre. L’union ouest-africaine, fondée en 1975, avait originellement pour but unique l’intégration économique des États d’Afrique de l’Ouest et la création d’une monnaie unique. Aujourd’hui dotée d’une force armée, l’Ecomog, la Cédéao a un important poids diplomatique. L’Ecomog est notamment intervenue durant les guerres civiles au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée. La Cédéao possède aussi une cour de justice, un parlement et une banque d’investissement et de développement, entre autres institutions

Les mesures qu’elle a cependant prises en août 2020 ont eu quelques conséquences négatives sur l'organisation. La société civile malienne se montre très critique envers la Cédéao suite aux sanctions. L’association des consommateurs du Mali et le Coalition Publiez Ce que Vous Payez - Mali, ont même été jusqu’à porter plainte auprès de la Cour de justice de l’organisation pour faire reconnaître le caractère “illégal” de l’embargo. La Cédéao fait aujourd’hui face à une situation à double tranchant : de nouvelles sanctions lui ferait perdre un peu plus de légitimité au Mali, mais ne pas en imposer laisserait le champ libre aux militaires.

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Les raisons de la colère du peuple malien

Au contraire d’une Cédéao quelque peu décrédibilisée suite aux sanctions d’août 2020, Assimi Goïta s’est vu muer en protecteur du peuple malien face aux acteurs internationaux. Vendredi 28 mai, plusieurs centaines de Maliens ont même manifesté leur soutien aux militaires dans les rues de Bamako.

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En plus de leur soutien aux militaires, beaucoup de manifestants remerciaient la Russie pour son soutien supposé. Selon une page Facebook ivoirienne, appelée Cellule 26 TV, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, aurait annoncé que la Russie bloquerait toute résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU contre la junte au Mali. Si l’information est fausse, Sergey Lavrov n’ayant jamais réalisé de telle annonce, elle a été largement relayée et a sans doute contribué au sentiment pro-Russe des manifestants.

Vers de nouvelles sanctions de la Cédéao et d’autres organisations internationales ?

Après une tentative de médiation en début de semaine, la Cédéao a évoqué de possibles nouvelles sanctions jeudi 27 mai. Ces sanctions cibleraient “ceux qui poseront des actes contraires au processus de normalisation”. Les États-Unis ont stoppé les versements de leur aide militaire au Mali mais pour les autres acteurs, des sanctions plus générales, comme le retour de l’embargo, semblent inenvisageables à l’heure actuelle.

L’Union européenne a évoqué des mesures ciblées. Les sanctions pourraient être, par exemple, un gel des avoirs ou une interdiction de voyager pour les militaires au pouvoir.

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L’Union africaine, elle, est censée suspendre de son organisation tout pays où a lieu un coup d’État. Le Tchad a récemment fait exception et le Mali n’a pas encore été suspendu

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé “la libération sûre, immédiate et inconditionnelle” de tous les dirigeants maliens détenus par les militaires. Il n’a toutefois pas prononcé de sanctions ni même menacé d’en prendre.

La Cédéao avait imposé des sanctions au Mali deux jours seulement après le premier coup d’État. Elles avaient grandement pénalisé l’économie malienne. L’organisation semble aujourd’hui favoriser des mesures ciblées contre les membres et, ou, les soutiens de la junte.
 

Des membres de la junte défilent dans les rues de Bamako après le premier coup d'État, le 21 août 2020, devant une foule en liesse.
Des membres de la junte défilent dans les rues de Bamako après le premier coup d'État, le 21 août 2020, devant une foule en liesse.
AP

Le sommet exceptionnel de la Cédéao concernant le Mali qui a lieu ce dimanche 30 mai à Accra, capitale du Ghana, devrait permettre d’y voir plus clair.