Afrique

Mali : la communauté internationale prend acte du deuxième coup d'Etat

Les représentants du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) à gauche de la table, avec le colonel Assimi Goïta (au centre), face à une délégation de la Cédéao, le 22 août à Bamako, quatre jours après le premier coup d'Etat. Le CNSP, qui a renversé l'ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, a depuis été dissout et M. Goïta a été officiellement déclaré président de la transition. 
Les représentants du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) à gauche de la table, avec le colonel Assimi Goïta (au centre), face à une délégation de la Cédéao, le 22 août à Bamako, quatre jours après le premier coup d'Etat. Le CNSP, qui a renversé l'ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, a depuis été dissout et M. Goïta a été officiellement déclaré président de la transition. 
Associated Press

En n'infligeant pas de sanctions aux auteurs, la communauté internationale a pris acte du deuxième coup d'Etat qui a porté au pouvoir, le colonel Assimi Goïta. Des mesures de rétorsions, à l'encontre d'un pays déjà éprouvé par sa situation sécuritaire et la pauvreté notamment, auraient contrecarré les objectifs de lutte contre le djihadisme dans la région. 

Mêmes acteurs, autres temps. Au lendemain du putsch du 18 août 2020, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) fermait ses frontières et stoppait ses échanges financiers et commerciaux avec le Mali. L’objectif d’alors était de contraindre la junte à une transition civilo-militaire limitée dans le temps.

Cette fois, face au même colonel Assimi Goïta, déclaré président après avoir évincé le duo civil Bah N’Daw-Moctar Ouane, à la tête de l'exécutif, la Cédéao a simplement suspendu le Mali de ses instances, tout en demandant la nomination "immédiate" d'un nouveau Premier ministre civil et le maintien des élections au début 2022.

(Re)voir : Au Mali, la junte évoque un report des élections
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"Là on n'est pas dans un rapport de forces. Ce sont des condamnations de papier essentiellement", résume Jean-Hervé Jezequel, spécialiste du Sahel à l'International Crisis Group.

L'Union africaine (UA) et la France, partenaire clé dans la lutte antiterroriste avec sa force Barkhane (5.100 hommes), se sont alignées sur ces positions. Le 26 mai, le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) avait déjà donné le la, avec une condamnation "ferme" mais pas de sanctions.

"Il était attendu de la communauté internationale, en particulier la Cédéao, qu'elle se montre ferme face à la junte. Cette dernière s'en sort très renforcée, et on peut se demander si elle a désormais des limites", pointe Boubacar Haidara, chercheur au centre d'études Les Afriques dans le Monde (LAM) à l'Institut de Sciences Politiques de Bordeaux.

Une nouvelle série de sanctions menaçait de faire vaciller un peu plus le Mali. Crucial pour la stabilité régionale, le pays s’avère éreinté par la déliquescence de l'Etat, la pauvreté et la montée inexorable du terrorisme depuis dix ans.
 

Le "précédent tchadien" dans la balance

"La population est déjà épuisée par des années de conflit", rappelle Caroline Roussy, chercheuse Afrique à l'Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris). Les partenaires du Mali ont eu à cœur "qu'elle ne soit pas mise plus encore en difficulté et que ce ne soit pas finalement une aubaine pour les terroristes."

Les Maliens ont aussi peu réagi au "coup d'Etat dans le coup d'Etat. Sans mobilisation populaire, c'était la Cédéao contre la junte et les Maliens. Ce n'est pas une position tenable", considère Jean-Hervé Jezequel.

Pour tous les experts interrogés, le "précédent tchadien" a aussi joué un rôle. Après la mort brutale du président tchadien, Idriss Déby Itno, au mois d’avril 2021, l’UA et la France ont validé l'installation d'une junte militaire, emmenée par le fils du président défunt, au nom de la sécurité régionale.

La communauté internationale n'a pas du tout su peser sur la situation, elle a perdu la main (..) Dans ce contexte il paraissait compliqué qu'elle puisse avoir une position assez tranchée sur le Mali

Bokar Sangaré, chercheur et rédacteur en chef du site d'informations malien Benbere

"La communauté internationale n'a pas du tout su peser sur la situation, elle a perdu la main (..) Dans ce contexte il paraissait compliqué qu'elle puisse avoir une position assez tranchée sur le Mali", relève Bokar Sangaré, chercheur et rédacteur en chef du site d'informations malien Benbere.

Dans les deux cas, une même obsession domine : consolider la digue anti-djihadiste alors que la menace, partie du Mali, s'étend dans les pays voisins. Le Tchad, l’un des rares pays du Sahel doté d'une armée robuste, apparaît comme un acteur majeur sur l'échiquier sécuritaire.

"Une solution durable doit être négociée entre les Maliens"

"Qu'est-ce qui est le plus important, aux yeux des partenaires du Mali, une transition conduite par des civils ou un gouvernement qui permette de continuer la lutte contre les djihadistes ?, s'interroge Jean-Hervé Jezequel. Il y a de fortes hésitations à faire trop pression sur la junte dont on considère par ailleurs qu'elle a plutôt bien collaboré d'un point de vue sécuritaire jusqu'ici."

Dans ce contexte, le colonel Goïta apparaît comme le garant d'un "équilibre instable", renchérit Caroline Roussy. Le président français Emmanuel Macron a certes menacé de retirer ses troupes du Mali s'il n'y avait "plus de légitimité démocratique ni de transition" dans ce pays et si Bamako allait "dans le sens" d'un islamisme radical.

Mais pour l’experte, cette menace marque surtout "une volonté de peser dans la composition du nouveau gouvernement" malien afin que des acteurs proches des djihadistes n'y soient pas nommés.

Au vu des derniers soubresauts, la communauté internationale paraît toutefois avoir peu de prises sur la situation politique malienne."Les leçons du coup d'État précédent montrent qu'une solution durable doit être négociée entre les acteurs maliens", suggère l'Institute for Security Studies (ISS) à Pretoria. "C'est aux Maliens eux-mêmes de le faire", corrobore Jean-Hervé Jezequel.

(Re)voir : Mali : quelle issue à la crise politique ?
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