Afrique

Mali : La crise s'enlise au centre — Les artistes s'engagent dans la campagne

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Notre dernier volet du mag' Mali, spéciale élection présidentielle.
@TV5MONDE

Pour le dernier volet du Mag' Mali 2018 : gros plan sur le centre du pays. La crise s'enlise et les Peuls font partie des premières victimes. Puis rencontre avec les artistes du pays et leur rôle dans la campagne présidentielle.

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Le centre, quand la crise s'ethnicise...

  •  Retour dans le village Peul de Nantaka, victime d'une bavure de l'armée malienne. Un reportage de Kaourou Magassa et Wakil Ag Ménani.

Ils ont commencé à rafler les gens, à les tabasser. N’importe quelle personne qu’ils rencontrent, ils l’arrêtent.Amiri Gouro, chef du village de Nantaka

Amiri Gouro nous accueille dans sa concession. Bien que chef de village, il nous interdit de filmer ailleurs que dans sa cour. Notre sécurité serait en jeu. Depuis le 13 juin, la bourgade de Nantaka se méfie de tout étranger. Des éléments de l’armée, censés les protéger, ont été les auteurs d’une terrible bavure.

Amiri Gouro, chef de village de Nantaka, raconte : "Vers 17h, il y a eu des forces armées maliennes qui ont débarqué au bord du fleuve. Ils ont commencé à rafler les gens, à les tabasser. N’importe quelle personne qu’ils rencontrent, ils l’arrêtent."

Le lendemain, 3 fosses communes sont détectées. A l’intérieur, les corps de 25 personnes. Toutes issues de la communauté peule, une communauté stigmatisée et accusée à tort d’accointance avec les djihadistes.

"Jusqu’à présent, les gens ont peur quand même. Les Peuls ne sortent pas pour aller au marché. Même s'ils partent conduire les animaux, s'ils entendent un véhicule, ils courent. Après ça aussi, on a eu un appel des djihadistes qui nous ont dit de ne pas cultiver les champs cette année. Donc vraiment, cela nous préoccupe. Comment peut-on encore vivre dans ce village ? " , s'interroge Amiri Gouro, inquiet.

Pourtant, seuls 5 kilomètres et l’imposant fleuve Niger séparent le village de la capitale de la région : Mopti. Dans cette ville devenue garnison, les différentes mesures dont le plan de sécurisation des régions du centre n’ont pas donné les résultats escomptés.

  •  Rencontre avec les Peuls qui fuient les massacres à l'association "Tabital Pulaaku".
  • Trois questions à Adama Thiam, spécialiste de la question Peul.

Focus du jour : les artistes dans la campagne ?

  • Reportage de Kaourou Magassa auprès d'artistes engagés pour un candidat.

On a besoin de quelqu’un qui est désintéressé, qui vient se mettre au service de la nation.

Djo Dama, fondateur du groupe "Tata Pound"

Fondateur du groupe "Tata Pound", Djo Dama a écrit et composé la chanson de campagne du candidat Cheick Modibo Diarra. Un candidat qui se rapproche selon lui de ses valeurs. Pendant 20 ans, il a milité dans ses chansons pour l’amélioration des conditions de vie des Maliens.

"C’est toujours l’ancien système qui est là, l'ancien système qui consiste à partager le gâteau au détriment de la population. Parce que les vingt ans de la démocratie ont engendré des fonctionnaires milliardaires, qui ne pensent pas au peuple, qui s’enrichissent de façon scandaleuse... On a besoin de quelqu’un qui est désintéressé, qui vient se mettre au service de la nation" nous explique Adama Madou Diarra dit "Djo Dama".

Mylmo N’Sahel est l’un des rappeurs les plus adulés par la jeunesse malienne. Dans ce clip mis en scène, il dénonce la corruption des artistes, lui qui s’est toujours vu comme un simple citoyen.

"J’ai été approché et tous ceux qui m’ont appelé, je leur ai dit la même chose. Moi je suis un artiste, je dois être un arbitre. J’aide le pays, c’est le pays que j’aide, et c’est pas le candidat que je dois aider. Je dois guider cette population vers la paix, c’est-à-dire vers l’amour de la patrie. C’est dans l’amour de la patrie qu’on sort pour prendre nos cartes d’électeurs, c’est dans l’amour de la patrie qu’on sort pour aller voter" , raconte Mahamadou Soumounou dit "Mylmo N’Sahel".

D’autres artistes se sont laissé convaincre. Les chiffres avancées vont de la centaine de milliers à des centaines de millions de francs CFA en biens ou en nature. La campagne présidentielle de cette année s’annonce comme la plus chère de l’histoire pour les équipes de campagne.

  • Rencontre avec le fondateur du Centre Culturel Blonba, Alioune Ifra Ndiaye.