Afrique

Mali : la délicate position de la Cédéao et des partenaires du pays après le second putsch

Le président sénégalais, Macky Sall (à gauche), et le désormais ex-président malien de la transition, Bah N'Daw, en prélude du sommet des économies africaines qui s'est tenu à Paris, le 18 mai 2021. 
Le président sénégalais, Macky Sall (à gauche), et le désormais ex-président malien de la transition, Bah N'Daw, en prélude du sommet des économies africaines qui s'est tenu à Paris, le 18 mai 2021. 
Ludovic Marin (AP)

Après deux putsch en neuf mois, le colonel Assimi Goïta a été officiellement nommé, vendredi 28 mai, par la Cour constitutionnelle, président du Mali. Il place la communauté internationale dans une position inconfortable, à commencer par les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui se réunissent dimanche 30 mai au Ghana.

Cette nomination par la Cour constitutionnelle parachève le coup de force déclenché lundi 24 mai, avec l’arrestation du président de la transition, Bah N’Daw, et de son premier ministre, Moctar Ouane. Démis de leurs fonctions, les deux hommes ont démissionné deux jours plus tard.

La Cour indique que le colonel Goïta présidera la transition jusqu'au bout. Il "exerce les fonctions, attributs et prérogatives de président de la transition pour conduire le processus de transition à son terme", et il portera "le titre de président de la transition, chef de l’Etat."

Par sa décision, l'instance a ainsi officialisé un fait accompli auquel les partenaires du Mali avaient tâché de s'opposer après le coup d'Etat du 18 août 2020.
  Assimi Goïta et un groupe de colonels avaient alors renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) après des mois de contestation populaire. La junte avait dû, sous la pression internationale et de sanctions ouest-africaines, accepter la nomination d'un président et d'un premier ministre civils. Elle s'était engagée à organiser des élections et à rendre le pouvoir à des civils à l'issue d'une transition de 18 mois.

La junte avait toutefois taillé pour Assimi Goïta une vice-présidence sur mesure, investie des charges primordiales de la sécurité.

L'engagement pris à une transition civile foulé aux pieds, le doute s’invite sur les autres intentions de la junte, à commencer par la tenue d'élections début 2022. Ces derniers jours, elle assurait qu’elle comptait respecter le calendrier, tout en précisant qu'il pouvait être soumis à des aléas.

(Re)voir : Qui est Assimi Goïta, l'homme fort du pouvoir malien ?
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Goïta invité à Accra pour des « consultations »

La veille, dans un apparent effort de mobiliser des soutiens intérieurs, le gradé a fait part de son intention de nommer "dans les jours à venir" un premier ministre issu du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP). En 2020, ce collectif avait mené des mois de contestation contre IBK. Une fois ce dernier renversé, les colonels avaient pris le soin de laisser le mouvement en marge de la transition.
  Même avec un tel premier ministre, la désignation d'Assimi Goïta met les voisins et les partenaires du Mali au défi de la réponse.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) se réuniront, dimanche 30 mai, à partir de 14H00 (locales et GMT), à Accra, à l’occasion d’un sommet extraordinaire exclusivement consacré au Mali.
Via un courrier, l’organisation a, dès samedi 29 mai, invité le colonel Goïta dans la capitale ghanéenne dès samedi pour des "consultations".

Avec l'Union africaine, la mission de l'ONU au Mali (Minusma), la France, les Etats-Unis et consorts, la Cédéao avait co-rédigé un communiqué rejetant "par avance tout acte imposé par la contrainte, y compris des démissions forcées".

Une mission de la Cédéao dépêchée au cours de la semaine au Mali a évoqué l'éventualité de sanctions. La France et les Etats-Unis, engagés militairement au Sahel, en ont brandi la menace.

(Re)voir : Mali : réunion au Conseil de sécurité de l'ONU
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Interrogations sur l’efficacité d’éventuelles sanctions

"La transition politique sera dirigée par un civil" et "le vice-président de la transition (...) ne pourra en aucune manière remplacer le président de la transition", avaient déclaré les dirigeants ouest-africains lors d'une réunion avec la junte, le 15 septembre 2020, après le premier coup de force.

La Cédéao avait suspendu le Mali de tous ses organes de décision, fermé les frontières de ses Etats membres et stoppé les échanges financiers et commerciaux avec le Mali, à l'exception des produits de première nécessité.

Les sanctions avaient été levées quand la junte avait paru se plier à ses exigences. Dans un pays exsangue, ces peines avaient été mal ressenties par une population éprouvée.

Différentes voix s'élèvent, par ailleurs, pour noter la différence de traitement entre la vigueur de la réaction aux évènements maliens et la mansuétude montrée vis-à-vis du Tchad. Pour rappel, un Conseil militaire de transition (CMT) de 15 généraux a pris le pouvoir le 20 avril dernier à la suite de la mort d'Idriss Déby Itno, avec à sa tête un des fils de l'ancien président.

Des sanctions ciblées visant les colonels sont évoquées, mais elles suscitent des interrogations quant à leur efficacité.

Selon les experts, certains dirigeants qui allaient, en 2020, au-devant d'élections délicates et prônaient la fermeté pourraient désormais y être moins enclins.

(Re)voir : Le Mali risque-t-il des sanctions ?
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