Mali : l'armée reprend Kidal, bastion des rebelles touaregs

L'armée malienne a pris mardi Kidal (nord) aux séparatistes touareg après des années d'absence de cette ville stratégique devenue un enjeu majeur de souveraineté pour l'Etat central.

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CARTE MALI KIDAL
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"Aujourd'hui nos forces armées et de sécurité se sont emparées de Kidal", a déclaré le colonel Assimi Goïta, chef de l'État malien, dans un message lu au cours d'un flash spécial à la télévision d'Etat.

La prise de Kidal est un succès symbolique significatif pour les colonels qui ont pris par la force en 2020 la direction de ce pays confronté depuis 2012 à la propagation jihadiste et à une crise sécuritaire et politique profonde. Elle a été saluée par un certain nombre de partis et organisations.

Elle parachève une offensive terrestre et aérienne lancée en fin de semaine passée. Elle a impliqué des mercenaires de Wagner, selon les rebelles et d'autres sources comme des élus, bien que la junte nie la présence dans le pays du groupe de sécurité privé russe aux pratiques décriées.

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Les rebelles touaregs reconnaissent la perte de Kidal

La rébellion a reconnu la perte de Kidal. Le Cadre stratégique permanent (CSP), alliance de groupes rebelles armés, a admis dans un communiqué s'être retiré de Kidal "pour des raisons stratégiques" après avoir résisté pendant plusieurs jours à l'avancée de l'armée et de Wagner en leur "infligeant des grandes pertes humaines et matérielles".

"La lutte continue", a-t-il juré en parlant de "nouvelle étape" et en appelant à une "mobilisation permanente".

L'étendue du contrôle exercé sur place par l'armée n'est pas claire. Les autorités n'ont pas diffusé d'image. La collecte et la vérification de l'information est compliquée par l'impossibilité d'accéder au terrain. Les rebelles séparatistes ont fait couper vendredi le réseau de téléphone alors que l'armée progressait vers la ville.

Kidal, foyer historique des insurrections indépendantistes et carrefour sur la route de l'Algérie situé à plus de 1.500 km et 24 heures de route de la capitale Bamako, s'est vidée d'une grande partie de ses quelques dizaines de milliers d'habitants, indiquent des messages postés sur les réseaux sociaux.

Deux officiers ont indiqué à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que les rebelles avaient quitté la ville quand les soldats y sont entrés.

La chute d'un bastion séparatiste

L'armée et l'Etat maliens n'avaient quasiment pas repris pied à Kidal depuis mai 2014. Les forces maliennes en avaient alors été chassées quand une visite du Premier ministre de l'époque, Moussa Mara, avait donné lieu à des affrontements avec les rebelles touareg, qui avaient causé de lourdes pertes dans les rangs de l'armée.

Les rebelles, qui s'étaient soulevés deux ans plus tôt en même temps que les salafistes, avaient accepté un cessez-le-feu avec le gouvernement quelques jours après. Ils faisaient régner la sécurité et l'ordre à Kidal depuis lors. Les jihadistes, eux, ont continué à combattre l'Etat malien et toute présence étrangère, et étendu leurs agissements au centre du Mali et aux pays voisins.

Les séparatistes ont repris les hostilités en août. Le retrait de la mission de l'ONU (Minusma), poussée vers la sortie par la junte, a déclenché une course au contrôle du territoire entre les acteurs armés du nord (armée, séparatistes, jihadistes).

La junte a signifié de longue date sa détermination à reprendre Kidal.

L'insoumission de Kidal et de sa région, où l'armée a subi d'humiliantes défaites entre 2012 et 2014, était un motif ancien d'irritation à Bamako, y compris pour les autorités de transition actuelles qui a fait de la restauration de la souveraineté territoriale son mantra.

"Notre mission n'est pas achevée"

En décrochant de Kidal le 31 octobre, la Minusma a créé un appel d'air.

Une importante colonne militaire stationnée depuis début octobre à Anéfis, à environ 110 km au sud, s'est mise en branle en fin de semaine passée en direction de Kidal. Elle a subi en route les attaques des rebelles. Aucun bilan humain et matériel n'a pu être établi de sources indépendantes.

Plusieurs civils, dont des enfants, ont été tués par des frappes aériennes, selon des résidents et les rebelles, ce que l'armée a démenti.

Le chef de la junte a parlé de "lourdes pertes" infligées à l'ennemi.

"Notre mission n'est pas achevée. Je rappelle qu'elle consiste à recouvrer et à sécuriser l'intégrité du territoire", a-t-il dit.

Le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, a parlé sur les réseaux sociaux d'"avancée considérable" qui "démontre la pertinence des choix stratégiques opérés par le Mali".

Le Collectif pour la défense des militaires, un des groupes les plus actifs en soutien à la junte, a appelé à se rassembler mardi à Bamako pour remercier les "colonels libérateurs".

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