Mali : l'armée fait mouvement vers la région stratégique de Kidal

Un important convoi de l'armée malienne a quitté lundi 2 octobre Gao en direction de la région stratégique de Kidal (nord), bastion de la rébellion séparatiste touareg. Celle-ci a repris les armes contre l’État central, ont indiqué des responsables sécuritaires.

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La région du Kidal, frontalière de l'Algérie, est depuis longtemps un catalyseur de tensions au Mali.

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Ces mouvements de troupes ont déclenché Des spéculations sur le début de l'offensive réclamée de longue date par ceux qu'exaspère l'insoumission de Kidal, enjeu majeur de souveraineté dans le pays.

Elle serait lancée au moment où l'armée malienne est menacée dans le nord, entre Gao et Tombouctou, par une reprise des hostilités des groupes armés à dominante touareg et une recrudescence des attaques jihadistes.

Aucun responsable malien n'a officiellement désigné la ville de Kidal comme l'objectif direct du déploiement commencé lundi.

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Mais le chef des services d'informations de l'armée, le colonel Souleymane Dembélé, a déclaré qu'à terme, Kidal, gouvernée depuis des années par la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), alliance de groupes armés à dominante touareg qui vient de reprendre le combat contre l'armée, devait repasser sous le contrôle de l’État.

L'armée malienne sera partout où la Minusma était Colonel Souleymane Dembélé, chef des services d'informations de l'armée

Le convoi de l'armée s'est mis en route lundi matin à Gao en direction de la région de Kidal, a dit à l'AFP un responsable militaire s'exprimant sous le couvert de l'anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet. Il a invoqué un "réaménagement de notre dispositif dans le nord".

"L'armée malienne sera partout où la Minusma était", a assuré le colonel Souleymane Dembélé à des journalistes à Bamako, faisant référence aux camps que la mission de l'ONU est en passe de quitter, dont celui de Kidal.

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Un autre responsable sécuritaire a indiqué que le convoi composé de 119 véhicules s'était mis en branle de Gao à la suite d'une décision prise dimanche lors d'une réunion des chefs sécuritaires nationaux entourée du plus grand secret.

Un autre convoi est parti dès dimanche de Bourem, plus au nord, également sur la route de Kidal, a-t-il ajouté.

La colonne "se dirige dans un premier temps vers Anéfis pour renforcer nos positions. Nous n'allons pas directement à Kidal", a dit un officier basé à Gao. Anéfis se trouve dans la région de Kidal, à une centaine de kilomètres au sud de la ville. Les déplacements par la route au Mali sont longs et dangereux.

L'insoumission de Kidal est un vieux motif d'irritation à Bamako, y compris pour la junte qui a pris le pouvoir par la force en 2020. Les colonels ont fait du rétablissement du contrôle de l'Etat sur tout le territoire un de leurs mantras.

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La région de Kidal a été l'une des premières à tomber aux mains des rebelles, les uns indépendantistes, les autres salafistes, après le déclenchement des insurrections dans le nord en 2012.

Elle est passée ensuite sous la seule coupe des salafistes, puis été reprise par les séparatistes en 2013 dans le sillage de l'intervention française au Mali. Kidal est sous leur contrôle depuis lors.

Les rebelles y ont infligé une déroute à l'armée quand celle-ci a tenté d'en reprendre la maîtrise en 2014.

La promesse de Goïta 

Kidal, étape cruciale entre le Mali et l'Algérie à plus de 1 500 km et 24 heures de route de la capitale Bamako, a été pendant des années un abcès de fixation des tensions entre Bamako et Paris.

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La région du Kidal, frontalière de l'Algérie, est depuis longtemps un catalyseur de tensions au Mali.

Certains, tel le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, ont accusé la France d'y avoir créé une enclave d'où le terrorisme se serait propagé en permettant aux seuls indépendantistes de la reprendre en 2013 et en empêchant l'armée d'y entrer. La junte a poussé l'armée française au départ, y compris de Kidal, en 2022.

Les groupes armés indépendantistes ou autonomistes ont signé un accord de paix avec le gouvernement en 2015. Les jihadistes ont continué, eux, à combattre l'armée malienne et la présence étrangère et ont étendu leur activités au centre du Mali et au Burkina Faso et au Niger voisins, contribuant à plonger le Sahel dans une crise sécuritaire, humanitaire et politique profonde.

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L'accord de 2015 est en train de voler en éclats. La CMA s'est livrée depuis août à plusieurs attaques contre les positions maliennes, revendiquant d'avoir infligé de lourdes pertes à l'armée. Ces développements coïncident avec le retrait de la mission de l'ONU, également poussée vers la sortie par la junte, qui s'est tournée vers la Russie. 

La Minusma a commencé à rétrocéder ses camps aux autorités maliennes. Les séparatistes estiment que les emprises onusiennes du nord devraient revenir sous leur contrôle en vertu des accords passés. Or la mission de l'ONU doit encore libérer ses camps de Kidal, mais aussi Aguelhok et Tessalit, encore plus au nord, d'ici au 31 décembre.

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Le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, qui a lui-même été posté à Kidal par le passé, a assuré en marge des récentes célébrations de l'indépendance que l'Etat reprendrait le contrôle de tous les territoires qui lui échappent.