Afrique

Mali : le colonel Goïta tend la main aux civils pour faire baisser la pression

Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020, s'était autoproclamé chef du Comité national pour le salut du peuple, au lendemain du coup d'Etat du 18 août 2020, qui a déposé le président Ibrahim Boubacar Keïta. 
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020, s'était autoproclamé chef du Comité national pour le salut du peuple, au lendemain du coup d'Etat du 18 août 2020, qui a déposé le président Ibrahim Boubacar Keïta. 
Baba Ahmed (AP)

Face à des acteurs politiques et des membres de la société civile réunis à Bamako, vendredi 28 mai, le colonel Assimi Goïta a déclaré vouloir former un gouvernement autour du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP). Il ne s'est en revanche pas exprimé sur les intentions qui lui sont prêtées de diriger cette transition. 

"Nous demandons (...) que le poste de Premier ministre revienne au M5-RFP", a énoncé  l'homme fort du Mali devant les principaux acteurs politiques et civils du pays réunis à Bamako.

Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) est le collectif qui avait mené, en 2020, des mois de contestation parachevés par le putsch du 18 août. Il avait par la suite été laissé à l'écart des institutions de transition.

"Dans les jours à venir, le Premier ministre qui sera nommé aura pour mission de mener une large consultation entre les différents groupements (...) en vue de mettre en place un gouvernement de consensus et d'inclusivité", a ajouté le gradé, en estimant qu'il fallait choisir entre le rassemblement et les "guerres clandestines".

S'il envisage de confier à nouveau les rênes du gouvernement à un civil, le peu loquace officier supérieur n'a pas précisé ses propres intentions vendredi.

(Re)voir : Mali : les militaires reprennent les commandes 
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Le nom de Choguel Maïga circule

Depuis plusieurs jours, lui et son entourage ont toutefois préparé les esprits à ce qu'il assume la direction de la transition censée ramener les civils au pouvoir. Depuis que le président, Bah Ndaw, et le Premier ministre, Moctar Ouane, ont été démis de leurs fonctions, lundi, par M. Goïta, ce sont les cautions civiles de la transition post-putsch qui ont été écartées.

Plusieurs responsables du M5-RFP ont accueilli positivement la main tendue du colonel. "Cela nous est allé droit au coeur", s’est réjoui Choguel Kokalla Maïga, une des têtes pensantes du collectif. Ce dernier, qui a déjà été plusieurs fois ministre depuis 2002, est de plus en plus pressenti pour diriger le gouvernement.

"Je le dis de façon officielle, le nom donné (pour le poste de Premier ministre) est celui de Choguel Maïga", a indiqué à la presse un porte-parole du mouvement, Jeamille Bittar. "Nous sommes désormais prêts à assurer notre rôle dans la rectification de la transition", a souligné un autre responsable, Oumarou Diarra.

(Re)voir : Mali : "l'appel Citoyen" face au deuxième putsch d'Assimi Goïta
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Manifestation pro-colonels et hostile à la France

Ce qui s'apparente à un deuxième coup d'Etat en neuf mois a suscité une large réprobation internationale, le doute quant à l'engagement de rendre le pouvoir à des civils élus début 2022 et l'inquiétude quant à l'avenir de ce pays crucial pour la stabilité du Sahel, confronté, entre autres défis, à la propagation djihadiste.

S'il confirme qu'il dirigera la transition, le colonel Assimi Goïta s'expose à des récriminations internationales plus vives encore, et à des sanctions. La France et les Etats-Unis, engagés militairement au Sahel, ont brandi la menace de mesures de rétorsion. La Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), dont fait partie le Mali, en a aussi évoqué l'éventualité.

Vendredi après-midi, à Bamako, plusieurs centaines de Maliens ont manifesté leur soutien aux colonels et, pour nombre d'entre eux, leur hostilité à la France, réclamant l'engagement de la Russie.

"On en a marre. Les dirigeants, ils font n’importe quoi. On veut que les Français partent et que la Russie arrive", s’est exprimé Adama Dicko, la trentaine, entouré de manifestants arborant d'innombrables portraits des colonels, un vaste drapeau russe et des panneaux anti-français.

(Re)voir : Le Mali risque-t-il des sanctions ?
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Sommet extraordinaire de la Cédéao le 30 mai

Dans la nuit du mercredi 26 au jeudi 27 mai, les militaires ont libéré les anciens président et Premier ministre, un geste salué, vendredi, par Moscou comme étant "un pas dans la bonne direction".

Mais la Cédéao, dont les chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent sur le Mali, dimanche, en sommet extraordinaire au Ghana, semble jusqu'ici n'avoir rien obtenu concernant le retour immédiat à une transition conduite par les civils.

Cet énième soubresaut de l'histoire contemporaine malienne impose à la communauté internationale des choix délicats. Dans un pays économiquement exsangue, frappé de surcroît par la pandémie, les sanctions de la Cédéao en 2020 avaient été ressenties comme un coup de plus à subir pour une population éprouvée.
Des sanctions ciblées visant les colonels sont largement évoquées, avec des interrogations sur leur efficacité.

Différentes voix s'élèvent pour noter la différence de traitement entre le Mali et un autre pays sahélien, le Tchad, où un Conseil militaire de transition (CMT) de quinze généraux a pris le pouvoir, le 20 avril, après la mort d'Idriss Déby Itno, avec à sa tête un des fils de l'ancien président.

L'Union africaine s'était gardée de prendre des sanctions. Le président français Emmanuel Macron, dont le pays déploie environ 5.000 soldats au Sahel, s'était rendu aux obsèques du maréchal Déby ; Il avait déclaré que "la France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui, ni demain, remettre en cause la stabilité et l'intégrité du Tchad".