Afrique

Mali : les habitants fuient les combats du Cercle de Koro

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Plus de 80 personnes sont arrivées dans la capitale. Elles ont fuient les combats qui font rage dans le Cercle de Koro. A Bamako, ces déplacés ont eu la chance de croiser le chemin de Boubacar. Ce vendeur de bétail leur a installé des tentes et offert de la nourriture. Reportage.

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 Plus de 80 personnes originaires du cercle de Koro (38 enfants,  24 femmes, et 19 hommes des communes de Youdjou et de Kopropen) sont arrivées le 2 mai 2018 à Bamako. Elles ont fui les attaques des groupes armés menés par des membres des communautés dogons de leur foyer d’origine. Ces déplacés sont pour le moment hébergées ensemble. 

Elles sont logées en périphérie de Bamako. Un homme de la communauté peul Boubou Cissé leur a mis à disposition son terrain où il fait construire sa maison. Il n’y a aucune commodité. Seulement des toilettes qui servent également de douche. Il n’y a ni eau ni électricité.

Boubacar Hamidou Bah habite Bamako depuis plus de 20 ans. Il est vendeur de bétail au marché de Niamana en périphérie de Bamako. Il ne connaissait pas ces personnes, mais parce qu’elles étaient vulnérables, il a décidé de les aider. C’est lui qui les as emmené ici chez Boubou Cissé (qui a mis à disposition son terrain ou il fait construire sa maison), la cour commune sert de campement de fortune. Depuis 3 jours, ils s’occuppent et prend soin de ces personnes avec beaucoup d’abnégation.

Boubacar Hamidou Bah :

« Nous sommes toujours en train de recueillir des gens, j’ai même entendu que des personnes venaient d’arriver au marché de bétail et n’ont pas encore pu arriver ici. Les gens continuent d’arriver et je ne peux pas aller à leur rencontre, mais j’essaye de faire en sorte à ce qu’ils viennent ici. D’autres ont quitté le Mali pour aller au Burkina, d’autres vers Bankass car les gens ont peur »

« Leur principal préoccupation est la sécurité, ensuite vient la nourriture, troisièmement la question de l’eau, quatrièmement la santé, la cinquième est l’hébergement. Regardez, plusieurs familles peuvent elles vivent dans ces conditions? Regardez! Le gouvernement nous a fait venir des bâches et des moustiquaires, mais où les attacher? Regardez! Pouvons nous mettre les vaches et les moustiquaires? Si la pluie arrive, impossible de tous les faire rentrer dans la maison! »
 

Les personnes déplacées ne se sentent plus en sécurité dans leur région (la région de Mopti), y compris dans les grandes villes. C’est pourquoi, elles ont choisi de se rendre à Bamako. Le traumatisme est grand. 

Malado a fuit sa région natale avec sa grand mère Diénéba âgée de plus de 90 ans et le reste de sa famille. Elle dit avoir été chassée de son village par des chasseurs qui l’ont ensuite brulé. Aujourd’hui à Bamako, elle survie tout comme les 80 personnes qui l’accompagnent grâce aux dons. Mais pour boire, se laver et se nourrir, ils achetent des grands bidons d’eau de dix litres à 100 fcfa l’unité. 35 sont nécessaire tous les jours.

Malado Cissé, Déplacée :

« Ils sont entrés dans le village pour tuer des peuls. Ils sont entrés, et depuis 8 heures, des combats avaient lieu. Vers 13h, ils ont réussi à battre les peuls en mettant le feu au village. Nous nous sommes regroupés, et avons fui de nuit. Vers minuit, nous sommes arrivés dans un village dénommé Koumpé. Ce village a aidé les peuls, sinon, les autres qu’on a traversé ne voulaient pas, nous peuls, nous aider. »

« Depuis que je suis née, je n’ai pas vu ce genre de chose. D’une telle ampleur. Il y  a déja eu des conflits par le passé, mais ils n’avaient jamais atteint ce niveau. AUjourd’hui, je souhaite que le Mali redevienne ce pays où les populations sont issus du meme père et de la meme mère (expression pour dire que le Mali doit faire qu’un) et qu’on se lève pour s’entraider car ce conflit, ce n’est pas de la faute des blancs des arabes, ou de quelqu’un d’autre. »

Des hommes armés, des hommes en tenu de chasseurs traditionnels, des dozos s’en sont pris aux civils d’ethnie peul. On comptabilise au minimum une demi douzaine de campement et de hameaux où vivaient des peuls détruits ou brûlés.

Ces exactions sont commises par des milices sous couvert de lutte contre le terrorisme. Dans cette région beaucoup d’amalgames ont lieu du fait de la présence du front de libération du Macina du prédicateur peul Amadou Kouffa. A noter qu’Amadou Kouffa et ses hommes font partie de la coalition djihadiste du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

 

Boubacar Hamidou Bah, Vient en aide aux déplacés :

« Ceux qui tuent les civils mettent des habits de chasseurs. Lorsqu’ils mettent ces vêtement, il se peut que se soit des militaires, mais nous les appelons dozo. Il se peut que se soit des bandits déguisés en dozo. Il se peut aussi que se soit des mercenaires mais ils sont déguisés en dozo »

« Nous ne pouvons pas supporter que des dozos viennent tuer des gens. Et nous demandons au gouvernement de ne pas le supporter non plus et de considérer chacun comme appartenant au meme pays. Que tu sois peul, bambara, bobo, si tu es malien et n’est pas militaire, policier ou garde, tu ne devrais pas avoir d’arme de guerre »

« Le premier ministre est allé à Mopti, il a annoncé que les armes des chasseurs seraient interdites. ça n’a pas empêché à ce que ces exactions se fassent. Ceux ci s’est passé après la visite du 1er ministre. Apres sa visite, leurs maison ont été brulés. Ils ont quitté Koro en tant que déplacé, et ça aussi s’est fait après les annonces du 1er ministre. Si le 1er ministre mettait en oeuvre ses paroles, cela ne se serait jamais passé. Mais combien de personnes avons nous ici? D’autres sont déjà sur les routes pour venir. »
 

Lors des témoignages, les personnes interrogées ont quasiment tous interpellé l’état afin qu’il prenne des mesures pour enrayer les tueries et les violences. Elles exhortent le gouvernement à ne pas se limiter uniquement à des annonces. Tout le monde a en tête que le 25 mars dernier le premier ministre annonçait lors d’une tournée dans le nord et le centre du pays que son gouvernement allait prendre des mesures  pour désarmer les différentes milices. Une mesure toujours pas appliquée.

Le nombre de déplacés est selon les organisations de défense peuls et certains témoignages bien plus important. Notamment à l’intérieur de la région de Mopti mais aussi au Burkina voisin.

Le gouvernement a apporté une assistance d’urgence aux personnes déplacés qui se résument à des produits de premières de consommation (1 tonne de riz, idem pour le mil, 500 kg de sucre, du lait et de l’huile). Mais aussi 4 grandes tantes, des nattes et couverture (environs 70 de chaque alors que les déplacés sont au nombre de 81. Il affirme à travers le directeur régional de la protection sociale la gratuité des soins. Mais aucune réflexion et aucun mot sur une prise en charge sur les questions d’hébergement.