Mali : l’ONG Appel de Genève interdite d’exercer par le pouvoir militaire

C'est désormais l'Appel de Genève qui doit quitter le Mali. La junte malienne a interdit par décret ministériel à cette organisation humanitaire basée en Suisse connue pour dialoguer avec les groupes armés dans l'intérêt des populations civiles, de continuer son action. Une décision inquiétante quand on sait que 7,5 millions de Maliens ont besoin d'assistance.
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Mali déplacés
AP Photo/Sam Mednick
Images de déplacés venant du Mali, près de la zone des trois frontières dans le camp de déplacés de Djibo au Burkina Faso.

 
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Femme faisant sa lessive à Timbouctou, Mali
© AP Photo/Moulaye Sayah
Zahra Abdou faisant sa lessive à Timbouctou, au Mali, 29 septembre 2021. Cette femme est toujours sous le traumatisme de son arrestation par des extrêmistes islamistes il y a 9 ans pour sa tenue : sa robe était considérée comme trop serrée et son foulard ne couvrait pas assez ses cheveux. 
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En novembre dernier, le colonel Maïga avait déjà interdit les activités de toutes les organisations non gouvernementales (ONG) soutenues par la France y compris celles opérant dans le domaine humanitaire. Il justifiait cette décision suite à l’annonce de la France de suspendre son aide publique au développement à destination du Mali.

(RE)voir : Mali : la junte militaire interdit les activités des ONG financées par la France
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Désormais c’est au tour de cette ONG suisse : "Est interdite d'exercer sur le territoire national de la République du Mali l'association étrangère Appel de Genève pour exercice d'activités illicites", stipule le décret ministériel, daté du 15 décembre et diffusé sur les réseaux sociaux. Le texte ne dit pas ce que les militaires au pouvoir depuis août 2020 reprochent à l'Appel de Genève.

L'Appel de Genève a dit, dans un communiqué, prendre "acte avec regret" de la décision des autorités maliennes et avoir suspendu ses activités à compter du 15 décembre.

"L’Appel de Genève agit toujours en toute transparence et en stricte conformité avec les obligations internationales des États", ajoute-t-il. L'organisation n'a pas répondu aux questions de l'AFP sur ses activités au Mali.

L’Appel de Genève œuvre à la protection des civils dans les zones de conflit en incitant les groupes armés et les autorités à souscrire à des engagements contre la faim et les violences sexuelles et pour la protection des enfants et des missions médicales.

Il revendique d'agir dans 16 contextes différents à travers le monde et d'avoir ouvert un dialogue humanitaire avec 170 groupes armés et autorités de fait depuis sa création en 2000.

L'Appel de Genève avait obtenu fin septembre d'un important acteur de la crise malienne, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), un tel engagement à la protection des civils et du personnel de santé. La CMA est une alliance de groupes à dominante touarègue qui a combattu l'État malien avant de signer avec lui l'accord de paix dit d'Alger en 2015.

(RE)lire : Tensions au Mali : le point de vue du Mouvement pour le salut de l'Azawad
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Si les rebelles indépendantistes ont signé la paix, le Mali reste en proie à la propagation de violences djihadistes et de toutes sortes, ainsi qu'à une grave crise humanitaire et économique. Il est dirigé par des militaires qui, professant à toute force la souveraineté du pays, rompent un à un les ponts avec l'ancien allié français et ses partenaires pour se tourner vers les Russes.

Cette décision qui fait suite à celle prise à l'égard des organisations humanitaires françaises est inquiétante. En novembre, ces ONG, destinataires d'une importante partie de ces financements, s'alarmaient dans une lettre au président Emmanuel Macron du fait que la suppression de tels financements n'entraîne "l'arrêt d'activités essentielles, voire vitales (...) au profit de populations en situation de grande fragilité ou de pauvreté".

Elles rappelaient que 7,5 millions de Maliens avaient besoin d'assistance, "soit plus de 35% de la population", et que le Mali figurait en 184e position au classement de l'indice de développement humain.