Afrique

Mali : quatre Casques bleus ivoiriens tués dans une attaque

<p>Des soldats et policiers africains faisant partie de la MINUSMA ayant aidé la France à reprendre le contrôle du nord du Mali, en Juillet 2013.</p>

Des soldats et policiers africains faisant partie de la MINUSMA ayant aidé la France à reprendre le contrôle du nord du Mali, en Juillet 2013.

(AP Photo/Harouna Traore)

Quatre Casques bleus ivoiriens de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) ont été tués mercredi 13 janvier dans une attaque contre leur convoi, ont annoncé le gouvernement et l'armée ivoiriens. Ils confirment ainsi les informations données plus tôt par des sources onusiennes et malienne.

"Aux environs de 12h30 GMT, un détachement de Casques bleus ivoiriens de Minusma a été l’objet d’une attaque de groupe armé terroriste à 95 km environ au sud de Tombouctou. Celle-ci a consisté en l’emploi d’un engin explosif improvisé (IED), au contact duquel un des véhicules blindés a explosé, et de tirs directs", a déclaré le chef d'état-major général ivoirien Lassina Doumbia dans un communiqué.

Les précisions de notre correspondante en Côte d'Ivoire
 

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"Des renforts aériens constitués d’hélicoptères d’attaque et d’aéronefs médicalisés ont été immédiatement déployés sur le terrain" pour ratisser la zone et "évacuer les blessés", précise le général Doumbia.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le bilan “faisait état de trois Casques bleus ivoiriens tués et de quatre autres blessés", selon le général Doumbia. Un autre Casque bleu blessé dans cette attaque imputée aux jihadistes a néanmoins succombé à ses blessures, portant à quatre le nombre de soldats ivoiriens tués dans les rangs de la mission de l'ONU (Minusma), a indiqué cette dernière aujourd'hui, jeudi 14 novembre. "Nous venons d'apprendre avec tristesse que, suite à l'attaque d'hier, un quatrième Casque bleu a malheureusement succombé à ses blessures", a dit le porte-parole de la Minusma sur les réseaux sociaux.

Ivoirien comme les trois premiers, il est décédé lors de son évacuation vers le Sénégal frontalier du Mali, a dit une source proche de l'état-major ivoirien. Ce sont les premiers Ivoiriens de la Minusma tués au combat, a dit cette source.

La Côte d'Ivoire contribue avec un bataillon de 816 hommes à la Minusma, selon la mission. Cette dernière est forte de 15.000 hommes et femmes, dont environ 12.000 militaires, très majoritairement africains, selon l'ONU.

Le Premier ministre et ministre de la Défense ivoirien Hamed Bakayoko "s’incline devant la mémoire de ces soldats tombés au champ d’honneur" et "réaffirme la détermination du gouvernement ivoirien à œuvrer dans le cadre de la Minusma à la restauration de la paix et de la stabilité au Mali", a déclaré M. Bakayoko dans un communiqué séparé.
 

Nombreuses pertes

Un responsable de la Minusma avait auparavant fait part à l'AFP, sous couvert d'anonymat, de l'attaque avec un IED et des tirs menée par des "hommes armés non-identifiés"

L'attaque est survenue au nord de Bambara Maoudé, sur l'axe entre Douentza (centre) et Tombouctou (nord-ouest), dans une région qui est l'un des foyers de la violence polymorphe qui ensanglante le Sahel.

La Minusma, établie en 2013, a perdu plus de 230 de ses membres, dont 145 dans des actes hostiles, selon des statistiques chiffres de l'ONU. C'est la mission la plus meurtrière pour les Casques bleus dans le monde. Sur les 145 membres que la Minusma a perdus dans les hostilités, 59 ont été tués par des engins explosifs, a indiqué son porte-parole Olivier Salgado. Nombre de ses pertes ont été causées par des mines improvisées frappant les véhicules ou les immobilisant dans des guet-apens.

Forte de 15.000 hommes et femmes dont environ 12.000 militaires selon l'ONU, elle est régulièrement la cible d'attaques contre ses convois ou ses positions.

L'attaque contre le convoi de la Minusma est survenue le jour d'une réunion trimestrielle du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Mali et sur l'effort de paix dans ce pays pris dans la tourmente depuis des années. Dans son dernier rapport, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, se disait préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire.

Au cours des trois derniers mois, "la situation en matière de sécurité a continué de se détériorer (...) en particulier dans le centre" du pays, relevait-il.

Son représentant spécial et chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, a condamné "avec fermeté cette nouvelle attaque contre les Casques bleus qui mettent quotidiennement leur vie en danger au service de la paix et de la stabilité au Mali".

"Au moment où tous les efforts sont mobilisés pour que le Mali sorte de l'ornière, je déplore vivement la recrudescence de ces attaques contre les Forces nationales, internationales, ainsi que les populations civiles", a-t-il dit dans le communiqué de la mission.

"Bouffée d'oxygène" ?

Entre fin décembre et début janvier, cinq soldats de la force antijihadiste française au Sahel, Barkhane, ont été tués au Mali par l'explosion d'engins explosifs artisanaux. Les deux attaques ont été revendiquées par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, Jnim en arabe), affilié à Al-Qaïda, actifs dans le secteur de Douentza-Tombouctou, et non de l'organisation Etat islamique (EI), également présente au Mali.

Une semaine après la mort de trois soldats français de la force Barkhane dans une attaque revendiquée par Al-Qaida au Sahel, la sergente Yvonne Huyng et le brigadier Loïc Risser ont à leur tour perdu la vie, le 2 janvier, au Mali.

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Le GSIM a revendiqué l'activation d'engins explosifs improvisés qui ont causé la mort de cinq soldats de la force antijihadiste française Barkhane le 28 décembre et le 2 janvier au Mali.

Parlant aux journalistes en visioconférence, le chef de la Minusma a réfuté une recrudescence récente. "Les engins explosifs nous ont toujours causé des torts, nous ont toujours tué des Casques bleus, nous ont toujours tué des partenaires", surtout dans cette région du centre-nord malien, a-t-il dit.

Interrogé sur l'éventualité que le GSIM puisse chercher à faire pression en vue de discussions auxquelles les autorités maliennes se sont dites favorables, ou sur un regain consécutif à la libération de plus de 200 prisonniers en échange de quatre otages occidentaux et malien, il s'est montré prudent, sans l'exclure.

La libération obtenue par le GSIM et la rançon qui l'a accompagnée selon lui ont constitué une "bouffée d'oxygène (pour les) terroristes", a-t-il dit.

Mais par ailleurs, sous l'action des forces partenaires dont Barkhane, les jihadistes "ont malgré tout subi d'énormes pertes", dont des chefs, a-t-il dit. "Peut-être qu'ils font des barouds d'honneur - c'est possible -, peut-être qu'ils veulent discuter - c'est possible -", a-t-il dit.