Afrique

Mali : Soumaïla Cissé, une grande figure de l’opposition politique s’éteint

Le chef de file de l'opposition malienne SoumaÏla Cissé, lors de la dernière présidentielle, à Niafunke, dans la région de Tombouctou, où il a été enlevé avec ses compagnons. 
Le chef de file de l'opposition malienne SoumaÏla Cissé, lors de la dernière présidentielle, à Niafunke, dans la région de Tombouctou, où il a été enlevé avec ses compagnons. 
© Boubacar Sada Sissoko/Union for the Republic and Democracy via AP

Figure de proue de l’opposition politique malienne, Soumaïla Cissé est décédé à l’âge de 71 ans, des suites du Covid-19. Retour sur le parcours d’une personnalité politique qui a marqué l’histoire de son pays.

Après avoir été libéré en octobre des mains des djihadistes, Soumaïla Cissé est mort en France après y avoir été transféré pour des soins du Covid-19."Je confirme la terrible nouvelle. Il est mort. Son épouse qui est en France me l'a confirmé", a déclaré un responsable de son parti, l'Union pour la République et la démocratie (URD).

Ce personnage incontournable de la politique malienne était donné grand favori à la prochaine élection malienne.

Figure politique nationale 

« La première chose que je dois faire c’est de me mettre à niveau ». 24h après sa libération de six mois de détention sur le plateau de TV5 Monde en duplex de Bamako, Soumaïla Cissé affichait déjà une volonté de fer pour revenir sur le devant de la scène politique. Il annonçait vouloir « se laisser du temps pour se repositionner », afin de mieux repartir dans la bataille.

(Re)voir : En intégralité, la dernière interview à TV5MONDE de Soumaïla Cissé 

  • Voir aussi  : Mali : après sa libération, Soumaïla Cissé s'exprime
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Celui que les Maliens surnommaient affectueusement "Soumi" faisait partie du paysage politique malien depuis des décennies. Ingénieur informaticien de formation, il avait été plusieurs fois ministre (notamment des Finances) entre 1993 et 2002 mais aussi président de la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) de 2004 à 2011.

Devenu chef de l’opposition parlementaire avec son parti URD (Union pour la république et la démocratie), il avait terminé deuxième à trois reprises aux présidentielles de 2002, 2013 et 2018.  Le 25 mars 2020, alors qu’il se déplaçait dans son fief électoral de Niafounké, dans la région de Tombouctou, dans le nord du Mali, en pleine campagne pour les élections législatives, il est enlevé avec une douzaine de membres de sa délégation.  Les ravisseurs sont identifiés comme "vraisemblablement" des djihadistes se revendiquant d'Amadou Koufa, chef d'un groupe implanté dans le centre du Mali et lié à Al-Qaïda.

Malgré sa captivité, Soumaila Cissé sera élu député sous les couleurs de son parti de l’UDR. Des milliers de personnes iront manifester dans la rue pour réclamer sa libération et la destitution d’Ibrahim Boubacar Keita à la tête du pays depuis 7 ans. C’est en captivité, en écoutant la radio, que Soumaïla Cissé apprendra le coup d’Etat du 18 août par la junte militaire, qui promet de tout mettre en place pour libérer celui qui incarne l’opposition dans le pays et sans qui la transition ne paraissait pas viable.

C’est donc avec Sophie Pétronin, dernière otage française dans le monde, et deux Italiens qu’il sera libéré le 9 octobre après 6 mois de captivité, en échange de 200 détenus relâchés à la demande des groupes djihadistes. « Je n’ai subi aucune violence, ni physique, ni verbale », avait-il déclaré après sa libération.