Afrique

Mali : un prêtre et un groupe de fidèles catholique enlevés

Messe de Noël à l'église de Philippe Amore à Goa, en 2016. En 2012, les djihadistes avaient chassé les catholiques de la ville et instauré la loi islamique. Mais depuis, la minorité catholique revient s'installer. (image d'illustration)
Messe de Noël à l'église de Philippe Amore à Goa, en 2016. En 2012, les djihadistes avaient chassé les catholiques de la ville et instauré la loi islamique. Mais depuis, la minorité catholique revient s'installer. (image d'illustration)
© AP Photo/Baba Ahmed

Un abbé et un groupe de catholiques maliens ont été enlevés par des hommes armés alors qu'ils se rendaient à l'enterrement d'un autre abbé à San, au centre du Mali, a-t-on appris auprès de leur communauté et des autorités ce 22 juin.

Les rapts sont monnaie courante au Mali, en proie depuis des années à une crise sécuritaire profonde, en particulier dans le centre, un des foyers des violences djihadistes, intercommunautaires ou crapuleuses qui ensanglantent le Sahel.

Mais l'enlèvement de cinq membres de la communauté catholique dans ce pays à très grande majorité musulman est un fait exceptionnel. On ignore par qui ils ont été kidnappés et pourquoi. Les enlèvements attribués aux djihadistes sont communs dans le secteur où ils ont disparu.

Les enlèvements, de Maliens ou d'étrangers, sont l'un des aspects de la violence qui frappe le Mali. Les motivations en sont diverses, du moyen de pression à l'extorsion.

Un journaliste français, Olivier Dubois, a été enlevé début avril dans le nord du Mali par des djihadistes affiliés à Al-Qaïda.

(RE)lire : Un journaliste français enlevé par un grouupe djihadiste

Une religieuse franciscaine colombienne, soeur Gloria Cecilia Narvaez, enlevée en 2017 par des djihadistes, est considérée comme toujours retenue en otage.

(RE)voir : Enlèvement de Soeur Gloria au Mali, où en est-on un an après ?

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Récit : Ndaricalin Loppy, images : Kaourou Magassa, montage : Christophe Brachard
©TV5MONDE

Le groupe se rendait lundi 21 juin à San pour y prendre part aux obsèques de l'abbé local, Oscar Thera, prévues ce mardi, ont indiqué les responsables de la communauté.

"Nous les attendions hier à San", explique à l'Agence France Presse le père Alexis Dembélé, qui appartient à la conférence épiscopale, hiérarchie collégiale de l'Eglise malienne. "Les autres délégations de Mopti sont là. Nous avons la confirmation qu'il s'agit d'un enlèvement par des hommes armés. C'est une grande inquiétude dans la communauté catholique du Mali", a-t-il rajouté.

Le groupe était parti de la localité de Ségué, située sur le plateau dogon et peuplée en grande partie de catholiques rattachés à l'Eglise de Mopti, la grande ville du secteur. Le réseau routier impose de remonter vers le nord pour ensuite redescendre vers le sud et San.

Ils ont été enlevés à une trentaine de kilomètres au nord de Ségué, dans les environs de Ouo, a précisé Cleophas Tienou, un responsable de l’Eglise de Mopti.

Le groupe était composé de l'abbé Léon Douyon, curé de Ségué, Thimothé Somboro, chef de village de Ségué, Pascal Somboro, adjoint au maire, et de deux autres membres de la communauté, Emmanuel Somboro et Boutié Tolofoudié, a-t-il précisé.

Le colonel-major Abass Dembélé, gouverneur de la région de Mopti, a confirmé l'enlèvement, sans plus de précision.

L'enlèvement de lundi est une nouvelle illustration de la dégradation sécuritaire à laquelle sont en proie le Mali et le Sahel.

Les insurrections indépendantistes et maintenant djihadistes menées par les groupes liés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, ainsi que les violences intercommunautaires, ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Parties du nord du Mali en 2012, les violences se sont propagées au centre du pays, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.

Environ 4% de la population malienne est chrétienne, selon l'archevêché.