Afrique

Maroc : pour Mohamed VI, le Sahara occidental "n'est pas à négocier"

Le roi du Maroc Mohammed VI (au centre), accompagné de son fils, le prince héritier Moulay Hassan (à gauche) et son frère, le prince Moulay Rashid (à droite), lors de son allocution télévisée du 29 juillet 2021, à Tétouan.<br />
 
Le roi du Maroc Mohammed VI (au centre), accompagné de son fils, le prince héritier Moulay Hassan (à gauche) et son frère, le prince Moulay Rashid (à droite), lors de son allocution télévisée du 29 juillet 2021, à Tétouan.
 
(Moroccan Royal Palace via AP)

Le Sahara occidental, territoire disputé entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis soutenus par l'Algérie, "n'est pas à négocier", a déclaré samedi le roi du Maroc Mohammed VI, plaidant cependant pour un "règlement pacifique" du conflit qui oppose les deux frères ennemis du Maghreb.

"Aujourd'hui comme par le passé, la Marocanité du Sahara ne sera jamais à l'ordre du jour d'une quelconque tractation", a souligné Mohammed VI, dans un discours retransmis par la télévision nationale.

"De fait, la Marocanité du Sahara est une vérité aussi pérenne qu'immuable. Elle ne souffre, de ce fait, aucune contestation", a assuré le monarque marocain.

Cette déclaration s'inscrit dans un contexte de vives tensions avec l'Algérie à propos de l'ancienne colonie espagnole.

"Si nous engageons des négociations, c'est essentiellement pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit régional artificiel", a poursuivi Mohammed VI dans un discours prononcé à l'occasion du 46e anniversaire de la "Marche Verte" vers le Sahara occidental.

En novembre 1975, à l'appel du roi Hassan II, 350.000 Marocains franchirent à pied la frontière du Sahara occidental, alors colonie espagnole, au nom de "l'appartenance" du territoire au royaume.

Vers la reprise des négociations sous l'égide de l'ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé il y a une semaine les parties au conflit à reprendre les négociations "sans conditions préalables et de bonne foi".

Ces négociations sont à reprendre, sous l'égide du nouvel émissaire de l'ONU, l'Italo-Suédois Staffan de Mistura, "en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable" dans la perspective d'une "auto-détermination du peuple du Sahara occidental", précise l'ONU, dans une résolution qui prolonge d'un an la mission onusienne (Minurso) dans la région.

Le discours du souverain marocain, très attendu, est intervenu au moment où les relations entre les deux frères ennemis du Maghreb sont au plus bas.

En août dernier, après des mois de frictions, Alger a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, l'accusant "d'actions hostiles". Rabat a regretté une décision "complétement injustifiée".

La tension est encore montée d'un cran ces derniers jours après que l'Algérie a fait état d'un bombardement ayant causé la mort de trois camionneurs algériens au Sahara occidental, territoire disputé entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, qu'Alger a attribué à Rabat.

De l'intervention militaire à la reconnaissance américaine

Dans son discours, le roi s'est félicité de la décision de l'ex-président Donald Trump, en décembre 2020, de reconnaître la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, en contrepartie d'une normalisation des relations du Maroc avec Israël.

"Elle est le corollaire naturel de l'appui constant des administrations américaines antérieures et l'illustration de leur apport constructif au processus de règlement de la question du Sahara", s'est-il réjoui.

Enfin, Mohammed VI a salué l'intervention des Forces armées royales (FAR) qui "ont restauré la libre circulation des personnes et des marchandises au point de passage de Guerguerat" reliant le Maroc et la Mauritanie.

Le 13 novembre 2020, un cessez-le-feu conclu en 1991 entre le Maroc et le Front Polisario sous les auspices de l'ONU avait volé en éclats après le déploiement de troupes marocaines à l'extrême sud du Sahara occidental pour déloger des indépendantistes qui bloquaient la seule route vers la Mauritanie, selon eux illégale. Le Polisario a depuis décrété l'état de guerre.

"Cette action pacifique ferme a mis un terme aux provocations et aux agressions dont le Maroc avait déjà signalé à la communauté internationale la gravité pour la sécurité et pour la stabilité de la région", a justifié le monarque.

Le Sahara occidental, situé sur la côte atlantique et bordé par le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie, est considéré comme un "territoire non autonome" par l'ONU en l'absence d'un règlement définitif. Avec son riche sous-sol minier et ses côtes poissonneuses, il s'agit du seul territoire du continent africain dont le statut post-colonial reste en suspens.

Le Maroc en contrôle 80% et propose une large autonomie sous sa souveraineté, tandis que le Polisario réclame un référendum d'autodétermination.

La Marche Verte : le "coup de poker" de  Hassan II sur le Sahara Occidental

Le 6 novembre 1975, le roi du Maroc, Hassan II organise une marche pacifiste vers le Sahara espagnol (actuel Sahara occidental), dans le but de récupérer la région, considérée comme faisant historiquement partie du Sahara marocain. Environ 350 000 volontaires civils sont mobilisés. 

Le Maroc revendique la souveraineté de ce territoire, occupé par l'Espagne, depuis son indépendance en 1956. En 1974, l'Espagne annonce l'organisation d'un référendum sur l'autodétermination du territoire, dont le royaume chérifien ne veut pas entendre parler. L'Espagne demande alors à la Cour internationale de Justice (CIJ) de statuer sur cette décision. La CIJ admet que le territoire n'appartenait pas à personne avant la colonisation par l'Espagne, mais n'en constate pas la souveraineté marocaine pour autant. 

Hassan II décide alors de tenter un ultime "coup de poker", pour asseoir la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et contrer le Front Polisario sur place. Il appelle les Marocains à (re)prendre possession du territoire, encore occupé par l'Espagne, en y marchant, pacifiquement.
Des centaines de milliers de civils marocains, désarmés, et portant chacun un Coran et un drapeau national, entourés de près de 20 000 soldats des Forces armées royales pénètrent donc dans le Sahara occidental le 6 novembre 1975.  Cet événement historique s'insert encore aujourd'hui dans le roman national marocain post colonial.

La légitimité de la prise de contrôle du territoire par le Maroc n'est pas reconnue par l'ONU, qui ne reconnaît pas non plus la légitimité de la proclamation du Front Polisario d'en faire la République arabe sahraouie (RASD) en 1976. 

Le 6 novembre est un jour de fête nationale au Maroc. Le Roi y fait un discours chaque année.

Les archives de la RTS - la radio-télévision suisse romande - proposent ce reportage montrant l'organisation et la logistique de cette marche.