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Maroc : retour à Al Hoceima

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Après la condamnation de leurs dirigeants, que se passe-t-il dans la région du Rif ? Les meneurs de la contestation ont écopé de quinze à vingt années de prison. A Rabat et Casablanca, des manifestations ont eu lieu récemment mais Al Hoceima, point de départ de la contestation, vit sous une chape de plomb. 

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Al Hoceima ne convainc pas. Sur les plages, moins de touristes que l'an passé. En mer, plus de jeunes rifains tentent désormais la traversée, et des familles sont considérées comme des irréductibles.

Tous parents de détenus qui cherchent légalement une issue, tous choqués par les condamnations, car tous effectivement convaincus des revendications.

"Les plus malades du cancer sont du Rif, mais nous n'avons pas d'hôpital. Pourquoi ?" s'étonne Al Houda Skaqi, épouse d'un condamné. Pour Milouda Idrissi, mère d’un condamné, l'éducation dans la région a été délaissée : "Il n’y a pas eu d’école pour moi. Je suis une enfant des années 80 et je suis analphabète et je sais que ça, ça a marqué mon fils."

"Récemment je me suis promené aux alentours, j’ai vu le nouvel éclairage, les routes, raconte Merzouk Haki, père d’un condamné. "Tout ça aurait dû être fait avant,
avant d’emprisonner notre enfant.
" Son fils a été condamné à quinze ans de prison, et a fait appel comme la quasi-totalité des condamnés.

Les événements ont laissé des traces. Personne n'oublie, mais tout le monde y croit, pourvu que le dossier change de mains. Khalid Haki, frère d’un condamné: "il y a eu un lynchage, un lynchage judiciaire, mais on a toujours foi, parce que l'on a foi dans nos institutions, le reste des institutions. On a foi en notre pays et notre Roi."

Un Roi dont la visite était justement annoncé en ville. Mais les irréductibles ne sont pas les seuls à espérer cette intervention. "On a attendu la justice, on nous a dit qu'elle était indépendante", nous dit Hayat Boulhajl, soeur d’un condamné. "Mais malheureusement ce que les institutions de l’Etat nous ont fait, la justice l'a fini. Mais il nous reste l’espoir: Dieu et le Roi. Parce que si mon frère Badreddine est libéré, ça résout le problème de ma famille, c’est tout ! Mais si tous les prisonniers s’en sortent, ça règle le problème de cet Etat, le problème de la Nation.

Familles et autorités parlent toutes deux de réconciliation, mais pas encore ensemble, et toujours pas avec les mêmes modalités.