Afrique

Massacres djihadistes au Mali: des communautés locales réclament la protection de l'État

Plus de 130 civils ont été tués dans trois localités voisines dans le centre du Mali lors d’attaques attribuées à des djihadistes les 18 et 19 juin dernier.
Plus de 130 civils ont été tués dans trois localités voisines dans le centre du Mali lors d’attaques attribuées à des djihadistes les 18 et 19 juin dernier.

Des dizaines de Maliens ont manifesté ce 21 juin à Bankass, dans le centre du pays, pour réclamer la protection de l'État après le massacre attribué à des djihadistes de plus de 130 civils dans des villages voisins. La recherche des disparus se poursuit.

Le Mali a connu au cours du week-end du 18 juin un de ses pires carnages de civils, qui est aussi la dernière tuerie en date d'une série en cours à travers le Sahel.

Selon le gouvernement, 132 civils ont été tués par des hommes de la Katiba Macina, le groupe du prédicateur peul Amadou Kouffa, à Diallassagou et dans deux localités environnantes, à quelques dizaines de kilomètres de Bankass.

Lire : Mali : l’une des pires attaques terroristes fait plus de 130 morts

Le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, a décrété trois jours de deuil. La classe politique bamakoise a unanimement exprimé sa compassion tout en se ralliant une nouvelle fois autour des forces armées.

Mais le Cadre d'échange, regroupement d'une dizaine de partis, rare voix critique, a demandé au colonel Goïta de se rendre sur place et en a appelé "à la responsabilité des autorités pour prendre les mesures nécessaires afin que de telles tragédies ne se reproduisent" pas.

Voir : Mali : une attaque terroriste fait plus de 132 morts
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Le gouvernement a dépêché une délégation sur les lieux, à 500 km au nord-est de Bamako.

La population a manifesté à Bankass, chef-lieu du secteur. Des photos transmises par une association communautaire dogon montrent plusieurs dizaines de personnes rassemblées dans la rue.

"Nous sommes rassemblés malgré la pluie pour réclamer la sécurité, et condamner les crimes. Le gouvernement doit assurer notre sécurité", a expliqué par téléphone à l'AFP Oumar Togo, un membre de l'association des jeunes de Bankass.

Des élus locaux relatant les faits ont rapporté l'arrivée de dizaines de djihadistes à moto, la rafle et le massacre des hommes, la destruction des échoppes par les flammes, le pillage des villages et le vol de bétail. Le bain de sang aurait culminé dans la nuit de samedi à dimanche.

Lire : la situation sécuritaire au Mali s’est-elle dégradée depuis la fin de l’opération Barkhane ?


es populations ont fui quand elles le pouvaient. Elles continuaient à chercher les disparus mardi, faisant craindre un bilan encore plus lourd.
Comme souvent, les informations ont mis du temps à remonter de ces zones rurales reculées, peu connectées et difficiles et dangereuses d'accès.

Depuis l'apparition en 2015 de la Katiba Macina dans le centre du Mali, la région est livrée aux exactions djihadistes, aux agissements des milices proclamées d'autodéfense et aux représailles intercommunautaires. Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls avaient été massacrés dans le village d'Ogossagou.

Mais c'est tout le Mali qui est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012 dans le nord. La propagation jihadiste a gagné le centre et les pays voisins, Burkina Faso et Niger.

Les violences ont fait des milliers de morts, combattants et civils, et des millions de déplacés dans une des régions les plus pauvres de la planète.

Les militaires arrivés au pouvoir à Bamako en 2020 après des mois de contestation dirigée contre l'incapacité du gouvernement civil à stopper la spirale mortifère ont réafffirmé lundi que la sécurité des personnes restait leur "priorité absolue". Ils se sont détournés des anciens alliés militaires du Mali, à commencer par les Français, et tournés vers les Russes.

Mais le pays a connu ces derniers mois une série de tueries, en particulier dans les régions de Ménaka (nord-est) et de Gao (nord), et dans la zone dite des trois frontières, aux confins du Niger et du Burkina Faso.

Le Burkina a connu en juin un des pires massacres de son histoire avec la mort de 86 civils tués par des djihadistes à Seytenga (nord).

Les civils sont soumis aux représailles de jihadistes qui les accusent de pactiser avec l'ennemi. Dans certaines zones, de plus en plus étendues dans le centre et passées sous l'emprise des jihadistes, ces derniers appliquent avec vigueur leur vision sociale.

La zone de Bankass champ d'action de la Katiba Macina


Les civils se retrouvent aussi souvent pris entre deux feux dans les affrontements entre groupes rivaux, y compris entre ceux affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique.

Les évènements de Diallassagou suscitent un certain nombre d'interrogations. Les tueries en masse portent davantage la marque des groupes affiliés à l'Etat islamique qu'à Al-Qaïda. Mais la zone de Bankass est bel et bien le champ d'action de la Katiba Macina.


Nouhoum Togo, président d'un parti ayant son assise à Bankass, a parlé auprès de l'AFP de représailles des jihadistes contre les locaux. L'armée malienne avait elle-même rapporté avoir mené une opération le 10 juin dans le cercle de Bankass et avoir "neutralisé" six jihadistes. Les jihadistes seraient revenus se venger contre les populations, affirme Nouhoum Togo.