Mayotte : des exilés d'Afrique des Grands Lac trouvent refuge dans un bidonville à ciel ouvert

Ils dorment sur des matelas déchiquetés et veillent sur des sacs plastique pleins à craquer qui contiennent toute leur vie. Des centaines d'exilés africains trouvent refuge sur l'archipel français de Mayotte, dans un bidonville à ciel ouvert qui ne cesse de grossir.

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Mayotte

Une femme et sa fille dans le quartier de Talus 2 à Kongou, à Mayotte, le 22 avril 2023.

AP Photo/Gregoire Merot
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"Au départ, on était peu nombreux. Mais maintenant, les gens qui arrivent n'ont même plus de place", assure Witold, 20 ans, un Congolais qui est arrivé par bateau il y a dix mois depuis la Tanzanie. Le bout de rue où ils sont installés à Mamoudzou, capitale de Mayotte, ne suffit plus à accueillir ces quelque 300 familles ou jeunes adultes originaires de l'Afrique des Grands Lacs dont une partie passent désormais leurs nuits dans un stade d'un quartier voisin.

Situé dans l'océan Indien, le 101e département français attire chaque année des milliers de migrants, arrivés par la mer en "kwassa kwassa", des embarcations de fortune, en provenance de l'île comorienne voisine d'Anjouan et de Madagascar mais également des pays de la région des Grands Lacs.  Depuis avril sur l'île, l'État français mène une opération controversée baptisée "Wuambushu" pour enrayer l'immigration clandestine et l'habitat insalubre mais les migrants continuent d'affluer, malgré l'insalubrité et les risques.

"Nulle part où aller"

"Il y a deux semaines, je me suis fait tabasser, raconte Witold. Des délinquants sont arrivés en pleine nuit avec des bâtons et nous ont frappés alors qu'on dormait".  Même s'il se sent vulnérable ici, il dit n'avoir "nulle part où aller". "Je ne pouvais pas rester dans mon pays, j'étais menacé", assure-t-il sans donner plus de précisions. Avec leurs maigres effets personnels, beaucoup d'entre eux se sont installés dans la rue devant les locaux de Solidarité Mayotte, une association qui accompagne et héberge les demandeurs d'asile et les bénéficiaires de la protection internationale.  

"Nous sommes leur premier repère", souligne Gilles Foucaud, le directeur adjoint de cette structure. Près d'une centaine de nouveaux migrants ont été recensés par l'association au cours des deux derniers mois. Parmi eux, des réfugiés statutaires ou bénéficiaires d'une protection internationale mais aussi des demandeurs d'asile, arrivés du Congo, du Burundi, de Somalie ou du Rwanda. "Ils se sont installés ici dans l'espoir d'avoir un logement de la part de Solidarité Mayotte", indique Laurent Simonin, directeur territorial de la police nationale à Mayotte.

Tous devraient bénéficier d'une assistance. Mais on n'a quasiment aucune place de libre dans les hébergements d'urgence donc les orientations sont très limitées.

Gilles Foucaud, directeur-adjoint de Solidarité Mayotte

"Tous devraient bénéficier d'une assistance. Mais on n'a quasiment aucune place de libre dans les hébergements d'urgence donc les orientations sont très limitées", souligne le directeur-adjoint de Solidarité Mayotte, qui gère un parc de 450 places "continuellement plein". Faute de logements, ils sont obligés de continuer à dormir dans la rue. Certains espèrent rejoindre la métropole mais les structures d'hébergement sont elles aussi saturées.

Long traitement de demande d'asile

Leur nombre reste toutefois imprécis. "Nous avons dû interrompre notre dernier recensement. La démarche a été interprétée (...) comme un prélude à une potentielle offre d'hébergement, ce qui a attiré de nombreux autres réfugiés, squattant le stade", souligne Gilles Foucaud.

Beaucoup d'entre eux sont aussi confrontés aux très longs dossiers de traitement de leur demande d'asile, que les autorités peinent à réduire. En 2022, 3 500 premières demandes d'asile ont été déposées à Mayotte, qui recueille ainsi presque la moitié des demandes dans les territoires français d'Outre-mer, selon les autorités.

Devant les locaux de Solidarité Mayotte, le campement reste toléré par la population. "La majorité des voisins sont empathiques et tolérants. Certains s'agacent mais globalement ça se passe bien", assure Gilles Foucaud.  En 2022, la police était intervenue deux fois pour faire évacuer le campement, mais les réfugiés sont rapidement revenus. Pour Anturia Sanidou, qui habite à proximité, ça fait surtout "mal au cœur de voir tous ces enfants, vivre comme ça".