Afrique

Meurtre mystérieux au Lesotho : une affaire d'État qui passionne tout un pays

Thomas et Maesaiah Thabane, lors d'une audience judiciaire le 24 février 2020. ©AP Photo
Thomas et Maesaiah Thabane, lors d'une audience judiciaire le 24 février 2020. ©AP Photo

Un mois après son incarcération, la justice du Lesotho a ordonné la libération conditionnelle de Maesaiah Thabane. L'épouse de l'ancien Premier ministre, Thomas Thabane, est accusée du meurtre de sa précédente femme, en 2017. Une histoire mêlant sexe, mensonge et abus de pouvoir... au sommet de l'Etat.

Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette histoire sordide une véritable saga qui tient tout un pays en haleine.
 

Contexte politique

Le Lesotho est une monarchie constitutionnelle, enclavée au coeur de l'Afrique du Sud. Ce petit état montagneux connaît depuis son indépendance en 1966 une histoire politique instable, rythmée de coups d'Etat militaires.

Dernier en date : le 30 août 2014. Le chef d’état-major limogé tente de prendre le pouvoir. Le Premier ministre, Thomas Thabane, quitte le Lesotho et s’exile en Afrique du Sud. En juin 2017, il revient aux affaires à la suite d’élections législatives anticipées.

Circonstances du drame

Alors que son retour politique approche, Thomas Thabane attend une décision de la justice lesothienne. Lui et son ancienne épouse Lipolelo sont en instance de divorce depuis des années. La justice tranche en faveur de Lipolelo mais c’est à ce moment-là que le drame survient.

Deux jours avant l’investiture de Thomas Thabane, son ex-femme est tuée par balles alors qu’elle circulait en voiture, accompagnée d’une autre femme, à quelques kilomètres au sud de la capitale, Maseru.

Quelques semaines après les faits, le nouveau Premier ministre s'unit à sa nouvelle épouse, Maesaiah Thabane, lors d’une cérémonie publique.
 

Coup de théâtre

Janvier 2020, l’étau se resserre autour du nouveau couple à la tête du Lesotho, notamment grâce à un mystérieux appel téléphonique.

Dans un rapport adressé au Premier ministre, fin 2019, le chef de la police fait état d'un appel localisé sur le lieu du crime et passé depuis le téléphone portable de Thomas Thabane. Et il accuse Thomas Thabane d'être impliqué dans l'assassinat de son ex-épouse.

Dans la foulée de ce rapport, le Premier ministre démet le chef de la police de ses fonctions, en dénonçant une vague de "brutalité policière", constatée sous les ordres du haut fonctionnaire, depuis octobre 2017.

Mais le vent tourne début janvier 2020 quand le parti de Thomas Thabane, la Convention des Basothos, lui demande de quitter ses fonctions.

Quelques jours plus tard, le 10 janvier, la nouvelle épouse, Maesaiah Thabane, ne se présente pas à une convocation de la police et disparaît dans la nature. La semaine suivante Thomas Thabane, âgé de 80 ans, promet de démissionner sans faire référence à cette sordide affaire.

"Pour dire la vérité, j'ai pris de l'âge et mes forces me quittent, je vous annonce donc aujourd'hui que j'ai l'intention de me retirer, je vous ferai savoir quand l'heure exacte sera venue", déclare-t-il lors d'une conférence de presse.
 

Dérive autoritaire

Le 22 janvier 2020, Thomas Thabane est interrogé par la police. Sa femme, elle, reste introuvable. Mais le 4 février, après trois semaines de cavale, Maesaiah Thabane, cachée en Afrique du Sud, rentre au Lesotho. Elle est immédiatement arrêtée, entendue par la police et accusée d'avoir assassiné sa "rivale".

Le 21 février, alors que le Premier ministre doit officiellement être inculpé pour complicité de meurtre, il part en Afrique du Sud "pour raisons médicales" précise son entourage. Un nouveau rebondissement qui ébranle une fois de plus le pays.

Le 3 mars, Thomas Thabane ordonne l’ouverture d’une enquête contre son parti et l'opposition, qu'il accuse de vouloir le renverser. Le 18 avril l’armée est déployée dans le royaume. Le chef de la police et ses deux adjoints sont arrêtés. Les soldats rentrent dans leurs casernes le lendemain mais la communauté internationale reste inquiète de cette dérive autoritaire de ce Premier ministre aux abois.

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Médiation

Le grand voisin, l’Afrique du Sud, et le roi du Lesotho, Letsie III, entrent en scène. Une médiation sud-africaine, dirigée par l'ancien ministre Jeff Radebe, se rend à Maseru pour tenter de trouver une issue à la crise.

Le 20 avril, un accord est signé avec le gouvernement qui s’engage à permettre un retrait "digne, élégant et sûr" de Thomas Thabane. Toutefois aucune date n’est avancée.

Le 28 avril, le Sénat décide de rogner ses pouvoirs en l’empêchant de dissoudre le Parlement et d'ordonner de nouvelles élections. 

Deux semaines plus tard, lundi 11 mai, Thomas Thabane n’a toujours pas renoncé à son poste. Au Parlement, les trois quarts des députés lui retirent sa confiance. Mardi, le Premier Ministre, contesté de toute part, indique qu’il va remettre sa démission au roi le lendemain. Mais en fin de semaine toujours pas de retrait.
 

Epilogue

Le 18 mai, après des semaines de rebondissements judiciaires et politiques, Thomas Thabane annonce enfin à la presse qu’il démissionne.

Le lendemain il s’adresse solennellement à la nation dans un discours télévisé : "Je me présente aujourd'hui devant vous pour vous annoncer que le travail dont vous m'avez chargé n'est peut-être pas achevé mais que le temps est arrivé pour moi de me retirer du théâtre des opérations, de quitter la vie publique et mes fonctions".

Epilogue politique mais les ennuis judiciaires pour l’ancien Premier ministre ne sont pas terminés. Il est toujours soupçonné de complicité de meurtre.
 

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