Minerai : la RDC critique un protocole d'accord signé entre Bruxelles et le Rwanda

L'Union européenne et le Rwanda ont signé le 19 février un protocole d'accord ayant pour objectif "de renforcer le rôle du Rwanda" dans le développement de "chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques." Accord qui a été vivement critiqué par Félix Tshisekedi.

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Félix Tshisekedi après son investiture à Kinshasa le 20 janvier 2024.

Félix Tshisekedi après son investiture à Kinshasa le 20 janvier 2024.

© AP Photo/Guylain Kipoke
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"C'est comme si l'Union européenne nous faisait la guerre par procuration" fustige le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi le 22 février.

Le jour même de la signature, le 19 février, le ministre congolais des Affaires étrangères Christophe Lutundula a dénoncé ce protocole qui "encourage le pillage des ressources naturelles congolaises par le Rwanda".

Ce protocole vise à valoriser l'exploitation des minérais par le Rwanda. Comme le souligne l'Union Européenne, "le pays est un acteur majeur au niveau mondial dans le secteur de l'extraction de tantale. Il produit également de l'étain, du tungstène, de l'or et du niobium, et dispose de réserves de lithium et de terre rares." 

Pour l'UE, ce partenariat "contribuera à assurer un approvisionnement durable en matières premières," en particulier en matières premières critiques, "ce qui est une condition préalable essentielle à la réalisation des objectifs en matière d'énergie verte et propre."

Or, "quand vous achetez le produit d'un receleur, vous êtes vous-même coupable de vol", a lancé Félix Tshisekedi lors d'une conférence de presse le 22 février. "Donc, l'Union européenne, j'espère, ne va pas jouer ce jeu-là", a-t-il poursuivi, en affirmant que son pays allait "user de toutes les voies, diplomatiques et judiciaires, pour faire annuler ce MoU (memorandum of understanding)", pour "empêcher cette ignominie".

L'Union européenne a déjà signé ce genre de protocole d'accord sur des chaînes de valeur durables pour les matières premières avec l'Argentine, le Canada, le Chili, le Groenland, le Kazakhstan et l'Ukraine, dans le cadre de sa stratégie "Global Gateway".

Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda de vouloir faire main basse sur les ressources, minières notamment, de l'Est congolais, une des raisons pour lesquelles, selon lui, Kigali soutient la rébellion du M23, à l'offensive depuis plus de deux ans dans la province du Nord-Kivu dont elle contrôle de larges territoires.

"Tout le monde sait que le Rwanda n'a même pas un gramme de ces minerais dits "critiques" dans son sous-sol", a insisté le président congolais. "L'UE est très mal engagée, car c'est comme si elle nous faisait la guerre par procuration", a lancé Félix Tshisekedi.

L'Union européenne, "qui voulait venir surveiller nos élections ici pour dire qui a gagné, qui a perdu, qui nous donne à longueur de journée des leçons sur le respect des droits de l'Homme" est maintenant "en train de prêcher par le plus mauvais exemple qui soit", a encore lancé Félix Tshisekedi.

Au pouvoir depuis janvier 2019, Félix Tshisekedi a été réélu pour un second mandat aux élections du 20 décembre dernier avec plus de 73% des voix.