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Mort d'Ibrahim Boubacar Keïta : portrait de l'homme d'État, de son ascension fulgurante à sa chute

L'ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé dimanche à Bamako à l'âge de 76 ans, un an et demi après avoir été renversé par les militaires qui défient aujourd'hui une partie de la communauté internationale.<br />
AP Photo/Rebecca Blackwell
L'ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé dimanche à Bamako à l'âge de 76 ans, un an et demi après avoir été renversé par les militaires qui défient aujourd'hui une partie de la communauté internationale.
AP Photo/Rebecca Blackwell

L'ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé dimanche à son domicile de Bamako à l'âge de 76 ans. Retour sur la carrière de l'homme d'État, depuis ses débuts en politique jusqu'à son accession au siège de président du Mali entre 2013 et 2020 et au putsch qui l'a renversé.  

Ibrahim Boubacar Keïta, qui se réclamait de la gauche, a connu une ascension fulgurante sous Alpha Oumar Konaré, premier président (1992-2002) de l'ère démocratique du Mali. Il a notamment a été Premier ministre de 1994 à 2000.

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"Alpha Oumar Konaré a été l'instigateur de la carrière d'IBK. Il fut son compagnon de but, il lui a donné la chance de toucher l'État au plus haut sommet en tant que secrétaire politique. Il lui a presque mis le pied à l'étrier et IBK ne s'est jamais remis de sa séparation avec ce dernier", explique Tiambel Guimbayara, journaliste et directeur de publication de La Voix du Mali.

Prétendant malheureux à l'élection présidentielle de 2002, Ibrahim Boubacar Keïta tient sa revanche en accédant au palais de Koulouba, le siège de la présidence malienne à Bamako, en 2013. 

En septembre 2018, le président réélu du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, prête serment à Bamako pour un second mandat à la tête d'un pays toujours en proie aux attaques djihadistes.

Réélu dans un pays en proie au djihadisme

Boubou et bonnet blancs, "IBK", 73 ans, réélu le 20 août 2018 au second tour pour cinq années de plus, avait lu le serment contenu dans la Constitution malienne devant la Cour suprême, durant une cérémonie au Palais de la Culture de Bamako, retransmise en direct sur la télévision publique.

"Je jure devant Dieu et le peuple malien de préserver en toute fidélité le régime républicain, de respecter et de faire respecter la Constitution et la loi, de remplir mes fonctions dans l'intérêt supérieur du peuple, de préserver les acquis démocratiques, de garantir l'unité nationale, l'indépendance de la patrie et l'intégrité du territoire national", avait-il alors déclaré.

La Cour constitutionnelle l'a proclamé le 20 août 2018 vainqueur de la présidentielle avec 67,16% des suffrages au second tour du 12 août, pour 32,84% à l'ancien ministre des Finances Soumaïla Cissé.

Soumaïla Cissé, n’avait alors pas reconnu sa défaite et appelé les Maliens à une "mobilisation pacifique et non violente pour défendre leurs droits démocratiques".

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Le président Keïta a été investi alors que le Mali est confronté aux violences djihadistes. Le nord du pays était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés ou dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France, qui se poursuit actuellement.

Malgré un accord de paix signé en mai-juin 2015, les violences ont persisté et se sont propagées depuis vers le centre et le sud du pays, puis au Burkina Faso et au Niger voisins.

IBK renversé

Le 18 août 2020, Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par un putsch après plusieurs mois de manifestations contre la corruption et l'impuissance de l'État face à l'insécurité.

Il était très critiqué pour l'incapacité de l'État à ramener la paix dans un pays dont la majeure partie est privée de services publics ou d'école et où la classe politique est considérée comme largement corrompue.

(Re)voir : Mort d'Ibrahim Boubacar Keïta : entretien avec l'ancien président sur la situation sécuritaire au Mali

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Son départ marque l'aboutissement d'une crise déclenchée en juin 2020, marquée par des semaines de manifestations populaires initiées par une coalition hétéroclite de chefs religieux, d'hommes politiques et de membres de la société civile.

Cette coalition, le "Mouvement du 5-Juin" (M5-RFP), exprime alors l'exaspération nourrie par les milliers de victimes des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires des années précédentes.

"Je ne souhaite qu'aucun sang ne soit versé pour mon maintien aux affaires", avait-il déclaré à la télévision publique dans un ultime discours nocturne annonçant sa démission forcée.

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Le colonel Assimi Goïta devient le nouvel homme fort. La communauté internationale condamne le coup d'État, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) impose des sanctions.

Hospitalisation aux Emirats

Le 1er septembre 2020 l'ex-président malien Ibrahim Boubacar Keïta est soigné aux Émirats arabes unis. "Il a été convenu (...) de permettre l'évacuation sanitaire d'Ibrahim Boubacar Keïta pour des raisons humanitaires pour une durée maximum d'un mois", déclare le Comité national de salut publique (CNSP), mis en place par les putschistes.

Son départ à l'étranger pour des soins avait été envisagé peu après sa chute. À la suite, selon ses médecins, d'un court AVC pour lequel il a été hospitalisé dans une clinique de Bamako.

Il a été victime d'un accident ischémique transitoire, c'est-à-dire un accident vasculaire cérébral qui ne dure généralement que quelques minutes mais qui constitue un signal d'alerte au risque de survenue ultérieure d'un infarctus.