Mort de Pelé : comment la star brésilienne du football a marqué l'histoire du Nigeria

Le “Roi” du football Pelé est mort jeudi 29 décembre 2022 à l’âge de 82 ans. Les longues tournées avec son club de Santos et les nombreux voyages organisés par ses sponsors ont mené la légende du ballon rond à travers le monde. Trois de ses passages dans les années 60 et 70 à Lagos, alors capitale du Nigeria, ont donné lieu à des épisodes rocambolesques.
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pelé en espagne en 2005
Pelé, légende du football, envoie des baisers à des supporters installés dans les tribunes du stade Bernabeu de Madrid (Espagne). 16 janvier 2005.
 
AP/Jasper Juinen
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Pelé n’était pas seulement un joueur de football. Il était le "Roi" de la discipline, concurrent direct de l'Argentin Diego Maradona, autre figure illustre du ballon rond. Mais il a également été une icône politique pour la minortié noire au Brésil, lui qui a été le tout premier homme de couleur à devenir ministre  en 1995. 

Son aura a dépassé toutes les frontières. Durant toute sa vie, Pelé n’a cessé de le répéter : il voulait unir les peuples et apporter la paix. Sa vie et ses voyages étaient scrutés à l’instar des chefs d’État. Et lorsqu’il se rendait en Afrique, le champion du monde savait marquer les esprits. Au lendemain de sa disparition, de nombreux habitants du continent ont rendu hommage au “Roi”.  
 
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À l’origine d’un mystérieux cessez-le-feu en 1969 ?

Mais sur le continent africain, c'est probablement au Nigeria que Pelé a laissé le plus de traces. Depuis 1967, le pays est en proie à une guerre civile après la sécession de la région orientale, autoproclamée République du Biafra. C'est dans ce contexte que Pelé va arriver, deux ans plus tard. 

Début 1969, le club bréislien de Santos commence une lucrative série de matches en Afrique. Fin janvier, le club de Sao Paulo arrive au Nigeria pour y jouer deux rencontres malgré un contexte très tendu.Santos affronte d'abord la sélection nigériane le 26 janvier. Pelé inscrit un doublé lors de cette confrontation (2-2). Un deuxième match a lieu le 4 février, dans une autre ville du pays, Benin City, proche du Biafra. Santos l'emporte 2-1 contre l'équipe locale.
pelé en 1969
Pelé en 1969.
Copyright AP
La légende, entretenue côté brésilien, veut qu'un cessez-le-feu de 48 heures entre les belligérants aurait été obtenu pour permettre la tenue de cette rencontre. Pelé n'évoque pas cet épisode dans sa première autobiographie en 1977. Dans un autre ouvrage paru en 2007, il confie: "Je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait vrai, mais les Nigérians ont certainement fait en sorte que les Biafrais n'envahissent pas Lagos pendant que nous étions là". Il ajoute que le directeur commercial de Santos aurait assuré aux joueurs que la guerre civile serait arrêtée le temps du match.

Mais cette version est contestée. Dans une enquête, Olaojo Aiyegbayo, chercheur d'origine nigériane à l'université d'Huddersfield en Angleterre, explique ainsi n'avoir trouvé aucune trace de cet éventuel arrêt des hostilités.
 

Il assiste au coup d’État de 1976 

En février 1976, Pelé, qui évolue désormais au Cosmos de New York, se rend à nouveau à Lagos lors d'un voyage sponsorisé par Pepsi. Il doit y jouer une rencontre amicale et participer à l'inauguration d'écoles de football. Le Brésilien n'est pas la seule personnalité sportive présente dans la capitale nigériane. Les joueurs de tennis Arthur Ashe et Stan Smith participent à un tournoi et logent dans le même hôtel que Pelé.

Le 13 février 1976, le général Murtala Mohammed, alors au pouvoir au Nigeria, est assassiné par des hommes armés. À la tête du commando, Bukar Dimka, un lieutenant-colonel de 33 ans, dont la tentative de prise de pouvoir sera rapidement écrasée.

Mais la tension reste vive dans la ville où des check-points ont été dressés. Le 16 février, le match entre Arthur Ashe, vainqueur de Wimbledon l'année précédente, et son homologue américain Jeff Borowiak, est interrompu par cinq militaires qui somment les joueurs et le public d'évacuer. Les participants au tournoi regagnent leur hôtel sous protection et quittent le pays par avion le lendemain.

Pelé, qui s'est réfugié à l'ambassade du Brésil, devra patienter trois jours de plus. Les autorités brésiliennes imaginent alors un stratagème pour faciliter sa fuite et c'est déguisé en pilote de ligne que la star du football parvient à s'envoler de Lagos.
pelé en 1976
Pelé en 1976 joue aux États-Unis. Le n°10 brésilien est aux côtés de George Best, un ami proche et également une star mondiale du football. Les deux hommes sont sur la pelouse d’un stade de Los Angeles. États-Unis, 11 avril 1976. 
AP/George Brich

Il revêt le maillot d’une équipe pour éviter des émeutes 

Pas échaudé par ses deux précédents séjours, Pelé revient à nouveau au Nigeria deux ans plus tard. Il prend part à un déplacement sponsorisé par une marque d'électroménager. Comme l'ancienne star de Santos, l'équipe de Fluminense est à Lagos où elle doit disputer une rencontre dans le cadre d'une tournée. Profitant de cette coïncidence, les autorités locales proposent à Pelé de donner le coup d'envoi du match entre la formation brésilienne et un club du pays, les Racca Rovers.

Rapidement, la rumeur se répand : Pelé va jouer. Malgré les démentis, la ferveur et les ventes de billets sont telles que la police finit par convaincre "le Roi" de disputer le match par peur de débordements. Pelé évolue 45 minutes avec le maillot de "Flu".
pelé en 1978
Pelé en 1978. Il pose avec deux ballons un dans chaque main, devant le poster de la coupe du monde de football organisée en Argentine en juin 1978.
 
AP/Dave Pickoff
En 2018, il s'en amuse sur son compte Twitter. "Une fois, j'ai accidentellement joué pour Fluminense! En tant qu'invité d'un match au Nigeria, tant de gens sont venus me voir que la police m'a fait jouer pour maintenir la paix !", raconte-il dans un message accompagné d'une photo de l'époque. "Flu a eu l'honneur d'avoir le Roi du football pendant une journée", lui rend hommage le club sur son site web.