Afrique

Mozambique : l'Afrique australe déploie une force militaire anti-djihadiste

Dans cette photo d'archive du samedi 10 juillet 2021, les forces armées rwandaises se préparent à embarquer pour un vol vers le Mozambique, à l'aéroport de Kigali, au Rwanda. Une force conjointe des troupes mozambicaines et rwandaises a repris le contrôle d'un port stratégique aux extrémistes islamistes qui ont détenu la ville dans le nord du Mozambique pendant un an, ont annoncé les ministères de la Défense des pays.<br />
AP Photo/Muhizi Olivier<br />
 
Dans cette photo d'archive du samedi 10 juillet 2021, les forces armées rwandaises se préparent à embarquer pour un vol vers le Mozambique, à l'aéroport de Kigali, au Rwanda. Une force conjointe des troupes mozambicaines et rwandaises a repris le contrôle d'un port stratégique aux extrémistes islamistes qui ont détenu la ville dans le nord du Mozambique pendant un an, ont annoncé les ministères de la Défense des pays.
AP Photo/Muhizi Olivier
 

Les pays d'Afrique australe ont officiellement lancé lundi une mission militaire régionale visant à aider le Mozambique à lutter contre les insurgés djihadistes et reprendre le contrôle de sa province septentrionale, riche en gaz. La mission militaire revendique déjà une victoire dans la ville portuaire clé de Mocimboa da Praia. 

Le président mozambicain Filipe Nyusi et son homologue botswanais Mokgweetsi Masisi ont inauguré la mission de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) au Mozambique (Sanim) lors d'une cérémonie à Pemba, capitale de la province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. 

"Nous réaffirmons notre engagement commun à lutter contre l'extrémisme avec les forces rwandaises", a affirmé Filipe Nyusi. Il a rappelé "les nouvelles de ces derniers jours concernant le succès de la mission du Rwanda et de nos forces", en référence à la reprise des villes d'Awasse et de Mocimboa da Praia aux insurgés, quelques semaines seulement après l'arrivée des troupes rwandaises au Mozambique. 

En mars, les djihadiste avaient attaqué Palma, base des opérations industrielles du géant de l'énergie français Total, forçant le groupe à suspendre ses travaux d'un projet gazier de 20 milliards de dollars. En juillet, le Rwanda a envoyé 1.000 soldats pour renforcer l'armée mozambicaine. Une semaine plus tard, les États membres du bloc des 16 nations de la SADC ont commencé à déployer des troupes.

Lire : Mozambique : Total suspend son projet gazier face à la menace djihadiste

Si aucune précision n'a été apportée de source officielle sur la taille du contingent de la Sanim ou son calendrier de déploiement, on indiquait de source proche des forces armées sud-africaines - colonne vertébrale du contingent -, que la Sanim pourrait compter à terme jusqu'à 3.000 militaires. 
 

Victoire de la mission à Mocimboa da Praia

 

Soutenues par les troupes rwandaises, les forces mozambicaines ont annoncé dimanche avoir chassé les djihadistes de Mocimboa da Praia, la ville portuaire, devenue depuis un an le bastion des djihadistes locaux, conus sous le nom de Al-Shabab ("les jeunes" en arabe) et affiliés au groupe Etat islamique (EI). 

"Le contrôle de la ville de Mocimboa da Praia et le retour progressif des mouvements entre Palma et Mocimboa da Praia sont le produit de la bravoure et de l'effort concerté des forces dans le but de ramener rapidement la stabilité dans la région", a ajouté le président Nyusi.

Regarder : Mozambique : Le gendarme rwandais en action

Chargement du lecteur...

Le colonel Ronald Rwivanga, le porte-parole de l'armée rwandaise, a confirmé à l'AFP que Mocimboa da Praia était "tombée".

Le ministère mozambicain de la Défense a ensuite à son tour annoncé que les troupes mozambicaines et rwandaises avaient repris le contrôle de la localité dimanche matin. Elles contrôlent désormais les bâtiments officiels, le port, l'aéroport, l'hôpital et d'autres infrastructures-clés, a raconté le colonel Omar Saranga, un porte-parole du ministère, pendant une conférence de presse à Maputo. 

Mocimboa da Praia "était la dernière place forte des insurgés", sa reconquête "marque la fin de la première phase des opérations de contre-insurrection", a souligné le colonel Rwivanga.

A la demande de Maputo, le Rwanda a envoyé le 9 juillet un millier de soldats pour soutenir les forces armées mozambicaines qui luttent pour reconquérir le Cabo Delgado. Les forces rwandaises avaient revendiqué début août leurs premiers succès depuis leur déploiement, annonçant avoir aidé l'armée mozambicaine à reprendre Awasse, un petit village stratégique situé près de Mocimboa da Praia.

Regarder : Mozambique : loin de chez eux, les rescapés des djihadistes de Palma doivent survivre
 

Mission militaire de la SADC 

 

"Nous allons continuer les opérations de sécurisation pour pacifier totalement ces zones, ce qui permettra aux forces mozambicaines et rwandaises de mener des opérations de stabilisation quand (les gens déplacés) retourneront chez eux", a ajouté le porte-parole de l'armée rwandaise.

Après s'être montré réticent à toute intervention étrangère, insistant sur la souveraineté de son pays, indépendant du Portugal depuis 1975, le président mozambicain Filipe Nyusi avait aussi officiellement demandé début juillet l'aide militaire des Etats de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

  • Le Botswana - dont le chef de l'Etat Mokgweetsi Masisi préside l'organe de la SADC chargé de la politique, la défense et la sécurité - a envoyé 296 soldats le 26 juillet.
  • Frontalière du Mozambique et puissance régionale, l'Afrique du Sud a annoncé le 28 juillet l'envoi immédiat de 1.495 militaires. Le lendemain, le Zimbabwe a annoncé son intention d'en envoyer 304 pour former les unités d'infanterie du Mozambique.
  • L'Angola devait déployer, à partir du 6 août, 20 officiers de l'armée de l'Air tandis que la Namibie contribuera à hauteur d'environ 400.000 dollars aux opérations de contre-insurrection. 
  • Le 12 juillet, l'Union européenne a mis sur pied une mission militaire de formation des forces mozambicaines, afin de les aider à lutter contre l'insurrection islamiste.
  • Le Portugal participe déjà à la formation des troupes mozambicaines. Les instructeurs militaires portugais devraient constituer la moitié de la mission européenne.

La crise au Mozambique a fait plus de 2.800 morts, la plupart des civils, et provoqué le déplacement de plus de 800.000 personnes.


Regarder : au Mozambique, enlèvements d'enfants et abus sexuels commis par des djihadistes

Chargement du lecteur...