Afrique

Niger : des "tirs nourris" entendus près de la présidence à Niamey dans la nuit de mardi à mercredi

<p>Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, après les élections, le 22 mars 2021, à Niamey. La passation de pouvoir entre lui et Mohamed Bazoum doit avoir lieu ce vendredi 2 avril.</p>

Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, après les élections, le 22 mars 2021, à Niamey. La passation de pouvoir entre lui et Mohamed Bazoum doit avoir lieu ce vendredi 2 avril.

(AP Photo/Gael Cogne)

Le gouvernement du Niger a affirmé avoir "déjoué" dans la nuit de mardi à mercredi "une tentative de coup d'Etat" visant à "mettre en péril la démocratie".  Et ce quelques jours avant la prestation de serment le 2 avril, du président élu Mohamed Bazoum.

Des militaires ont été "arrêtés", après une "tentative de coup d'Etat",  à Niamey, au Niger, dans la nuit de mardi 30 au mercredi 31 mars, et "la situation est sous contrôle",
selon des sources proches du pouvoir.

"Il y a eu des arrestations parmi les quelques éléments de l'armée qui sont à l'origine de cette tentative de coup d'Etat. Ce groupe de militaires n'a pas pu s'approcher du palais présidentiel lorsque la Garde présidentielle a riposté", a indiqué cette source.

"C'était vers 03h00 (02h00 GMT), nous avons entendu des tirs d'armes lourdes et légères et cela a duré quinze minutes avant de cesser, suivis de tirs à l'arme légère, tout a ensuite cessé", a raconté un riverain du quartier du Plateau à Niamey qui abrite les bureaux et la résidence présidentielle. "Les tirs ont duré une vingtaine de minutes", selon un autre témoin. 

"Les tirs étaient intenses, il y avait des armes lourdes et des armes légères", a témoigné un autre riverain.

"Ce groupe de militaires n'a pas pu s'approcher du palais présidentiel lorsque la Garde présidentielle a riposté", a ajouté une source sécuritaire. 

Des vidéos de quelques secondes ont été postées sur les réseaux sociaux, permettant d'entendre des tirs sporadiques de rafales dans le noir total.

Le gouvernement a publié un communiqué qui "condamne cet acte lâche et rétrograde voulant mettre en péril la démocratie et l'Etat de droit dans lequel notre pays s'est résolument engagé".

Ce même communiqué affirme qu'"une enquête est ouverte" et que "les investigations se poursuivent pour identifier et interpeller les auteurs et leurs complices afin de les mettre à la disposition de la justice", précisant qu'il "en est de même pour les commanditaires internes et externes".

Le gouvernement affirme que "d'ores et déjà plusieurs personnes en lien avec cette tentative de coup d'Etat sont interpellées et d'autres activement recherchées". Il rajoute que "la situation est totalement sous contrôle" et invite "la population à vaquer normalement à ses occupations quotidiennes".

Passation de pouvoir imminente entre Issoufou et  Bazoum

Ces tirs interviennent avant l'intronisation prévue vendredi 2 avril à Niamey du nouveau président élu Mohamed Bazoum, très proche du chef de l'Etat sortant Mahamadou Issoufou.

Le quartier présidentiel a été quadrillé par les forces de l'ordre, mais dans le reste de la ville, la situation était normale mercredi 31 mars, et les gens vaquaient à leurs occupations comme si rien ne s'était passé, ont constaté des journalistes locaux.

Mohamed Bazoum, prochain président du Niger, à l'Assemblée générale des Nations Unies, le 27 septembre 2013.
Mohamed Bazoum, prochain président du Niger, à l'Assemblée générale des Nations Unies, le 27 septembre 2013.
(AP Photo/Eduardo Munoz, Pool)

L'ambassade des Etats-Unis à Niamey a décidé de suspendre ses "services consulaires jusqu'à nouvel ordre" et "encouragé" son personnel à rester à la maison, l'ambassade de France invitant elle "les Français à rester chez eux".

Le rival de Mohamed Bazoum, l'ex-président Mahamane Ousmane, conteste les résultats du scrutin et a revendiqué la victoire.

(RE)voir : Mahamane Ousmane conteste l’élection de Mohamed Bazoum, entérinée par la Cour constitutionnelle
 

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Il a appelé à des "marches pacifiques" dans tout le pays. Dans la capitale Niamey, la marche prévue mercredi 31 mars par l'opposition a été interdite la veille, par les autorités.

Attaques djihadistes et putschs

L'histoire du Niger, pays sahélien parmi les plus pauvres du monde en proie à de récentes attaques jihadistes particulièrement meurtrières, est jalonnée par les coups d'Etat.

Depuis l'indépendance de cette ex-colonie française en 1960, il y en a eu quatre: le premier en avril 1974 contre le président Diori Hamani, le dernier en février 2010 qui a renversé le président Mahamadou Tandja. Sans compter les tentatives de putsch, nombreuses. Le passage de relais entre Mahamafou Issoufou et Mohamed Bazoum est le premier entre deux présidents démocratiquement élus.

(RE)voir : Mahamadou Issoufou : "La transition démocratique au Niger est ma plus grande réalisation"

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Mohamed Bazoum va être immédiatemment confronté à l'immense défi des attaques djihadistes menées régulièrement dans son pays par des groupes affiliés à Al-Qaïda et l'Etat islamique dans sa partie Ouest frontalière du Mali et du Burkina Faso, par le groupe nigerian Boko Haram dans sa partie Est frontalière du Nigeria.

Les attaques contre des civils se sont multipliées depuis le début de l'année: plus de 300 personnes ont été tuées dans trois séries d'attaques contre des villages et des campements de l'ouest du pays, frontalier du Mali. Aucune n'a été revendiquée.
La dernière de ces attaques de grande ampleur a eu lieu le 21 mars dans la région de Tahoua, faisant 141 morts en quelques heures dans trois villages touareg et des campements alentour.

(RE)voir : Niger : trois jours de deuil national après les attaques dans la zone des 3 frontières

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La région de Tahoua, vaste et désertique, se trouve à l'est de celle de Tillabéri, toutes deux proches de la frontière avec le Mali.
La région de Tillabéri est située dans la zone dite "des trois frontières" entre Niger, Mali et Burkina Faso, régulièrement frappée par les groupes djihadistes.

Dans un récent entretien à RFI et France 24, M. Bazoum a écarté tout dialogue avec les djihadistes, estimant que la situation de son pays était différente de celle du Mali.
"Nous ne pourrions pas envisager quelque dialogue que ce soit dans la mesure où il n'y a pas un seul chef djihadiste nigérien, une seule base de djihadistes sur notre territoire", a-t-il affirmé.