Niger : le pouvoir militaire suspend "toute coopération" avec l'OIF

Le pouvoir militaire au Niger a annoncé, au soir du 24 décembre, la "suspension de toute coopération" avec l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Les militaires accusent l'OIF d'être une instance "au service de la France". Il s'agit d'une réponse à la décision de l'OIF, datée du mardi 19 décembre, de suspendre des instances de la Francophonie le Niger où un régime militaire a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le 26 juillet dernier. L'OIF a cependant précisé que l'instance ne remettait pas en cause les programmes destinés directement aux populations civiles. 

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Abdourahamane Tiani

Le général Abdourahamane Tiani est "président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie". Ici le 28 juillet 2023, lors d'une allocution à la télévision nigérienne/

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C'est en uniforme, le ton martial que le colonel major Abdourahamane Amadou, membre du le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), ​​​instance du pouvoir militaire, a annoncé, le 24 décembre, sur la RTN, la chaine nationale, que le régime militaire suspend "toute coopération" avec l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec effet immédiat.

Suspension de "toute coopération" avec l'OIF

Ce communiqué des militaires au pouvoir au Niger est une réponse à la décision de l'OIF de suspendre le Niger de ses instances. Selon les militaire au pouvoir, c'est "par hasard" que le pouvoir militaire a découvert cette décision de l'OIF.

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Dans son communiqué, le CNSP tient à souligner que le Niger est un des pays fondateurs de l'idée d'une organisation de la Francophonie. Dans le texte lu par le colonel major Abdourahamane Amadou, le régime militaire rappelle que  "l'Agence de la coopération culturelle et technique (ndlr : ACCT), ancêtre de la Francophonie, est née sur le sol nigérien le 20 mars 1970 sous l'impulsion des pères fondateurs, Hamani Diori pour le Niger (président de 1960 à 1974), Léopold Sédar Senghor pour le Sénégal (président de 1960 à 1980), Habib Bourguiba pour la Tunisie ( 1957-1987)et le prince Norodom Sianouk du Cambodge."

L'ACCT a effectivement été créée en 1970 à la Conférence de Niamey, la même année que l'OIF. Elle est ensuite devenue l'Agence intergouvernementale de la francophonie en 1996, avant d'être intégrée au sein de l'OIF le 1er janvier 2006. 

Encourager "la promotion" des langues nationales et "décoloniser les esprits"

Selon le régime militaire, la décision de l'OIF n'a aucune légitimité. Elle répond "au diktat de la France". "L'organisation se décrédibilise et a toujours été un instrument pour défendre les intérêts français et surtout pour faire avancer ses pions en Afrique". La France a pu même "imposer de manière non démocratique des candidats au poste de secrétaire général de l'organisation", selon les d'Abdourahamane Amadou.

"Le CNSP et le gouvernement du Niger appellent les peuples africains à une décolonisation des esprits et à la promotion de leur propre langue nationale et conformé aux idéaux des pères fondateurs du panafricanisme", a-t-il poursuivi. 

Lire : la Cour de justice de la Cédéao ordonne la remise en liberté "immédiate" de Mohamed Bazoum

Pour l'heure, l'OIF n'a pas réagi publiquement au communiqué du régime militaire nigérien présidé par le général Tiani. 

Le conseil permanent de l'OIF s'est réuni, le mardi 19 décembre, en session extraordinaire, moment où il a prononcé "la suspension de la République du Niger" de ses instances.

La Francophonie exige le "rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel et de la démocratie au Niger" et appelle les autorités de transition à établir "un chronogramme de sortie de transition avec une durée limitée dans le temps". Elle demande, en outre, la libération "immédiate" du président Bazoum.

Communiqué de presse de l'OIF sur le Niger

Mais le conseil permanent de l'OIF a aussi réaffirmé le maintien au Niger de programmes "bénéficiant directement aux populations civiles, et ceux concourant au rétablissement de la démocratie" dans son communiqué. C'est ainsi que, par exemple, l'OIF met en place des action pour doter les enfants d'un acte d'état civil si ils en sont dépourvus pour permettre d'éviter toute forme de déscolarisation.

Ce type de programme sera-t-il mis en danger par la décision du régime militaire de suspendre toute coopération avec l'OIF ?