Niger : quatre mois après le coup d’État militaire, où en est le pays ?

Quatre mois après le rensersement du président Mohamed Bazoum et l’arrivée au pouvoir des militaires conduits par le général Abdourahamane Tiani, où en est le Niger ? Les sanctions de la Cédéao, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, se font-elles de plus en plus sentir dans le pays ? Analyse. 

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Tiani et Goïta

Le général Abdourahamane Tiani (à gauche), aux côtés de son homologue le colonel Assimi Goïta, le 23 novembre 2023, à Bamako, au Mali. 

© Twitter présidence du Niger
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Au cours d’un vote le 23 novembre dernier, les députés du parlement européen ont validé une proposition de résolution commune sur la séquestration illégale du président nigérien Mohamed Bazoum. 

La situation confuse du président déchu Mohamed Bazoum

Initiée par le groupe Renew Europe, dans lequel on retrouve les députés proches du président Macron, cette résolution condamne le coup d’État.

Outre l’abandon des charges qui pèsent sur le président Bazoum, renversé le 26 juillet 2023 par un coup d’État militaire, le parlement européen exige la libération immédiate et inconditionnelle de Mohamed Bazoum, de sa famille, mais aussi des autres personnes détenues arbitrairement par les militaires au pouvoir à Niamey.

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Dans le même temps, le président nigérien déchu a saisi la cour de justice de la Cédéao d’une plainte pour séquestration et détention arbitraire. Mise en délibéré, la décision de la cour est attendue pour ce 30 novembre. 

En attendant, la situation de Mohamed Bazoum n’est toujours pas claire. « Je crois que les militaires au pouvoir à Niamey ont un prisonnier encombrant entre leurs mains. Ils ne savent pas ce qu’il faut en faire. C’est la première fois dans l’histoire politique du Niger qu’un président renversé reste au palais. », confie le journaliste et essayiste nigérien Seidik Abba.  

Le 1er novembre dernier, le procureur général près la cour d’appel de Niamey a affirmé qu’il y avait bien eu tentative d’évasion du président Mohamed Bazoum le 18 octobre. Mais là aussi, la situation reste quelque peu confuse.

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« La judiciarisation de cette affaire ne s’est pas encore faite. Un juge d’instruction n’a pas encore été désigné, pour mettre en route tout cela. Même sur ce plan, il n’y a pas de clarté véritable. Les partisans de Bazoum continuent de dénoncer le caractère invraisemblable de cette évasion », précise Seidik Abba.

Toujours au chapitre judiciaire, la cour de justice de la Cédéao a examiné le 21 novembre dernier, à Abuja, au Nigeria, la plaine du Niger contre l’organisation régionale qui lui impose des sanctions suite au coup d’Etat.

Les conséquences des sanctions économiques de la Cédéao

Les avocats de l’État du Niger plaident « la gravité de la situation » depuis que les sanctions économiques ont été prises contre le pays. Outre une augmentation des prix d’environ 15% selon la Banque mondiale, marchandises et produits alimentaires de base ne sont plus acheminés.

Les activités des banques sont bloquées et la fourniture d’électricité a été coupée par le Nigeria. « Aujourd’hui, on sent qu’il y a une crise profonde. Les banques ont dû prendre des mesures pour limiter les seuils de retrait. Il y a aussi des difficultés liées à la fermeture des frontières terrestres et aériennes. », souligne Seidik Abba.

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Et il ajoute : « Tout ceci a créé des pénuries, auxquelles il faut ajouter la dégradation des conditions de vie des populations. Le Nigeria a décidé de suspendre la fourniture d’électricité, et le pays ne produisant pas lui-même les quantités d’électricité suffisantes, on se retrouve vraiment dans une situation difficile. » 

Depuis quatre mois, la quasi-totalité des quartiers de la capitale subissent d’importantes coupure d’électricité. Selon le rapport 2022 de la Nigelec, le Nigeria fournissait 70% de la part d’électricité achetée par elle. 

Cette semaine, le ministre nigérien de l’Energie, Mahaman Moustapha Barké, a annoncé la mise en service par la société nigérienne d’électricité (Nigelec), d’une centrale photovoltaïque de 30 mégawatts, afin de compenser les pénuries dues à l’arrêt de la fourniture d’électricité par le Nigeria. 

Il est important aussi de souligner la résilience des populations nigériennes, et la mise en œuvre de solutions originales telles que le corridor du Burkina Faso.

Abdoul Aziz Issa Daouda, professeur à l’université Abdou Moumouni de Niamey

Avec 55 000 panneaux, cette centrale photovoltaïque est la plus grande infrastructure solaire réalisée dans le pays. Financée notamment par l’Agence française de développement et l’UE, elle avait été inaugurée le 5 juillet dernier par le président Mohamed Bazoum et Josep Borell, le chef de la diplomatie de l’UE.

« Il est important aussi de souligner la résilience des populations nigériennes, et la mise en œuvre de solutions originales telles que le corridor du Burkina Faso. Il faut saluer ici l’alliance avec le Burkina et le Mali, qui permet de faire face à certaines difficultés. », nous a confié Abdoul Aziz Issa Daouda, professeur à l’université Abdou Moumouni de Niamey.     

« En dehors du corridor, il y a l’approvisionnement en hydrocarbures au Mali et au Burkina, ce qui permet d’accroître la résilience des populations. La résilience et la dignité permettent aux populations de vivre à peu près normalement. », précise le professeur Abdoul Aziz Issa Daouda.

Les difficultés sécuritaires

Le 23 novembre dernier, le président du CNSP, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le général Abdourahamane Tiani, s’est rendu au Mali où il a rencontré son homologue Assimi Goïta, avant de rejoindre le Burkina Faso, où il a rencontré le capitaine Ibrahim Traoré, le président de la transition.

Les trois pays ont créé le 16 septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel, un pacte de défense qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des trois Etats, ainsi que des liens économiques renforcés.

Forces de défense

Des gardes nationaux nigériens devant un bureau des douanes, à Niamey, au Niger, le 21 août 2023.

© AP/Sam Mednick

Solidaires contre les pressions internationales qui poussent pour un retour à des régimes démocratiques, les autorités militaires de ces trois pays doivent également faire face à la lutte contre le djihadisme qui ravage leurs pays. 

Le week-end dernier, la ville de Djibo, située dans la région du Sahel, au Burkina Faso, a fait l’objet d’une attaque terroriste de grande ampleur. D’après l’agence d’information du Burkina, ce sont « près de 3 000 terroristes » qui ont attaqué la ville. 

En octobre dernier, ce sont les militaires au pouvoir à Niamey qui avaient annoncé que « plus d’une centaine de terroristes » avaient attaqué des forces de sécurité près de la frontière malienne, tuant au passage 29 soldats.

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Quelques jours plus tard, les autorités nigériennes ont décrété l’état d’urgence dans la région de Diaffa, dans le sud-est du pays, et certains départements des régions de Tahoua et Tillaberi, dans le sud-ouest.

« Contrairement à ce qu’on entend dans certains médias, pour ce qui concerne la sécurité, du point de vue militaire, je pense qu’il y a plus d’avancées à l’heure actuelle. », souligne à cet égard le professeur Abdoul Aziz Issa Daouda.

Quatre mois après la prise de pouvoir par les militaires au Niger, l’option d’une intervention militaire de la Cédéao semble désormais définitivement écartée. Les autorités nigériennes ont récemment demandé la médiation du Togo, afin de renouer avec la communauté internationale, notamment les pays d’Afrique de l’Ouest.

Malgré la mise en place de deux institutions, la Cour d’État et la Commission de lutte contre la corruption, l’agenda de la transition au Niger n’est toujours pas connu. Le général Tiani avait pourtant annoncé peu après sa prise de pouvoir qu’elle n’excéderait pas trois ans. Il a également promis la mise en place d’un dialogue national qui tarde encore à voir le jour.