Niger : qui soutient Mohamed Bazoum au sein de la communauté internationale ?

Les hommes du général Tchiani, chef de la garde présidentielle nigérienne, ont renversé le président Mohamed Bazoum mercredi 26 juillet. Ce putsch militaire est vivement condamné par les partenaires occidentaux du Niger. Sur le continent africain, les soutiens au chef d’État déchu se font entendre. Tour d’horizon. 

Image
mohamed bazoum à paris 2021

Photo d'archive. Le président du Niger Mohamed Bazoum à Paris, à l'Élysée, lors d'une rencontre avec Emmanuel Macron et les dirigeants du pays du G5 Sahel.

AP/Stephane de Sakutin
Partager3 minutes de lecture

Depuis le putsch contre le président élu Mohamed Bazoum, ce dernier demeure à ce jour séquestré dans sa résidence par des membres de la garde présidentielle. Leur chef, le général Abdourahamane Tchiani, s’est présenté comme le nouvel homme fort du pays dans une allocution télévisée, expliquant notamment que le coup d'État militaire débuté mercredi était lié à la "dégradation de la situation sécuritaire" dans le pays. 

Depuis ces déclarations, ce militaire de carrière, en charge depuis 2011 de la garde présidentielle, a été proclamé chef d’État du pays par ses pairs. 

Réactions sur le continent africain

À Nairobi, le président kenyan William Ruto estime lui qu'avec ce putsch, "l'Afrique a subi un sérieux revers dans ses avancées démocratiques". “Je condamne fermement le coup d’État militaire au Niger contre un président démocratiquement élu”, a déclaré de son côté son homologue sénégalais Macky Sall. “La prise de pouvoir par la force est inacceptable. La sécurité et la sûreté du Président Mohamed Bazoum et de sa famille doivent être préservées et l’ordre constitutionnel restauré”, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Tweet URL

Ce coup de force a été condamné par l'Union africaine (UA) à travers la voix de son président Azali Assoumani, chef d’État comorien. Le Conseil de paix et de sécurité de l'UA "exige des militaires le retour immédiat et sans condition dans leurs casernes et le rétablissement de l'autorité constitutionnelle, dans un délai maximum de quinze jours", dans un communiqué publié après une réunion vendredi de cette instance. 

Après avoir condamné l’éviction du président Bazoum, de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) à laquelle appartient le Niger, a annoncé l’organisation d’un "sommet spécial". Il aura lieu dimanche 29 juillet à Abuja au Nigeria. Objectif : évaluer la situation après le putsch. Des sanctions pourraient être prises à l’encontre du nouveau régime de Niamey.

Tweet URL


Vers une suspension des aides internationales ?

La Banque mondiale indique qu’elle “condamne fermement toute tentative de prise de pouvoir par la force”, faisant notamment référence aux “évènements qui se déroulent actuellement au Niger”. “Nous apprécions notre partenariat de longue date avec le Niger et suivons l’évolution de la situation”, a aussi indiqué la Banque mondiale dans un communiqué publié au lendemain du coup d'État.

L'Union européenne de son côté "ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas les autorités issues du putsch" a déclaré le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell. Outre la suspension de toute aide budgétaire, toute "coopération dans le domaine sécuritaire" est suspendues sine die avec effet immédiat", a-t-il ajouté.

Tweet URL

Vendredi 28 juillet, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a apporté un “'indéfectible soutien" à Mohamed Bazoum avec qui il a pu échanger par téléphone, selon les informations fournies par la Maison Blanche. Washington a souligné que le coup d'État met en péril "des centaines de millions de dollars d'aide", mais les États-Unis devraient continuer à oeuvrer à la "pleine restauration de l'ordre constitutionnel et de la gouvernance démocratique au Niger" selon le porte-parole de la diplomatie américaine Matthew Sullivan.

niger rencontre bazoum blinken mars 2023

À droite le président du Niger Mohamed Bazoum, à gauche le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken. Les deux hommes se sont rencontré à Niamey le 16 mars 2023 dans l'enceinte du palais présidentiel.

AP/Boureima Hama

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Volker Türk a demandé jeudi que le président nigérien Mohamed Bazoum, séquestré par des militaires qui affirment l'avoir renversé, soit "libéré immédiatement et sans condition". Par ailleurs, depuis la proclamation du régime putschiste, les opérations humanitaires de l'ONU au Niger  "sont suspendues" en raison du coup d’État, a annoncé jeudi le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric. Le pays fait déjà face à une situation humanitaire "complexe", rappelle l’ONU, tandis que l'ONG Human Rights Watch a elle estimé que les droits humains sont "menacés" après le putsch. 

Quid des forces déployées au Niger ?

En France, Emmanuel Macron a condamné "avec la plus grande fermeté" le coup d'État. À l'instar de l'Union européenne, le ministère français des Affaires étrangères a assuré que la France "ne reconnaît pas”, elle non plus, les autorités arrivées au pouvoir à l’issue du putsch. À Paris, le chef d’État français préside samedi 29 juillet un Conseil de défense et de sécurité nationale sur la situation au Niger. En ligne de mire, notamment : la situation des 1.500 soldats français qui sont actuellement déployés au Niger et qui travaillaient jusqu'ici avec l'armée nigérienne.

Nous suivons la situation au Niger de près. Le Niger est un partenaire important pour la Défense et la Belgique dans la région du Sahel, et joue un rôle important pour la stabilité de la région”, a déclaré de son coté Ludivine Debonder, la ministre belge des de la Défense, mercredi 26 juillet. La Belgique mène actuellement une mission militaire au Niger dans le cadre d’une coopération entamée au début des années 2000. Plus de 320 soldats belges sont présents dans le pays.

Tweet URL

 

À ce jour, les putschistes qui ont renversé Mohamed Bazoum, ont mis en garde contre "toute intervention militaire étrangère". "Certains anciens dignitaires terrés dans des chancelleries en collaboration avec ces dernières, sont dans une logique de confrontation", ont-ils indiqué dans un communiqué lu à la TV nationale. Selon eux, une "attitude belliqueuse, dangereuse et périlleuse" qui "n'aura d'autre résultat que le massacre de la population nigérienne et le chaos".