Afrique

Ouganda: la taxe sur l'utilisation des réseaux sociaux va être réexaminée

Des militants manifestent contre une taxe imposée par le gouvernement ougandais sur l'usage des réseaux sociaux le 11 juillet 2018 à Kampala
Des militants manifestent contre une taxe imposée par le gouvernement ougandais sur l'usage des réseaux sociaux le 11 juillet 2018 à Kampala
afp.com - Isaac Kasamani
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Le gouvernement ougandais a annoncé mercredi qu'une taxe controversée sur l'utilisation des réseaux sociaux allait être réexaminée, après qu'une manifestation eut été violemment réprimée par la police.

Le Premier ministre Ruhakana Rugunda a déclaré devant le Parlement que le président Yoweri Museveni avait "encouragé de nouvelles discussions" sur cette taxe très critiquée.

"Le gouvernement est maintenant en train de revoir les taxes pour prendre en considération les inquiétudes du public", et un projet de loi révisé sera débattu le 19 juillet au Parlement, a précisé M. Rugunda.

Depuis le début du mois, les utilisateurs des réseaux sociaux doivent s'acquitter d'une taxe quotidienne de 200 shillings par jour (0,04 euro) pour accéder à WhatsApp, Facebook et Twitter, ainsi que des sites de rencontre comme Tinder ou Grindr.

La semaine passée, le président Museveni, lui-même un utilisateur régulier des réseaux sociaux avec notamment 855.000 abonnés sur Twitter, avait défendu cette taxe en estimant que les Ougandais ne devraient pas "donner de l'argent à des compagnies étrangères en discutant ou même en mentant" sur les réseaux.

Cette taxe a été dénoncée comme une entrave à la liberté d'expression par de nombreux hommes politiques d'opposition et des membres de la société civile.

Mercredi, avant que M. Rugunda ne s'exprime devant le Parlement, une manifestation ayant attiré des dizaines de personnes a été brutalement réprimée par la police, qui a tiré à balles réelles et utilisé du gaz lacrymogène.

L'événement a dégénéré quand un large groupe de vendeurs de rues et de taxi-motos s'est opposé à la police en tenue anti-émeute, pour certains en lançant des pierres, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Du gaz lacrymogène a été utilisé et des balles réelles ont été tirées en l'air pour disperser la foule", a indiqué à l'AFP un porte-parole de la police, Luke Owoyesigire, ajoutant que deux manifestants avaient été arrêtés.

"Pendant cette marche illégale, les policiers ont dû agir. Certains de nos policiers ont été agressés", a-t-il ajouté.

Le député d'opposition et chanteur Bobi Wine, élu l'an passé grâce à une campagne menée notamment sur internet et qui a dénoncé une taxe destinée "à museler les réseaux sociaux", figurait parmi les manifestants.

La police a tenté d'arrêter Bobi Wine, mais les partisans du député l'en ont empêché et il a pu gagner le Parlement.

"Nous avons marché pour montrer notre mécontentement envers les taxes sur les réseaux sociaux et sur les transferts d'argent par téléphone mobile", a expliqué l'un des manifestants, le respecté journaliste de télévision Raymond Mujuni.

"Nous avons informé la police de notre intention de manifester, donc nous sommes consternés qu'elle ait fait preuve d'une telle brutalité et utilisé des balles réelles pour disperser cette manifestation pacifique", a-t-il ajouté.

Une autre taxe de 1% imposée sur les transactions financières réalisées par téléphone mobile, un mode de paiement et de versement des salaires très populaire en Afrique de l'Est, a aussi provoqué la colère du monde des affaires.