Afrique

A Pau, Emmanuel Macron réunit les chefs d'État du G5 Sahel

A Pau, les présidents français, malien, nigérien, burkinabè, mauritanien et tchadien ont rendu hommage ensemble, lundi 13 janvier, aux soldats français morts en opération au Mali dans le cadre de l'opération Barkhane. 
A Pau, les présidents français, malien, nigérien, burkinabè, mauritanien et tchadien ont rendu hommage ensemble, lundi 13 janvier, aux soldats français morts en opération au Mali dans le cadre de l'opération Barkhane. 
©AP Photo/Alvaro Barrientos, Pool

Face à la multiplication des attaques jihadistes au Sahel, le président français réunit lundi à Pau, dans le sud-ouest de la France, les présidents de cinq pays de la région sahélienne. Avec pour objectif de renforcer la légitimité contestée des militaires français déployés sur place et mobiliser les alliés européens.

Confrontés à des offensives jihadistes de plus en plus sanglantes, Emmanuel Macron et les présidents de cinq pays sahéliens ont commencé à débattre lundi des moyens de renforcer leur coopération militaire et de mobiliser de nouveaux alliés, à l'heure où les Etats-Unis entendent réduire leur présence.

Le président français et ses cinq alliés du G5 Sahel - Roch Marc Christian Kaboré (Burkina), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie), Mahamadou Issoufou (Niger) et Idriss Déby Itno (Tchad) - étaient réunis lundi au château de Pau, ville du sud-ouest de la France endeuillée par la perte de sept de ses militaires au Mali.

Avant le début du sommet, ouvert vers 17H00 (16H00 GMT) au pied des massifs pyrénéens enneigés, les six chefs d'Etat ont déposé des couronnes fleuries en hommage à ces militaires qui comptaient parmi les 13 victimes d'une collision de deux hélicoptères fin novembre et appartenaient tous au 5e régiment d'hélicoptères de combat de Pau.

Sinistre rappel de la détérioration de la situation sécuritaire, ce sommet se tient au lendemain de l'annonce des pires pertes subies par l'armée nigérienne jeudi dans une attaque jihadiste : 89 soldats tués, dans le camp de Chinégodar, près du Mali. "Le président Issoufou s'est recueilli sur les tombes des soldats tués, peu avant de s'envoler pour Pau", a rapporté la présidence nigérienne.

Outre les présidents du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), le sommet accueillera lundi soir le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki et le président du Conseil européen, Charles Michel.

Les cinq dirigeants avaient été conviés à Pau début décembre par le président français, irrité par les critiques de leurs opinions publiques contre les 4.500 soldats de la force Barkhane et des déclarations jugées ambiguës de certains de leurs ministres. Cette décision faisait suite à la mort de treize soldats français au Mali fin novembre dont sept étaient originaire du régiment de Pau.

En lançant cette invitation surprise, perçue comme une "convocation" par les présidents sahéliens, Emmanuel Macron avait averti qu'il mettrait toutes les options sur la table, y compris celle d'un retrait ou d'une décrue de Barkhane. Le président français avait toutefois reporté d'un mois ce sommet après l'attaque meurtrière du camp nigérien d'Inates (71 morts), la plus sanglante depuis 2015.
 

"Relégitimiser" la présence française


A Pau lundi, Paris veut avant tout obtenir une déclaration commune des cinq pays qui soulignera que la France agit à la demande de ses dirigeants afin de "relégitimiser" sa présence,, explique l'Elysée, qui dénonce un "narratif anti-français". 
"Il faut tout d'abord obtenir des responsables politiques une position nette sur ce qu'ils souhaitent ou pas", a tranché la ministre des Armées Florence Parly samedi. 
"La rencontre sera décisive, en ce qu'elle permettra de mettre sur la table toutes les questions, tous les griefs, toutes les solutions", avait jugé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta début janvier.

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Outre son volet politique, le sommet de Pau vise aussi à recadrer la stratégie militaire contre les jihadistes dans cette zone aussi vaste que l'Europe et à appeler à une participation accrue des alliés internationaux, surtout européens.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou entend ainsi lancer à Pau "un appel à la solidarité internationale" pour que le Sahel et la France ne soient pas seuls dans ce combat contre le "fléau" jihadiste, a-t-il déclaré.       
                  
La France est par ailleurs en train de mettre sur pied une opération baptisée "Tacouba", réunissant des forces spéciales d'une dizaine de pays européens.
Paris espère que le sommet de Pau convaincra des Européens favorables à la lutte contre les jihadistes dans cette région menacée mais inquiets de voir la France critiquée sur place et sans bénéfice politique de son intervention. 
 


Autre inquiétude, les hésitations des Américains, dont l'appui militaire dans la région est irremplaçable, explique l'Elysée. Car depuis l'attaque d'Inates, le sang a encore coulé dans cette zone sahélienne semi-désertique, devenue depuis 2012 le terrain d'action de plusieurs groupes jihadistes, pour certains affiliés à Al-Qaïda ou à l'État islamique. 
 

Situation "alarmante"


77 terroristes et 89 militaires ont été tués jeudi à Chinédogar, aux confins du Niger et du Mali. Et à la veille de Noël, le Burkina Faso subissait son attaque la plus meurtrière: sept militaires et 35 civils étaient tués à Arbinda.

Des attaques de plus en plus audacieuses face auxquelles la force conjointe du G5 Sahel, lancée en 2017, semble impuissante. Les armées sont disparates, souvent sous-équipées et mal formées, et les promesses de financement de la communauté internationale tardent à se matérialiser. Seuls 300 millions de dollars sur les 400 promis ont été apportés l'an dernier, selon la présidence française.

La France, qui avait réussi à juguler une offensive dans le nord du Mali en 2013, ne parvient pas à empêcher l'extension du conflit. Même si les Français ont multiplié les contre-offensives ces dernières semaines. Des "succès" militaires qui ne se voient pas assez, regrette l'Elysée.

Pour Antonio Guterres, la détérioration de la situation sécuritaire au Mali et dans la région du Sahel est "alarmante". "Les groupes terroristes gagnent du terrain", avertissait-il début janvier. Selon l'ONU, plus de 4.000 personnes ont été tuées dans des attaques terroristes en 2019 au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le nombre des déplacés a été multiplié par 10, approchant le million.