Portrait de Félix Tshisekedi, réélu président de la République Démocratique du Congo

Félix Tshisekedi est réélu avec 73,34% des suffrages lors la présidentielle du 20 décembre 2023 selon les résultats provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Portrait d'un président élu dans la controverse qui s'est imposé à l'épreuve du pouvoir.

Image
tshisekedi vainqueur

Félix Tshisekedi salue ses partisans juste après l'annonce de sa réélection selon les résultats provisoires de la Céni.

JOEL LUMBALA / AFPTV / AFP
Partager2 minutes de lecture

Félix Tshisekedi est donné vainqueur de la présidentielle du 20 décembre en RDC avec 73,34% des voix selon les résultats provisoires complets livrés par la Ceni le 31 décembre. La réélection du président sortant est sans surprise au vu des résultats partiels égrenés qui le donnaient largement en tête.

En revanche, ses rivaux Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Denis Mukwege et d'autres candidats dénoncent un "simulacre d'élections" avec des "fraudes organisées". La Mission d'observation électorale des églises catholique et protestante de République Démocratique du Congo avait, elle, "documenté de nombreux cas d'irrégularités susceptibles d'affecter l'intégrité des résultats de différents scrutins, en certains endroits", selon Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

Un héritier politique dans l'ombre du père

A 60 ans, après un premier quinquennat, Félix Tshisekedi s'impose avec une large avance sur ses adversaires. Avant son accession au pouvoir, son parcours politique s'est fait dans l'ombre de son père Étienne Tshisekedi,  surnommé le Sphinx, décédé en 2017, une figure historique de l’opposition depuis l'époque Mobutu. Félix Tshisekedi a passé une grande partie de sa vie en exil à Bruxelles, loin de la RDC.

Troisième d'une famille de cinq enfants, il a hérité du parti de son père, l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) dont il en prendra la présidence en 2018. En novembre 2011, il est élu député de Mbuji-Mayi dans le Kasaï où la famille avait été contrainte de s'installer en quittant Kinshasa. Il refuse de siéger à l'Assemblée nationale pour dénoncer les fraudes, à l'instar de son père qui estime avoir remporté la présidentielle de 2011 face à Joseph Kabila donné vainqueur. 

Une accession au pouvoir controversée

Lors de la présidentielle de décembre 2018, Félix Tshisekedi quitte l'alliance de l'opposition derrière un candidat unique et se présente à la tête d'une coalition  Cap pour le Changement avec Vital Kamerhe, un autre poids lourd de l'opposition.

Félix Tshisekedi est donné vainqueur de la présidentielle avec 38% des voix. Cette élection est contestée par l'opposant Martin Fayulu donné second qui estime avoir remporté le scrutin s'appuyant sur les résultats compilés par  la Conférence épiscopale nationale du Congo. La Cenco assure que les résultats officiels ne correspondent pas à la vérité des urnes au vu de ses propres observations du scrutin.

Félix Tshisekedi est investi président. Cette alternance politique est marquée par un rapprochement entre le nouveau président et le camp de Jospeh Kabila qui conserve la majorité à l'Assemblée nationale.

Un président émancipé à l'épreuve du pouvoir

L'entente avec le camp Kabila va s'effondrer au bout de deux ans et Félix Tshisekedi fonde une nouvelle majorité appelée "Union sacrée".

Le nouveau président Félix Tshisekedi veut mettre en œuvre son programme d'urgence des 100 jours basé sur des grands travaux. Mais le projet dirigé au niveau de la présidence est terni par un scandale de corruption. Son allié Vital Kamerhe devenu directeur de cabinet est condamné en juin 2020 à 20 ans de prison pour détournement de fonds publics. Mais il sera finalement acquitté deux ans après et devient vice premier ministre avec le portefeuille de l'Économie en 2023. 

En rupture avec l'ère Kabila, le président Tshisekedi favorise la décrispation politique. Une de ses mesures emblématiques est la gratuité de l'enseignement de base. 

Félix Tshisekedi est attendu sur de nombreux chantiers sur le plan économique et social, la lutte contre la pauvreté et la lutte contre la corruption. Cinq ans après, les résultats sont mitigés.

Échec sécuritaire à l'est et le Rwanda comme ennemi

Sur la scène internationale, le président Tshisekedi accède à la présidence de l'Union africaine en février 2021 pour une année. Par la suite, il prend pour un an la présidence de la Communauté des États d'Afrique Australe jusqu'en août 2023. 

Félix Tshisekedi s'engage résolument sur le plan sécuritaire. Il lance un programme de démobilisation et de désarmement des groupes rebelles. Il décrète l'état d'urgence dans les provinces de l'est du Nord-Kivu et de l'Ituri meurtries par des décennies d'insécurité. Il donne son accord à une force militaire régionale de la Communauté des États d'Afrique de l'Est.

Mais là aussi, les résultats ne sont pas probants et la force est-africaine s'est retirée, jugée inefficace. Une nouvelle force régionale d'Afrique australe commence à s'installer. La rébellion du M23 vaincue en 2012 a ressurgi et occupe désormais une partie du territoire. Félix Tshisekedi accuse le Rwanda de soutenir le M23 et d'agression armée à l'est du pays ce que Kigali dément. L'ONU et plusieurs chancelleries occidentales dénoncent le soutien du Rwanda à la rébellion du M23. Jusqu'à la fin de son quinquennat et pendant sa campagne électorale, Félix Tshisekedi tient un discours offensif sur le Rwanda.