Afrique

Pourquoi l'Afrique francophone peine à exporter ses innovations technologiques

Le stand du Sénégal lors du CES 2019 à Las Vegas
Le stand du Sénégal lors du CES 2019 à Las Vegas
©TV5MONDE

Les innovations africaines ne manquent pas. Le continent est même en pointe dans certains domaines, comme le paiement par mobile. Pourtant, les start-ups issues de pays africains francophones étaient peu nombreuses au dernier CES de Las Vegas, la grand-messe mondiale des nouvelles technologies.

Il est important pour toutes les entreprises technologiques du monde de se montrer au CES de Las Vegas. Il s'agit de se démarquer parmi les quelque 4500 exposants de ce gigantesque salon, qui voit passer plus de 170 000 visiteurs chaque année.

Lors de l'édition 2019, la présence d'exposants africains était moins importante que l'année précédente. Les principaux représentants du continent sont venus d'Egypte, d'Afrique du Sud ou d'Ouganda.

Côté Francophones, une entreprise sénégalaise était à Las Vegas. La start-up Orbus Pay, soutenue par l'incubateur de Dakar Gainde 2000, a pu faire le déplacement, pour la deuxième année consécutive. Elle présentait aux visiteurs son agrégateur de moyens de paiement. 

Parmi les présents également : le Maroc. Le Royaume avait envoyé pas moins de neuf start-ups, sélectionnées par les autorités. Parmi elles, Meta Technologies développe une caméra de surveillance qui promet aussi de préserver l'anonymat des personnes filmées.

Mais ce CES 2019 a aussi été marqué par des absences.  Par exemple, aucune des deux entreprises maliennes présentes l'an dernier n'a pu faire le déplacement lors de la dernière édition du salon.
 

Pourquoi une présence en baisse ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette désaffection. D'abord, les autorités américaines rechignent à délivrer des visas aux entrepreneurs africains. Il y a au moins une start-up sénégalaise qui devait faire le déplacement et qui n'a pu obtenir le précieux sésame. Le stand de Sika Technologies est resté vide pendant toute la durée du salon.

Le deuxième facteur est sans doute le principal : la question financière. Exposer dans les allées du CES coûte cher. La délégation sénégalaise a ainsi déboursé 30 000 euros en 2019. Ce montant inclus le vol, l'hébergement et surtout la location d'un stand dans les allées de l'Eureka Park, le site dédié aux "jeunes pousses".

Beaucoup de start-ups n'ont pas les moyens de payer une telle somme. La plupart de celles qui ont pu faire le déplacement ont ainsi bénéficié du soutien financier d'organismes privés ou publics.

La délégation du Sénégal, incluant Orbus Pay, a ainsi été financée par quatre sponsors : l'opérateur Orange, la société d'électricité du Sénégal Senelec, l'entreprise Baamtu et l'incubateur Gainde 2000.

L'an dernier, c'était le ministère de l'Economie malien qui avait payé le déplacement des deux représentants maliens. Manifestement, le gouvernement n'a pas souhaité renouveler l'expérience en 2019.

Ce soutien financier paraît en tout cas incontournable quel que soit le pays d'origine des "jeunes pousses". Le déplacement et le stand de la plupart des start-ups françaises, wallonnes, québécoises ou suisses étaient également financés -en tout ou partie- par des régions, des collectivités ou des entreprises privées.
 

Quel intérêt pour les entreprises africaines de se rendre au CES ?

Les innovateurs qui parviennent à surmonter les obstacles pour faire le déplacement ont tout à y gagner. Beaucoup d'entreprises africaines démontrent des technologies qui sortent du lot, tout simplement parce qu'elles sont adaptées aux spécificités du continent africain.

Parmi ces spécificités : les moyens de paiement par exemple. Le téléphone mobile est beaucoup plus utilisé en Afrique qu'ailleurs pour des échanges financiers.  

De son côté, l'entreprise malienne Lenali, présente au CES 2018, a développé un réseau social spécifique. Une sorte de Facebook vocal utilisable en langue locale, même pour des personnes qui ne savent pas lire ou écrire. Elles peuvent interagir en bambara ou en songhaï par exemple. Et ça, les grands groupes américains ne savent pas (encore) le faire.


>>> Revoir l'analyse d'Antoine Fonteneau, de retour du CES 2019, dans le Journal Afrique de TV5MONDE (16 janvier 2019) : 
 
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