Afrique

Présidentielle 2022 : le duel Macron-Le Pen vu par la presse africaine

Le président sortant Emmanuel Macron, lors d'un meeting de campagne, à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 18 mars 2022.
Le président sortant Emmanuel Macron, lors d'un meeting de campagne, à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 18 mars 2022.
© AP Photo/Bob Edme

L’élection présidentielle française est un événement médiatique quasi planétaire, et l’Afrique n’y échappe pas bien entendu. Au lendemain du premier tour de ce scrutin majeur, petit tour d’horizon la presse francophone du continent.

Sur le continent africain, la presse francophone évoque très largement l’élection présidentielle française. A quelques exceptions près, la plupart de nos confrères se contentent cependant d’une approche très factuelle. Ainsi, au Burkina Faso, le quotidien national Sidwaya évoque à la une de sa page internationale le duel à venir entre le président sortant Emmanuel Macron, et Marine Le Pen, la cheffe de file du Rassemblement national.

Un remake du précédent scrutin

Après avoir rappelé que cette élection apparaît comme un remake de la précédente, celle de 2017, notre confrère Sidwaya évoque ce scrutin en des termes plutôt théâtraux.
« A défaut d’un jeu politicien, écrit notre confrère Jean Philippe Tougouma de Sidwaya, c’est bien d’une commedia dell’arte que les Français donnent au reste du monde. Vu de l’Afrique, sans le cacher, le bon profil, sinon le bon favori, reste bien Emmanuel Macron. Un Macron qui, donnant l’impression d’avoir offert une sépulture dorée à la Francafrique, l’a réveillée de manière abrupte en s’imposant comme le défenseur d’une Afrique sous giron français. Barkhane au Mali et dans les pays du Sahel en atteste. Et montre que l’Afrique compte pour la France. Reste aux Africains de ne plus se laisser conter, mais de compter. En d’autres termes, de se trouver cette sortie d’une emprise qui n’a que trop duré […] »
(Re)voir : "Présidentielle : les résultats du premier tour"

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Toujours au Burkina Faso, notre confrère Le Pays s’interroge à la une de son site internet : « Présidentielle française vue d’Afrique : et si on s’inspirait des bonnes pratiques ? »
Après avoir rappelé le bon déroulement du scrutin en France et l’absence de toute contestation de la part des candidats non qualifiés pour le second tour, notre confrère Le Pays souligne : « En Afrique, les résultats mettent une éternité avant d’être publiés. Et cela est plus imputable à la volonté du prince régnant de les manipuler en sa faveur qu’au manque de technologie efficace de traitement et de publication des résultats des urnes. Dans ces conditions, l’on peut comprendre pourquoi les résultats des élections, en Afrique, ont presque toujours donné lieu à des palabres et à des bagarres qui débouchent très souvent sur des drames. Bien sûr, il est des cas isolés où la transparence et la diligence sont au rendez-vous. Mais là aussi, certains candidats malheureux, par mauvaise foi, contestent systématiquement les résultats. Dans l’un ou l’autre cas, l’on peut dire que l’Afrique s’offre en spectacle de désolation, aux autres. »

(Re)voir : "La présidentielle française vue d'Afrique"

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Dans le Maghreb, au nord du continent, c’est le quotidien algérien Liberté, qui, malgré l’annonce d’une fermeture imminente, se distingue dans le traitement de la présidentielle française.
Sous la plume de Karim Benamar, l’on peut notamment lire ceci : « Ainsi donc, le président sortant confirme son ascendant sur le paysage politique français et continue à dynamiter une classe politique traditionnelle. Il s’agit, en effet, de la recomposition d’un champ politique déjà amorcée lors de la présidentielle de 2017. En dépit d’une implication peu énergique dans la campagne électorale, le locataire de l’Élysée a su consolider sa base électorale et réaliser un score plus élevé que celui obtenu lors de la précédente élection. Le second tour s’annonce alors explosif. Deux visions irréconciliables d’une France profondément divisée qui s’affronteront le 24 avril prochain. »

Des débats escamotés

En Algérie toujours, le quotidien national d’information L’Expression rappelle tout d’abord le contexte de la campagne électorale française, marquée notamment par la pandémie de covid19 et la guerre en Ukraine.
Un contexte qui a contribué selon notre confrère, à escamoter l’essentiel des grandes questions qui auraient dues être débattues lors de cette campagne. « Pourtant, écrit notre confrère de L’Expression, ce ne sont pas les sujets qui manquent, entre les questions de l'énergie, les changements climatiques avec une catastrophe qui prend forme de plus en plus ou les bouleversements géostratégiques partout dans le monde et, notamment, en région méditerranéenne et en Afrique. À cela s'ajoute le bilan effroyable de dizaines de millions de morts et de laissés- pour- compte que le coronavirus a infligé. À l'heure où tout indique que la mondialisation imposée en 1991, au lendemain de la chute de l'ex-URSS, est à bout de souffle, la France constate une indéniable déconnexion entre le champ politique et la conscience citoyenne. »

(Re)voir : "Extrait de la déclaration du président sortant Emmanuel Macron"

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Au Maroc, notre confrère L’Opinion s’attarde quant à lui sur les mots du président Emmanuel Macron. Et voici ce qu’il écrit : « Le président sortant a dit vouloir « une France qui s'inscrit dans une Europe forte, qui continue de nouer des alliances avec les grandes démocraties pour se défendre, pas d'une France qui est sortie de l'Europe et n'aurait pour seuls alliés que l'internationale des populistes et des xénophobes », a-t-il dit, en référence à Mme Le Pen qui entretient par exemple des bonnes relations avec le Premier ministre populiste hongrois Viktor Orban. Deux principaux défis se dresseront sur la route des deux prétendants : l'abstention qui a été très forte, un peu en dessous de 30% selon les estimations, et le report de voix qui est incertain, tant est vive la défiance des Français envers la politique et pour certains envers la politique menée par Emmanuel Macron, qu'ils qualifient de « président des riches ».

(Re)voir : "Extrait de la déclaration de Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national"

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Bien plus au sud, notre confrère en ligne Les Echos du Congo Brazzaville rappelle que le président sortant Emmanuel Macron et la candidate du Rassemblement national se sont hissés en tête du premier tour de l’élection présidentielle. « Pour la deuxième fois dans l'histoire de la Ve République, écrit notre confrère congolais, les français s'apprêtent à vivre le match retour d'une affiche à laquelle ils ont déjà assisté. Les deux candidats, qui se sont affrontés en 2017, seront départagés par les électeurs le dimanche 24 avril prochain, jour du second tour. » Constat presqu’identique sous la plume de Mamadou T. Diatta du journal sénégalais d’informations générales Le Quotidien.  

Toujours au Sénégal, notre confrère de l’Agence de Presse Sénégalaise se projette déjà sur le second tour. Ambassadrice de l’Union européenne au Sénégal, la franco-allemande Irène Mingasson a confié à notre confrère s’attendre à une « remobilisation des abstentionnistes du premier tour de l’élection présidentielle française lors du second, qui aura lieu le 24 avril. Le second tour est généralement le moment où ceux qui se sont abstenus au premier tour se remobilisent. C’est ce qu’il faut espérer, c’est ce qu’il faut attendre d’une démocratie vivante et dynamique comme la nôtre. »