Présidentielle au Sénégal : Bassirou Diomaye Faye reprend le flambeau d'Ousmane Sonko pour le Pastef

 "Parrainer Diomaye, c'est parrainer Sonko !" Ce nouveau slogan déployé en bannière trône sur la page Facebook du Pastef et de plusieurs membres dirigeants de cette formation politique depuis ce dimanche 19 novembre 2023. Alors que se termine cette période cruciale de collecte des parrainages, le parti de l'opposition prend les devants et dégaine un plan B pour la présidentielle sans totalement faire une croix sur le plan A. Avec Bassirou Diomaye Faye, le compagnon de route d'Ousmane Sonko et secrétaire général du Pastef, le parti s'assure d'être représenté au scrutin du 25 février 2024.

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Plain Faye

Le leader d'opposition Bassirou Diomaye Faye (Pastef), invité du Journal Afrique TV5MONDE du 8 juin 2022

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La contre-attaque de Pastef ne s'est pas fait attendre. Deux jours après la décision de la Cour suprême de renvoyer Ousmane Sonko devant le tribunal d’instance hors classe de Dakar, son parti, le Pastef, le Parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la Fraternité a enclenché ce dimanche 19 novembre 2023, la phase 2 de son plan. 

Bannière Pastef

Sur Facebook, le Pastef diffuse ces bannières pour encourager le parrainage en faveur du candidat Bassirou Diomaye Faye

Il faut rappeler que la décision judiciaire de ce vendredi (NDLR : 17 novembre 2023) a cassé le jugement qui permettait à Ousmane Sonko de revenir dans la course à la présidentielle de février 2024. De plus, Faye devient une alternative crédible, puisque les autorités refusent de donner à Sonko, ses fiches de parrainages nécessaires à la collecte de ces soutiens populaires. Le plan détaillé du Pastef est révélé dans un long communiqué officiel publié sur Facebook. Le choix du Pastef se porte aujourd'hui sur Bassirou Diomaye Faye, car rien ne garantit que la candidature Sonko pourra être homologuée.

Solution de repli ?

Un choix de Bassirou Diomaye Faye qui peut néanmoins interroger vu qu'il est lui aussi en détention. Au sein des cadres du Pastef, candidats déclarés à la candidature, Bassirou Diomaye Faye, 43 ans, a fait ses preuves. Selon El Malick Ndiaye, haut responsable national de la communication du Pastef, "Bassirou est respecté sur le plan national et par tous les adversaires politiques et les intellectuels du pays."

Et puis, sur le plan judiciaire à la différence, d'Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye "jouit toujours de tous ses droits civiques", rappelle El Malick Ndiaye. Il souligne que Bassirou Diomaye Faye poursuivi notamment pour outrage à magistrat, est en "détention préventive". Cela signifie que "son dossier (judiciaire) n'est pas encore ouvert" selon El Malick Ndiaye. C'est un élément déterminant car à trois mois du scrutin, les délais sont désormais trop courts pour monter une instruction contre Bassirou Ndiaye Faye. Ce genre de procédure judiciaire se construit sur un an. Parfois en six mois mais pas moins.

La stratégie du Pastef exprimée dans le communiqué est donc de s'émanciper de ce "yo-yo judiciaire" qui, selon lui vise à "retarder" l'organisation du parti d'opposition lors de ces élections. Une course contre la montre s'est enclenchée pour les parrainages qui sont récoltés depuis le 27 septembre. La collecte se termine le 11 décembre.

Le Pastef dispose déjà des parrainages politiques, mais considère qu'il montrera sa force et son poids dans le pays en faisant valider le plus possible de fiches 111. Ce sont les bordereaux fournis par les autorités et qui permettent d'obtenir les signatures de parrainages populaires. L'objectif est d'atteindre deux millions de parrainages.

Bassirou Diomaye Faye, "l'autre Ousmane Sonko" ?

Né à Ngiaganiao, le plus grand village du département de Mbour, (ouest du Sénégal) Bassirou Diomaye Faye a été, enfant, inscrit à l'école primaire de la mission catholique de son village. Il poursuivra son parcours au collège qui porte le nom de son grand-père, un vétéran de la guerre 14-18, très impliqué dans l'éducation des plus jeunes. Bassirou Diomaye Faye vient d'une famille très politisée. Son père était notamment membre du parti socialiste sénégalais. Après le bac, en jeune adulte, Bassirou Diomaye Faye prend la direction de Dakar pour étudier à l'Université Cheikh Anta Diop et à l'École Nationale d'Administration (ENA). Diplômé, il opte pour une carrière dans l’Administration fiscale et c'est là qu'il fait la connaissance d'Ousmane Sonko, 49 ans, son aîné. Les deux hommes qui ont un parcours académique à peu près similaire se lient d'amitié. Ils ont monté ensemble le premier syndicat des agents des impôts et domaines. Depuis 2018, Bassirou Diomaye Faye est le secrétaire général de ce syndicat.

Si ce n'est pas Ousmane, ce sera Diomaye. Si ce n'est pas Diomaye ce sera un autre...

El Malick Ndiaye, responsable national de la communication du Pastef

Mais si le Pastef mise sur Bassirou Diomaye Faye, il est encore trop tôt, selon lui, pour faire une croix sur le plan initial. Le communiqué officiel publié sur les réseaux sociaux indique très clairement que "parrainer le candidat Bassirou Diomaye Faye ne signifie nullement une abdication quant à la candidature du Président Ousmane Sonko."

"Si ce n'est pas Ousmane, ce sera Diomaye. Si ce n'est pas Diomaye ce sera un autre" renchérit El Malick Ndiaye, le responsable national de la communication du Pastef. En clair, si une décision judiciaire réhabilite Ousmane Sonko avant la clôture d'admissions des parrainages, le 11 décembre 2023, c'est bien le président du Pastef qui reprendra hiérarchiquement la main. Aussi viable qu'elle puisse être, l'option Faye est aussi un filet de sécurité pour le Pastef qui se garantit, quoi qu'il arrive, un porte-drapeau à ce scrutin présidentiel.

Une victoire dès le 1er tour ?

Le seul handicap des deux candidats est en réalité, leur détention. Ils ne pourront juste pas "battre campagne", souligne El Malick Ndiaye. Mais il ajoute que quel que soit le candidat retenu "ça on pourra le faire à sa place".

Optimiste, le porte-parole du Pastef table sur une élection à la présidentielle que son mouvement remporterait dès le 1er tour, le 25 février 2024 malgré les obstacles. "Nous allons leur montrer que quel que soit ce que vous allez faire, nous avons la possibilité de gagner et de ramener le président Ousmane Sonko dans un futur proche !" conclut-il.