Afrique

Présidentielle en Centrafrique : 17 candidats et une multitude de défis

La Place de la Réconciliation, dans la capitale centrafricaine, Bangui.
La Place de la Réconciliation, dans la capitale centrafricaine, Bangui.
© TV5MONDE / S.Th. Nzam

La République centrafricaine vote ce dimanche 27 décembre. Elections législatives et présidentielle pour laquelle dix-sept candidatures ont été retenues. Le chef de l'Etat sortant, Faustin-Archange Touadéra brigue un deuxième mandat et fait figure de favori alors que la candidature de son principal rival a été rejetée.

La "Centrafrique est en marche assurée vers la tenue d’élections". Le chef de la MINUSCA, est optimiste le 24 octobre dernier lorsqu'il rend son rapport sur la situation dans le pays. Mankeur Ndiaye, diplomate sénégalais aguerri qui dirige la mission onusienne en République centrafricaine depuis février 2019, souligne toutefois que "la situation politique reste tendue" et que ces élections sont l'occasion de "poursuivre l’œuvre de stabilisation du pays".

Car c'est bien là le principal enjeu de cette présidentielle, sept ans après que la République centrafricaine eut sombré dans une guerre civile dont le pays porte encore de nombreux stigmates.

Le sortant

Dix-sept candidatures ont été retenues par la Cour constitutionnelle. Celle du président sortant, Faustin-Archange Touadéra, tout d'abord. 

Faustin Archange Touadera en octobre 2019 à Sotchi (Russie).
Faustin Archange Touadera en octobre 2019 à Sotchi (Russie).
© Alexander Ryumin, TASS News Agency Pool Photo via AP

A 63 ans, il dirige le pays depuis cinq ans. Né en avril 1957 dans le quartier de Boy-Rabe à Bangui, fils d'un chauffeur et d'une agricultrice, Touadéra est un mathématicien talentueux. Diplomé en France et au Cameroun, il a été d'abord un syndicaliste étudiant avant de devenir l'un des responsables de l'Université de Bangui. En 2008, lorsqu'il devient premier ministre, il est pourtant un parfait inconnu du monde politique. C'est le président François Bozizé, né comme lui à Boy-Rabe, qui le choisit pour prendre la tête du gouvernement. Le contexte social est alors extrêmement tendu. Les fonctionnaires sont en grève depuis plusieurs semaines. Le gouvernement fait face à une grave crise financière et ne parvient plus à les payer. Touadéra parviendra à régler la situation en instituant notamment le versement des salaires sur des comptes en banque. Dans un portrait publié en 2016, Jeune Afrique souligne "qu'après plusieurs années d'arriérés, les fonctionnaires n'ont pas oublié" cette réforme.

Faustin Archange Touadéré occupera le poste de premier ministre pendant cinq ans, dans l'ombre du président Bozizé. Mais lors de la crise de 2013, après s'être réfugié sur une base de l'ONU, il doit quitter le pays et trouver refuge avec sa femme et ses trois enfants dans le nord de la France, à Villeneuve d'Ascq. Il connaît bien la région pour y avoir étudié et même enseigné au début des années 80. En 2016, le quotidien local La Voix du Nord rapporte que c'est dans la région que les affiches électorales du candidat Touadéra ont été imprimées.

De retour en République centrafricaine, il déjoue les pronostics en remportant la présidentielle de 2016. Arrivé deuxième au premier tour, quatre points derrière Anicet-Georges Dologuélé, Touadéra qui se présente sans étiquette, réussit à faire le plein de voix pour le second tour et l'emporte largement avec plus de 60% des suffrages.

Mais Faustin-Archange Touadéra est le président d'un champ de ruines. Trois ans de guerre civile, de violences intercommunautaires, la Centrafrique est sous assistance, les fonctionnaires sont payés par la communauté internationale. Six mois après son arrivée au pouvoir, en septembre 2016, sur TV5MONDE, il dresse l'état des lieux dans une interview au Journal Afrique.

Entretien avec Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine

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Interview de Dominique Laresche ©TV5MONDE

Une insécurité chronique

La Centrafrique a été ravagée par les combats après qu'une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Séléka, a renversé le président François Bozizé en 2013. Les affrontements entre Séléka et milices anti-balaka, majoritairement chrétiennes et animistes, ont fait ensuite des milliers de morts.
En 2015, l'ONU a accusé les deux camps de crimes de guerre et contre l'humanité.
Les violences ont considérablement baissé notamment après l'accord de Khartoum, un accord de paix signé en février 2019 entre 14 groupes armés et le gouvernement. Mais les milices, ex-Séléka, ex-anti-balaka ou autres, continuent sporadiquement de s'en prendre aux civils, même si les motifs de ces exactions sont aujourd'hui bien davantage crapuleux que communautaristes.
Le 27 décembre, la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), forte de 11.500 Casques bleus, va déployer un important dispositif pour assurer la sécurité du vote. L'inquiétude porte notamment sur les milices qui occupent les deux tiers du territoire centrafricain et dont plusieurs responsables n'ont pas pu se présenter aux élections législatives qui ont lieu en même temps que la présidentielle.

La revanche

Arrivé en tête au premier tour il y a cinq ans, Anicet-George Dologuélé fait figure de principal adversaire face au favori Touadéra.

Anicet Georges Dologuélé le 14 février 2016 lors du second tour de l'élection présidentielle.
Anicet Georges Dologuélé le 14 février 2016 lors du second tour de l'élection présidentielle.
© AP Photo/Jerome Delay

Né en avril 1957 (il a quatre jours d'écart avec le président sortant) à Bozoum dans l'ouest du pays, Dologuélé est un économiste formé à Bordeaux dans le sud-ouest de la France. Diplômé d'économie de gestion, il débute sa carrière au sein de la BEAC, la Banque des Etats d'Afrique centrale où il gravit un certain nombre d'échelons jusque dans les années 90. En 1997, sous la présidence d'Ange-Félix Patassé, il est nommé ministre des Finances par Michel Gbézéra-Bria à qui il succède au poste de premier ministre en janvier 1999. Il finit par quitter le gouvernement en avril 2001 pour retourner à la BEAC au poste de directeur national pour la République centrafricaine. Cette année, il aborde la présidentielle comme une revanche. Battu par Touadéra au second tour le 14 février 2016, il a alors crié à la fraude. Cinq ans plus tard, il le répète : son objectif est d'"empêcher Faustin-Archange Touadera de tricher".

Chronologie d'une histoire politique mouvementée

  • Cinq ans après son indépendance le 13 août 1960, la toute jeune République centrafricaine connaît son premier coup d'Etat. Le 31 décembre 1965, le colonel Jean-Bedel Bokassa s'empare du pouvoir et met fin au régime autoritaire de David Dacko. Le début de quatorze années d'une dictature délirante. Bokassa devient président à vie en 1972, maréchal en 1974 puis empereur en 1976.
  • En 1979, Bokassa est renversé par l'opération Barracuda soutenue par la France et David Dacko est réinstallé au pouvoir. Ce dernier sera à son tour renversé deux ans plus tard, en 1981, par le général André Kolingba qui fera face un coup d'Etat manqué un an plus tard.
  • En 1993, la République centrafricaine connaît ses premières élections pluralistes. Ange-Félix Patassé est élu pour six ans. Réélu en 1999, il subit une première tentative de putsch en 2001, menée à nouveau par André Kolingba. C'est un échec, mais deux ans plus tard - le 15 mars 2003 - c'est François Bozizé qui renverse Patassé, avec le soutien du Tchad.
  • En 2012, des groupes rebelles se réunissent au sein de la Séléka (Coalition) et parviennent à s'emparer des trois quarts du territoire centrafricain.
  • En mars 2013, ils prennent la capitale et François Bozizé doit s'enfuir. Michel Djotodia accède au pouvoir. Le pays sombre dans la guerre civile. Les miliciens Séléka se battent contre les anti-Balaka, des combattants chrétiens et animistes. Les Etats-Unis s’alarment d’une situation de "pré-génocide" et l'armée française lance l’opération Sangaris pour restaurer la sécurité.
  • En janvier 2013, après la démission de Michel Djotodia, Catherine Samba-Panza est élue à la tête de la transition jusqu'à la présidentielle de 2015-2016 qui voit l'élection de Faustin-Archange Touadéra.
  • Si, politiquement, le pays est entré dans une période plus paisible, il reste explosif d'un point de vue sécuritaire : le pays reste très majoritairement sous l'emprise de groupes armés, malgré la présence d'une force onusienne, la MINUSCA, depuis 2014.

Le retour

"Quand on a eu le privilège d’occuper les plus hautes fonctions de l’État, on n’est plus maître de son destin". Ainsi Catherine Samba-Panza justifie-t-elle sa candidature, elle qui, à la fin de la transition il y a cinq ans, avait promis de prendre ses distances.

L'ex-présidente Catherine Samba-Panza, à Bangui, capitale centrafricaine, en février 2016.
L'ex-présidente Catherine Samba-Panza, à Bangui, capitale centrafricaine, en février 2016.
AP Photo/Jerome Delay

Catherine Samba-Panza n'est pas une inconnue : en pleine guerre civile, elle dirige la transition de janvier 2014 à mars 2016. Auparavant, cette juriste spécialisée dans les assurances née en 1954 à N'Djaména, la capitale du Tchad qui s'appelait encore Fort-Lamy, avait été maire de Bangui.

Si elle porte un regard très critique sur la présidence de Faustin-Archange Touadéra et reconnaît qu'il faudra que l'opposition s'unisse dans la perspective d'un second tour, elle refuse pour l'instant de se rapprocher de tel ou tel candidat, et notamment pas de la Cod 20-20, la coalition d'opposition formée par certains de ses adversaires, dont Anicet-Georges Dologuélé.

L'outsider

"Nous n’avons pas tenu les promesses de l’indépendance et, au lieu du développement, nous avons donné la misère et l’ignorance (...) Nous avons saccagé notre pays (...) Cela devrait être une honte pour les Centrafricains." L'analyse de Martin Ziguélé est amère. Lorsqu'il tient ces propos dans les colonnes de Jeune Afrique il y a un an,

Martin Ziguélé à Londres en avril 2006.
Martin Ziguélé à Londres en avril 2006.
© AP Photo/Lefteris Pitarakis

L'ancien Premier ministre n'est pas encore officiellement candidat, mais il faudrait être naïf pour croire le contraire. Cinq ans après sa troisième place au premier tour et un soutien déterminant au futur président Faustin-Archange Touadéra au second, Martin Ziguélé portera cette année les couleurs du Mouvement pour la libération du peuple centrafricain (MLPC), le parti fondé par Ange-Félix Patassé.

C'est l'ancien président qui ouvre les portes de la politique à Ziguélé en 2001. A l'époque, l'homme est âgé de 44 ans. Diplômé de l'Institut supérieur des assurances de Yaoundé (Cameroun), il est haut-fonctionnaire à la BEAC, la Banque des Etats d'Afrique centrale. Il prend les commandes d'un gouvernement dit "d'action et de combat", dont la première priorité est de payer les fonctionnaires. Un dossier épineux que lui ont laissé ses prédécesseurs, dont Anicet-Georges Dologuélé.

En tant que premier ministre d'Ange-Félix Patassé, Martin Ziguélé va surtout connaître deux tentatives de coups d'Etats. La première, en 2001, emmenée par l'ancien président André Kolingba est un échec. Mais en 2003, profitant d'un voyage de Patassé au Niger, le général François Bozizé, prend le pouvoir. Martin Ziguélé est contraint à l'exil. Il part pour la France. Dès lors, il sera pendant dix ans le principal opposant au président François Bozizé.

Après 2005, 2011 et 2016, Martin Ziguélé se présente pour la 4e fois à l'élection présidentielle cette année.

Les treize autres candidats

Nicolas Tiangaye  (CRPS)
Mahamat Kamoun (BTK)
Crépin Mboli-Goumba (Patrie)
Karim Meckassoua (CE)
Alexandre-Ferdinand N'Guendet (RPR)
Désiré Kolingba (RDC)
Sylvain Patassé (CANE)
Augustin Agou (RDD)
Eloi Anguimaté (CN)
Cyriaque Gonda (PNCN)
Aristide Briand Reboas (PCD)
Jean-Serge Bokassa (KTKS) (il a retiré sa candidature moins d'une semaine avant le scrutin)
Serge Djorie (CAPNCA)