Afrique

Présidentielle en RDC : l'élection de Félix Tshisekedi vue des réseaux sociaux

Des Congolais venus assister à l'investiture du nouveau président de RDC Félix Tshisekedi. Dans les meetings et sur internet, ils ont su soutenir leur champion. 
Des Congolais venus assister à l'investiture du nouveau président de RDC Félix Tshisekedi. Dans les meetings et sur internet, ils ont su soutenir leur champion. 
©AP Photo/Jerome Delay

"Félix Tshisekedi" est le mot-clé le plus recherché en RDC sur les trente derniers jours (jusqu’au 25 janvier), selon Google trends. Retour sur la manière dont les internautes ont commenté la victoire du successeur de Joseph Kabila : Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique du pays qui a prêté serment jeudi 24 janvier. Un nouveau président contesté par les uns, adulé par les autres. 

Boko Mesana”, entendez par là : « Vous allez vous y faire ! » C’est la nouvelle expression qui vient de faire son entrée dans le lexique politique au Congo. Elle est plus utilisée par les pro-Tshisekedi pour rappeler que le nouveau président est leur champion. Félix Tshisekedi, président du plus vieux parti de l’opposition congolaise a été proclamé président de la République par la Commission électorale indépendante ( CENI) le 10 janvier dernier.

Si les uns ont contesté sa victoire suite aux irrégularités qui ont été signalées le jour des élections, pour les pros Tshisekedi, le triomphe de leur leader n’est pas qu’une victoire face au système Kabila. Ils considèrent que c’est également un défi relevé face à la plateforme Lamuka ("réveillez-vous", en lingala) qui soutenait la candidature de l’opposant Martin Fayulu.

La plateforme Lamuka a été créée peu avant le lancement de la campagne électorale à Genève autour des poids lourds de l’opposition. Objectif: se choisir un candidat commun pour la présidentielle. Félix était parmi les signataires de cet accord qui avait désigné Martin Fayulu comme le candidat commun de l’opposition. Moins de 24 heures après la signature de l’accord, Félix Tshisekedi se retirait sous la pression de sa base.

La guerre est déclarée 

Opposition divisée, mais pas que. Avec elle, tout un peuple qui espérait ne pas avoir à choisir entre deux candidats de l’opposition. À l'issue de cet échec de l’opposition à Genève, sur les réseaux sociaux, la campagne électorale avait pris une autre tournure. Une guerre déclarée entre les pros Tshisekedi et les partisans de Martin Fayulu le candidat de Lamuka : la guerre des images, des chiffres sur le nombre des participants aux meetings mais aussi la guerre des ralliements des différents acteurs politiques.

Les Tshisekedistes justifiaient à tout prix ce qu’ils considèrent comme un complot organisé à Genève contre le plus vieux parti de l’opposition. Les Fayulistes saluaient le mérite de leur candidat. Les résultats de la CENI le 10 janvier donnant Félix Tshisekedi vainqueur des élections ont davantage suscité de polémiques entre le camp de Lamuka et de CACH (Cap pour le changement) du duo Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, l’ancien bras droit du Président sortant.

Cependant, le 24 janvier, jour de la passation pacifique du pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, il n'y avait pas plusieurs Congo sur la toile mais un seul.

Les internautes ont salué de manière patriotique cette première passation pacifique du pouvoir depuis l’indépendance en 1960. Les discours de prise de position pendant la campagne ont laissé la place aux tribunes nationalistes.

La rumeur de la victoire de Félix Tshisekedi circulait bien avant la proclamation des résultats par Corneille Nangaa, le président de la CENI. Le rapprochement, quelques jours plus tôt, entre la plateforme qui soutient la candidature de Félix Tshisekedi “Cap pour le changement” (CACH) et le front commun pour le Congo (FCC) dont Joseph Kabila est l'autorité morale n’était plus à cacher.

Stratégie de rapprochement

Le discours politique de Félix Tshisekedi est très vite devenu conciliant et rassembleur. Ce qui changeait des discours radicaux et hostiles au régime de Kinshasa. Sur les réseaux sociaux, les commentaires des partisans de la plateforme qui soutenait la candidature de Félix Tshisekedi ont participé à ce revirement à 360°.

Le décor d’une coalition avec la plateforme de la majorité présidentielle qui ne disait pas encore son nom semblait être planté. Et cela n’a pas échappé aux internautes une fois que le nom du vainqueur était connu.

En Afrique, on n'organise pas les élections pour les perdre.” Ce vieux dicton attribué à un chef d’État du continent explique sans doute l’analyse que de nombreux observateurs font de la victoire de Félix Tshisekedi, au regard du rapprochement avec la plateforme électorale de Joseph Kabila. Après l’échec de la rencontre des opposants à Genève pour désigner un candidat commun, la plateforme Lamuka avait fait ses preuves sur le terrain lui donnant une certaine assurance au point d’espérer une victoire mais CACH peut en dire autant.

De nombreux observateurs ont vu la soudaine victoire du président de l’UDPS comme le fruit d’un accord tacite signé avec Joseph Kabila pour qui la paix a été une priorité. Les internautes ne le disent pas clairement mais des posts en disent long.
 

Doutes des internautes

De sérieux doutes sur la victoire de Félix Tshisekedi persistent dans l’opinion au moment où une enquête sur les résultats de la présidentielle est publiée le 15 janvier par TV5MONDE, RFI et Financial Times en collaboration avec le Groupe d’études sur le Congo.

Les informations qui ont été tirées de deux documents attribués à la CENI et l’Église catholique donnent Martin Fayulu gagnant. Si plusieurs internautes congolais ont préféré balayer du revers de la main les doutes qui persistaient sur les résultats et profiter de cette date historique du 24 janvier, quelques internautes ont cependant du mal à digérer ce que Martin Fayulu considère comme “ un hold up électoral”.

Pendant la campagne électorale, les soutiens de Félix Tshisekedi appelés “combattants” ont été très présents sur les réseaux sociaux pour défendre le retrait de la signature dans l’accord de Genève de leur leader. Pour les pro Tshisekedi, leur candidat surnommé  “ maboko pembe” (des saintes mains en lingala), incarne la grandeur, sait être conciliant.
 

Polémiques autour de déclarations

Au matin du 23 décembre par exemple, soit sept jours avant la tenue des élections, Félix Tshisekedi faisait une sortie médiatique dans une radio locale Top Congo FM. L’émission a été largement commentée sur les réseaux sociaux et ne semblait pas avoir joué en faveur du candidat de CACH à quelques jours du vote.

Alors qu’il revenait de sa tournée dans l’Est et dans le Centre du pays, Félix Tshisekedi surnommé “Fatshi” semblait ne pas avoir la maîtrise de son programme en répondant au journaliste que la priorité ce serait la fermeture “des cachots de la République”. Pour le reste, “il faudra venir vivre avec moi pour voir…Quand on n'est pas aux affaires, il y a des choses qu’on découvrira… Il n'y a que Kabila qui a l’expérience” avait-il poursuivi.
 

Félix Tshisekedi 275.000 abonnés sur Twitter, Martin Fayulu 344.000La campagne électorale en RDC s’est révélée rude sur le terrain, comme elle l’a été sur les réseaux sociaux. À lire les commentaires des twittosphères, Félix Tshisekedi aux 275 000 abonnés sur Twitter a été l’un des candidats dont le nom a suscité le plus de polémiques et débats à n’en pas finir sur la toile face à Martin Fayulu dont la percée sur le terrain a été aussi remarquable que le nombre des followers sur Twitter 344 000 à ce jour.

Les commentaires des internautes exprimaient entre autres, l'intérêt que les Congolais portent à sa personne, son parti et l’espoir d’un vrai changement.