Fil d'Ariane
Un candidat condamné au silence, Nabil Karoui, contre un candidat qui a décidé de se taire, Kais Saied. “Une campagne du silence (...), une situation originale”, considère, désemparé, le chef de la mission d’observation de l’UE ce mardi 8 septembre.
Tout en affirmant “respecter pleinement l’indépendance du pouvoir judiciaire en Tunisie”, Fabio Massimo Castaldo demande donc aux autorités tunisiennes de faire en sorte que Nabil Karoui puisse “exprimer sa voix”.
Car, la voix de Nabil Karoui, les électeurs tunisiens ne l’ont pas entendue depuis le 23 août dernier. Ce jour-là, l’homme d’affaires qui a fait fortune dans la publicité et les médias est arrêté, accusé de “blanchiment d’argent”. Karoui ne pourra donc jamais faire campagne pour la présidentielle anticipée. Néanmoins, le 15 septembre dernier, il se hisse en deuxième position et se qualifie pour le second tour. Il faut dire qu’à travers ses oeuvres caritatives et sa présence permanente sur le terrain depuis trois ans, Nabil Karoui était déjà officieusement en campagne.
Ce mercredi 9 octobre, l'avocat de Nabil Karoui annonce la libération imminente de son client.
Mais, peut-on réellement parler de “silence” jusque-là tant l’entourage de Nabil Karoui s’agite pour faire entendre la voix de son candidat ? Car sa campagne a été incarnée ces dernières semaines par son épouse. Tout comme Karoui, Salwa Smaoui arpente les cafés tunisiens, au contact des électeurs. Elle prépare une nouvelle tournée du sud au nord du pays. Officiellement, il ne s'agit pas de faire campagne mais de demander la libération de son mari.
Cadre chez Microsoft, le géant américain de l’informatique, elle a mis sa carrière entre parenthèses pour reprendre le flambeau avec un discours très moderniste sur le statut de la femme mais aussi une défense acharnée de son époux, “premier prisonnier politique depuis la révolution de 2011”, affirmait-elle ce mercredi 9 septembre au matin sur la radio française Europe 1.
Salwa Smaoui peut également compter sur le groupe Nessma pour relayer sa parole. Nessma, ce sont les chaînes de télévision fondées par son mari, un empire médiatique dans lequel l’Italien Berlusconi ou l’Australo-Américain Ruppert Murdoch ont injecté de l’argent. Nessma qui “roule” ouvertement pour le candidat Karoui, au point d’inquiéter les observateurs européens : “les médias publics ont respecté une couverture pluraliste et équitable”, estimait ce mardi 8 septembre la délégation européenne considérant toutefois que “les médias privés n’ont pas tous garanti le respect de ces principes, notamment Nessma TV qui ne bénéficie pas d’une autorisation d’émettre”
Face à Nabil Karoui, Kais Saied. Salué, notamment, pour son langage châtié lors de la campagne du premier tour, à l’issue duquel il est arrivé en tête, le constitutionnaliste a, cette fois, fait le choix du silence.
Officiellement, Saied a décidé de ne pas faire campagne “pour des considérations morales afin d’éviter toute équivoque concernant l’égalité des chances entre les candidats”. Il s’agirait donc de ne pas tirer profit du “silence” imposé à son adversaire emprisonné. Une réponse aussi à ses détracteurs qui l’accusent de bénéficier de l’emprisonnement de Nabil Karoui. RFI analyse également ce silence imposé comme une volonté d’anticiper d’éventuels recours du camp Karoui en cas de défaite de leur candidat, au motif que la campagne aurait été déséquilibrée.