Fil d'Ariane
Pour ses avocats, il est victime d’un complot politique. Depuis le 23 août 2019, Nabil Karoui est emprisonné, inculpé pour “blanchiment d’argent”. Nabil Karoui dérange-t-il le pouvoir sortant ? "Oui", répondent ses partisans qui accusent le Premier ministre sortant, Youssef Chahed, lui-même candidat, d’être à la manoeuvre. Ce dont Chahed se défend, arguant que les déboires judiciaires de Karoui jouent plutôt en sa faveur.
Une certitude, Nabil Karoui est populaire. L’homme d’affaires est né il y a 56 ans à Bizerte dans l’extrême-nord de la Tunisie. Après ses études de marketing et un passage dans plusieurs multinationales, il crée avec son frère un empire de la communication et de la publicité, Karoui & Karoui. Il est aussi le fondateur de la chaîne privée à succès Nessma TV.
En 2012, alors que le parti islamiste Ennahdha prend la tête de l’Assemblée nationale constituante, il est l’un des fondateurs, avec le futur président Béji Caïd Essebsi, du parti Nidaa Tounes. Mais c’est à ses oeuvres caritatives que Nabil Karoui doit sa popularité. Depuis 2016 et la mort accidentelle de son fils, il parcourt la Tunisie pour distribuer nourriture et soins médicaux aux démunis. “Instrumentalisation de la misère”, accusent ses détracteurs.
C’est à la demande d’Ennahdha qu’Abdelfattah Mourou s’est présenté. Lui ne l’avait pas envisagé mais la mort du président Béji Caïd Essebsi fin juillet a accéléré l’histoire. Mourou est une figure de la politique tunisienne. Ce père de cinq enfants né à Tunis en 1948 s’engage dès le milieu des années 1960 dans la mouvance islamiste tunisienne. C’est à cette époque qu’il rencontre Rached Ghannouchi, autre grande figure de la mouvance. Après une décennie de clandestinité, les deux hommes fondent Ennahdha en 1981.
Prison, campagnes de dénigrement puis éloignement de la vie politique : après trois décennies chaotiques et une candidature comme indépendant en 2012 à l’Assemblée constituante, la candidature Mourou sous les couleurs d’Ennahdha n’avait rien d’une évidence. Aujourd’hui, ce magistrat de formation préfère se présenter comme conservateur.
Si Ennahdha est toujours le parti majoritaire en Tunisie, son alliance avec le parti Nidaa Tounès de 2014 à 2018 a laissé des traces. C’est la première fois qu’Ennahdha présente un candidat à la présidentielle. Le parti avait jusque-là préféré privilégier l’Assemblée.
Programme non publié.
Mais celui qui ne voue pas une passion immodérée à la politique a une bête noire : le Premier ministre sortant, son chef de gouvernement, Youssef Chahed. Dans un portrait que lui consacre Le Point, le correspondant de l’hebdomadaire français raconte comment Zbidi accuse le Premier ministre (lui aussi candidat) de tous les maux. La crise économique ? L’arrestation du candidat Karoui ? C’est Chahed ! De cette “cohabitation” fâcheuse, Abdelkrim Zbidi tire l’un des points-clés de son programme : une nécessaire réforme constitutionnelle pour mettre fin à ce qu’il considère comme une guerre d’influence entre président et Premier ministre.
Il n’a que 40 ans lorsqu’en août 2016, Youssef Chahed est choisi par le président Béji Caïd Essebsi pour prendre le poste de Premier ministre. Le brillant ingénieur agronome devient alors le plus jeune chef de gouvernement de l’Histoire de la Tunisie. Né en 1975 à Tunis, il a fait carrière entre la France et la Tunisie et porte la double nationalité, à laquelle il devra renoncer pour pouvoir briguer la magistrature suprême.
Depuis le début de sa campagne, il met en avant son action de Premier ministre. Son argument fort notamment : son action contre la corruption. Fidèle parmi les fidèles du président Essebsi, il claque néanmoins la porte de Nidaa Tounès début 2019 pour créer son propre parti, Tahya Tounès, “vive la Tunisie”, aujourd’hui deuxième force politique au Parlement derrière Ennahdha. Cause de sa rupture avec Béji Caïd Essebsi, l’influence de plus en plus grande du fils du chef de l’Etat, Hafedh. Lors de sa première réunion publique, le 2 septembre à Tunis, il s’est d’ailleurs engagé à lutter... contre le clanisme familial en politique.
Née en 1975 à Jemmel dans l’Est de la Tunisie, Abir Moussi se fait connaître peu après le départ de Ben Ali début 2011. Au lendemain de la révolution, l’avocate plaide contre la dissolution du RCD, le Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti du président déchu fraîchement “dégagé”. Au début de la décennie 2010, elle avait occupé, au sein du RCD, le poste de Secrétaire générale adjointe chargée de la Femme.
Sous les couleurs du Parti destourien libre, qu’elle préside depuis sa création en août 2016, cette mère de deux filles est connue pour son acharnement à défendre le bilan de Ben Ali, mais aussi pour son combat contre l’islam politique. Dans sa ligne de mire tout particulièrement, le parti Ennahdha. Elle n’en est pas, pour autant, progressiste sur les questions sociétales.
La fondation Jean-Jaurès, qui a livré un gros travail sur le contexte politique tunisien, rappelle ainsi qu’Abir Moussi s’est “ouvertement positionnée contre la dépénalisation de l’homosexualité (...) et évite de se prononcer sur l’égalité successorale entre les femmes et les hommes”, un sujet qui a dominé les débats ces derniers mois en Tunisie.
Programme non publié.
Outre ces cinq candidats, 21 personnalités se présentent au premier tour de cette présidentielle très ouverte.
Sécurité, politique étrangère ou questions de société, qui propose quoi ? Nous nous sommes référés au site Chnowa Barnemjek, initié par "un groupe de jeunes tunisiens apartisans (...) désireux de s'engager pour faire réussir la transition démocratique tunisienne".
Vous y accéderez en cliquant sur ce lien.